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Franz Ferdinand et Vundabar au MTELUS le 16 août 2022 : célébration d’un succès

Près de 20 ans après le lancement de leur premier album, qui leur a ouvert les portes mythiques du rock, Franz Ferdinand a récemment proposé à leur public une première compilation en carrière nommée Hits To The Head. L’occasion idéale de repartir en tournée. Après un passage dans plusieurs festivals au courant de la saison chaude, le groupe était de passage au MTelus pour célébrer leur discographie.

Photos par Coline Beulin

Quand j’ai mentionné à mon beau-père que j’allais voir Franz Ferdinand, il m’a lancé « Quoi, ça existe encore ? ». Ça semble en dire beaucoup sur la réputation actuelle du groupe. Depuis l’extrait Take Me Out, paru en 2004, il semble que le groupe n’ait pas été capable de réitérer ce succès. Si la critique semble avoir perdu de l’enthousiasme face aux plus récents extraits, est-ce que ça veut dire que leur présence est toujours aussi excitante ?

Eh bien, si je vous dis que 30 minutes avant le spectacle, le balcon était rempli et le parterre aussi ? Vous pourriez répondre que les sceptiques seront confondus.

Vundabar

Vundabar

De l’extérieur, quand on regarde ce groupe sur Spotify, on peut faire des liens avec Franz Ferdinand, condamné à toujours interpréter les mêmes succès malgré le nouveau matériel qui continue à sortir. Le groupe originaire de Boston accompagnait déjà l’acte principal lors du début de leur tournée nord-américaine.

Accompagné d’un batteur, d’un bassiste et d’un guitariste au chant, le groupe interprétait leur matériel le plus populaire sans faire trop de place à leur plus récent album Devil For The Fire paru en avril dernier. Le chanteur Brandon Hagen qui, comme beaucoup trop de premières parties étrangères, n’a pas arrêté d’aborder la beauté de Montréal et son cachet unique. Celui-ci s’est d’ailleurs amusé à faire des paroles à répondre (des he ho, etc.) tel un Freddy Mercury dans les stades.

Leur présence scénique était bien maîtrisée. Sans vouloir trop de place dans la soirée, le groupe a su éviter de nous transmettre un message de pitié d’ «écoutez notre musique s.v.p». Si certains semblaient bien connaître le groupe, ce fut une première impression réussie pour plusieurs autres.

Franz Ferdinand

Franz Ferdinand

Armés de leurs instruments, le groupe apparaît sur scène avec un accueil de feu de la foule qui peut se comparer à celui de revoir un ami donc nous nous sommes ennuyés. En quelques secondes, j’ai compris qu’on allait tous vivre un beau moment.

Le chanteur Alex Kapranos lance le bal en prononçant les premières paroles de la chanson Jacqueline. Alors que les lumières sont focalisées sur le chanteur pendant les 20 premières secondes de la chanson, les spectateurs crient de joie, sortent leur cellulaire et filment la scène. Ceux-ci se sont amusés, tout le long du spectacle, à chanter les paroles des chansons et à crier de joie.

« Nous sommes Franz Ferdinand et nous venons d’Écosse » lance le chanteur devant une foule heureuse de se faire aborder en français. Je suis sûr que ça en a surpris plusieurs. Durant le spectacle, Kapranos s’amuse à faire toutes ses interventions dans un bon français (meilleur que la direction d’Air Canada). Le tout, entremêlé d’une énergie de scène fulgurante qui n’est pas sans rappeler les Mick Jagger de ce monde en dansant tout le long de la scène sans trop s’essouffler. Même avec une guitare, il n’y en a pas de problème : celui-ci danse avec ses pieds sans aucune limite.

Franz Ferdinand

Ce spectacle s’est démarqué puisque c’était l’anniversaire du bassiste Bob Hardy. Après Love Illumination, Kapranos demanda au public s’il était possible de chanter Joyeux anniversaire au musicien, ce que celui-ci s’est mis à faire à coeur joie. Après ce moment inattendu, le chanteur et le claviériste se sont armés chacun de leur guitare. Avec le bassiste et le deuxième guitariste, ils se sont mis en ligne pour lancer les premières notes de Take Me Out. Avant le spectacle, je me suis demandé si ceux-ci étaient tannés de la jouer. Avec la réaction du public, qui est devenu aussi fou qu’un amateur des Canadiens pendant les séries, je ne pense pas.

Même si le groupe joue principalement les mêmes chansons durant la tournée, l’ordre change d’un spectacle à un autre et il peut y avoir des surprises. Je parlais de la chanson Jacqueline un peu plus tôt, celle-ci n’est pas jouée à tous les concerts. Le groupe semble avoir fait des recherches sur les plateformes en ligne pour voir ce que le public montréalais écoute. S’il y’a un positif que l’on peut donner aux plateformes face aux artistes, c’est bien ça.

Franz Ferdinand

Malgré cette soirée incroyable, j’ai une déception personnelle face à la setlist. Aucune chanson de l’album FFS (l’album de collaboration avec le groupe Sparks sorti en 2015) n’a été interprétée. Évidemment, certains diront que je me plains pour rien, mais, lors de leur dernière tournée, Sparks faisait mention de l’album en interprétant Johnny Delusional. Si Sparks, après une magnifique discographie qui dure depuis 50 ans, peu en faire mention dans leur plus récente tournée de spectacles, pourquoi pas Franz Ferdinand? Aucune mention de leur collaboration n’a été ajoutée sur la compilation Hits to the Head alors que sur la récente compilation de Sparks (Past Tense (The Best Of Sparks)), on retrouve une chanson de FFS. Je comprends que plusieurs amateurs du groupe d’Écosse ne connaissent probablement pas Sparks, mais cette tournée était l’occasion de rendre hommage à l’une de leurs inspirations musicales et aussi, à une collaboration incroyable.

Mais il est clair qu’au final tout le monde en a eu pour leur argent. Franz Ferdinand a encore un public tout aussi fort et passionné à Montréal. J’ai ravalé mes pensées d’avant spectacle et je compte faire le message. Ce qui fait un bon spectacle, selon moi, c’est satisfaire les grands fans sans mettre de côté ceux ne connaissant pas trop la discographie avec des références nichées, et là-dessus, c’est réussi. L’énergie du public y est pour beaucoup aussi. Chose certaine, Hits to the Head risque de ne pas être la seule compilation de la carrière de Franz Ferdinand.

Crédit photo: Coline Beulin