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FME 2023 | Jour 4 : Hippie Hourrah, LUMIÈRE, Philippe Brach, Guhn Twei, B.A.R.F., Mononc’ Serge & Anonymus et Saints Martyrs

Pour cette ultime journée du FME, qui s’est déroulée dimanche dernier, j’ai assisté à la légendaire soirée métal qui mettait en vedette Guhn Twei, B.A.R.F. en plus de Mononc’ Serge & Anonymus. Et j’ai terminé mon périple musical avec la formation art-punk Saints-Martyrs. Pour sa part, LP Labrèche a conclu le sien avec Hippie Hourrah, LUMIÈRE et Philippe Brach.

Hippie Hourrah, Guinguette chez Edmund

Pour cette dernière soirée, je suis allé faire un tour du côté de la Guinguette chez Edmund qui n’a pas été très utilisée cette année. C’est Hippie Hourrah qui ouvrait la marche. Je suis arrivé à mi-parcours du concert et certaines déclarations de Cédric Marinelli me laissaient croire que la foule était peu nombreuse au début du concert que ça s’est rempli au fur et à mesure. Tout ça pour dire que par le temps où je suis arrivé sur les lieux, il y avait une bonne foule compacte devant la scène qui suivait les rythmes psychédéliques de la formation montréalaise. 

Hippie Hourrah a offert quelques bons moments de jams musicaux, notamment sur Fantôme. En plus de jouer celle-ci, le groupe a offert de convaincantes performances de Icare et Gibraltar. Le tout s’est terminé avec Marinelli sur la tête qui faisait des poses de yoga pendant que le groupe continuait d’improviser. 

Crédit photo : Christian Leduc

LUMIÈRE, Guinguette chez Edmund

En mai dernier, lorsque j’avais couvert le concert de Daniel Bélanger, j’avais dit que LUMIÈRE méritait mieux qu’une première partie en solo et que son groupe donnait la pleine mesure du projet. Eh bien, j’ai été servi au FME alors qu’il était entouré sur scène de N Nao, Alex Guimond, Laurent Massie, Eliott Durocher-Bundock, Tonio Vargas-Morin. LUMIÈRE a livré ses chansons rock extravagantes avec beaucoup d’énergie et de plaisir. À certains moments, les duos de voix avec N Nao prenaient des allures de Robert Charlebois avec Louise Forestier alors qu’à d’autres moments le côté théâtral prenait le dessus. C’était le cas notamment lorsque dramatiquement, LUMIÈRE a déclaré que : « la chanson est en péril ». Il a dû ajouter rapidement : « Ne riez pas… et vous dans le band ne riez pas. » Ça donne une bonne idée de l’atmosphère joyeuse qui régnait sur scène.

LUMIÈRE s’est principalement concentré sur l’album GLAM paru en avril dernier en y glissant LA.BELLE.JOURNÉE 1971 de l’album A.M.I.E.S.A.M.O.U.R. De son plus récent opus, Rock Band, Chanson en péril, À quoi tu penses et Rock Steady ont toutes offert de beaux moments sur scène.

Crédit photo : Christian Leduc

Philippe Brach, Guinguette chez Edmund

Avant la venue de la tête d’affiche, c’est Marie-Luce Doré, nouvelle directrice du festival qui est venue sur scène pour remercier les partenaires de cette 21e édition. Elle a notamment expliqué que ça avait été une édition difficile à mettre sur pied notamment puisqu’il n’y avait pas d’équipe à la barre il y a six mois. Dans le contexte, ce sont des défis gigantesques qui ont été relevés pour permettre à cette édition du FME de voir le jour. Espérons pour l’équipe que ce sera plus simple pour l’édition 2024! 


Philippe Brach est monté sur scène avec un imperméable jaune et un chapeau rouge décoré de champignons, un clin d’oeil au visuel de cette édition du FME. Entouré de Simon Trottier, Guillaume Bourque, Étienne Dupré, Marie-Anne Tessier et Gabriel Desjardins (La Controverse), il a offert un concert légèrement différent de celui présenté aux Francos en début d’été. On y retrouvait un peu moins de nouvelles chansons et plusieurs pièces de son répertoire. Il a notamment joué Mes mains blanches qui s’est étirée dans une improvisation très réussie. Du nouvel album, Philippe Brach a offert Last Call, Soleil d’automne, Tic Tac et Un peu de magie. Du reste de son répertoire, il a joué notamment Alice, Crystel, Héroïne, La fin du monde et quelques autres. 

Philippe Brach a surtout terminé en remerciant l’équipe du FME pour l’accueil en disant : on se revoit dans 6 ans. Comme quoi, il faut saisir la chance de voir Brach en concert pendant que ça passe puisqu’on risque de vivre une autre période de silence après la tournée. Ce serait mon conseil de vie. 

Merci encore à toute l’équipe du FME qui nous accueille si chaleureusement chaque année : Claude, Sandy, Étienne, Sonia, Marie-Luce et tous les amis de Rouyn qu’on revoit avec plaisir chaque année. Après 10 FME, je peux dire que je ne suis toujours pas tanné de venir faire un tour pour la fête du Travail. 

Crédit photo : FME

Guhn Twei, B.A.R.F., Mononc’ Serge & Anonymus, Petit Théâtre du Vieux-Noranda

Guhn Twei est le nouveau véhicule sonore mené par le bassiste-hurleur Simon Turcotte, lui qui, auparavant, était à la tête de la formation Tumeurs. L’artiste est très connu dans la région abitibienne comme un militant très actif. Actuellement, son militantisme est lié de près à la multinationale qui crachote ses effluves toxiques dans l’air de Rouyn-Noranda. La prestation offerte par le trio était bien sûr fortement teintée par l’activisme, fort respectable par ailleurs, de l’artiste.

Pendant près d’une heure, Guhn Twei nous a asséné son sludge métal apocalyptique avec une hargne admirable. En conclusion, Turcotte a manifesté son dégoût de « l’humain qui préfère se faire empoisonner par une usine toxique ». On peut ne pas être en accord avec le ton sur lequel l’artiste s’exprime, mais sur le fond… Et cette prestation engagée s’est conclue sur une pièce évoquant la formation états-unienne Eyehategod. Une mise en bouche détonante comparativement au métal « bon enfant » offert par les deux formations suivantes.

Donc, changement de registre avec le retour à Rouyn-Noranda de la formation québécoise B.A.R.F. S’il y a un groupe qui a sillonné le Québec en présentant des concerts dans des endroits pas toujours recommandables et dans des conditions pitoyables, c’est bien B.A.R.F. D’entrée de jeu, je souligne la forme impeccable dans laquelle s’est présenté le meneur, Marc Vaillancourt. En voix, énergique et de bonne humeur, le joyeux gaillard a, fidèle à son habitude, conquis tous ces métalleux par son immense charisme. La formation, elle, a décliné tous les grands « succès » du groupe. Parmi les meilleurs moments, j’ai noté les relectures vitaminées de Wo wo tabarnak, Sans terre et, bien entendu, Le petit poisson. Salutations au jeu de basse toujours impeccable et précis de Dominic « Forest » Lapointe.

Enfin, le clou dans le cercueil a été administré par le désopilant, et magnifiquement irrévérencieux, Mononc’ Serge. Pour l’occasion, le révérend Serge Robert était accompagné par les quatre cancres d’Anonymus. Ces joyeux drilles nous présentaient un autre concert qui célèbre les vingt ans de la sortie d’un classique de la musique québécoise, tous genres confondus, L’académie du massacre. En juin dernier, LP Labrèche avait présenté un compte-rendu de ce concert, mais puisque je n’avais pu y assister, j’ajoute mon grain de sel à l’appréciation de mon collègue.

Les relectures « métalliques » des chansons de Mononc’ Serge amplifient la charge humoristique qu’elles contiennent. D’entendre « c’est bon des patates » sur un bon riff graisseux a de quoi faire sourire. Évidemment, la mise en scène de ce concert est aussi importante que la livraison abrasive des pièces irrévérencieuses de notre oncle préféré.

En plein milieu du concert, pendant Un clown pour grand-papa, un bouffon satanique gonflé est apparu derrière le groupe. Un clown, en chair et en os celui-là, s’est présenté sur scène pour y aller d’une séance de « crowd surfing ». Au préalable, ce même amuseur public s’était versé deux bonnes bières sur la tête. Pissant !

Évidemment, le révérend et ses ouailles ont été généreux en insultes, en blagues douteuses, mais aussi en succès. J’ai bien sûr rigolé en réécoutant avec plaisir les Môman Dion, Sébastien Benoît, Godzilla, Marijuana et autres « grandes œuvres » du père Robert. Un seul bémol ? En 2023, la chanson Fourrer passe peut-être moins bien, compte tenu de l’incapacité de certains de mes compatriotes à bien discerner l’ironie et l’absurdité.

Crédit photo : FME

Saints Martyrs, Sous-sol du Petit Théâtre du Vieux-Noranda

Et j’ai conclu cette 21e édition du FME dans un registre « ecclésiastique » assez différent — c’est le moins qu’on puisse dire — de ce que Mononc’ Serge propose. J’avais rendez-vous avec la formation art-punk Saints Martyrs. Je réitère à nouveau l’excellence de leur dernier opus titré Mythologie de dernier recours qui pose le projecteur avec lucidité sur l’état environnemental lamentable de notre planète, entre autres. Une création hautement mésestimée qui mériterait bien sûr un meilleur rayonnement, mais bon…

Dès mon entrée dans le sous-sol du Petit-Théâtre du Vieux-Noranda, j’ai compris assez rapidement que j’assisterais à une prestation singulière. La scène était plongée dans l’obscurité totale. Après un grondement sonore servant d’introduction, un intense stroboscope situé sur scène aveuglait le public. Tout au long de la prestation, un projecteur de couleur rouge auréolant la tête et le corps de Frère Foutre, chanteur de la formation, a servi de principal éclairage.

Dès le départ, Saints Martyrs nous a avisés que le quatrième « mur » séparant la scène des spectateurs allait tomber. Certains ont préféré longer les murs et d’autres, plus courageux, ont pris plaisir à engager de nombreux corps-à-corps avec Frère Foutre et Souffrance, le guitariste de la formation. Celui-ci, dans de magnifiques élans de fureur, faisait irruption dans le public. Je souligne l’excellence de son jeu de guitare, lui qui s’est même blessé à une jambe tant son intensité n’avait rien de superficiel.

Ce grand concert punk s’est achevé de manière admirable avec Frère Foutre traînant son corps meurtri en portant la batterie sur ses frêles épaules. Je salue les puissantes relectures de Le Christ est dans le bruit et Jeu d’enfant, deux morceaux tirés de Mythologie de dernier recours.

Les mots que vous lisez ne parviennent pas à exprimer tout le bien que je pense de ce groupe qui offre des concerts-événements cathartiques avec une économie de moyens. Est-ce que Saints Martyrs pourra survivre bien longtemps à ces prestations physiques et sonores de haut niveau ? Impossible de répondre clairement à cette question, mais une chose est certaine, voilà un grand groupe punk intègre, lettré et créatif.

Mon spectacle préféré du festival suivi de ceux offerts par Annie-Claude Deschênes et Ammar 808.

Voilà qui conclut cette exigeante, mais satisfaisante, couverture de cette autre édition du FME.

Crédit photo: Dominik McGraw