Concerts

FIJM 2022 | jour 4 : Hubert Lenoir, Ravi Coltrane et Hamilton de Holanda

photos par Alexanne Brisson

En ce dimanche et quatrième soirée de la 42e édition du Festival de Jazz de Montréal, c’est la fébrilité qui s’est pointé le bout du nez alors que Ravi Coltrane était en ville pour y orchestrer un spectacle dédié à ses parents, Alice et John Coltrane. En première partie, Hamilton de Holanda et sa mandoline à 10 cordes ont donné le goût de se poser longuement. Plus tard, c’était Hubert Lenoir en formule jazz au Gesù!

Hamilton de Holanda

Je n’avais jamais entendu parler de lui, je n’avais donc aucune idée de ce qui m’attendait. Dès les premiers instants, mon coeur s’est mis à battre plus vite. Ce dernier ne faisait qu’un avec son instrument sur des mélodies tantôt samba, tantôt bossa nova, tantôt folk. En plein contrôle dans sa vitesse d’exécution, ce dernier me faisait penser à Django Reinhardt. Il semblait inarrêtable. L’ensemble de ses variations ont été captivantes, ce dernier étant capable de changer de cap à sa guise en exploitant des transitions parfois nettes, parfois progressives. Pour l’anniversaire de son père, son premier maître musical, ce dernier a récité Bewitched de Frank Sinatra. Mon moment préféré, sa propre version de Canto de Ossanha.

Ravi Coltrane

De ces artistes que je ne pensais jamais voir dans ma vie, il y a Ravi Coltrane. Lorsque j’ai vu qu’il allait déferler ses notes cuivrées au Jazz, j’ai sauté de joie, surtout en sachant qu’il allait orchestrer un hommage à ses parents virtuoses. Il faut dire que, depuis quelques années, la méditation est une pratique courante de mon quotidien et la plupart du temps, c’est Alice Coltrane qui me permet de décrocher du monde en m’aidant à me faire de l’espace mental. Pour moi qui suis un grand fan de jazz et de musique dite « plus spirituelle », on peut dire que ce moment cosmique est venu me satisfaire à un plus haut point. Il est vrai que la plupart des mélodies se sont axées autour de l’arrivée du saxophoniste, mais le pianiste, le percussionniste, le guitariste et le contrebassiste ont chacun apporté une couche reluisante aux textures tourbillonnantes des chansons de John et Alice. Les instants les plus notables ont été Expression (John), Journey in Satchidananda (Alice) After The Rain (John) ainsi que Turiya & Ramakrishna (Alice).

Somme toute, ce fut un voyage où j’ai pu fermer les paupières et me laisser flotter, bercé par une légèreté divinement procurée.

Hubert Lenoir

3 fois en 3 soirs au Gesù, je ne pourrais me plaindre! Cette salle porte une chaleur que j’aime visiter.

À quoi pouvait-on s’attendre de Hubert Lenoir dans une formule jazz au Gesù, avec un public assis? Ça, c’est la première question que je me suis posée. On le sait, il n’a plus besoin de présentation, mais il est clair que l’on devait s’attendre à quelque chose de bien différent de ses spectacles rock disjonctés. Son imprévisibilité rend les choses d’autant plus excitantes. Pour moi, qui le voyais pour la première fois, c’était donc un moment de faire officiellement la rencontre de cet artiste dont tout le monde parle, un musicien et chanteur extraordinaire. Dès les premiers instants, alors que Félix Petit au saxophone et Gabriel Desjardins au piano s’installaient, on pouvait s’imaginer son arrivée de toutes les manières possibles. C’est finalement en complet avec des lunettes de soleil et un chapeau noir qu’il s’est pointé dans une foule en délire. Allons-nous assister à une pièce de théâtre, un stand-up comique ou un spectacle de musique? Toutes ces réponses! Voir Hubert Lenoir habiter la scène est un pur délice. Son excentricité transpire l’authenticité ; on sent chez lui un désir d’animer la scène, d’établir des connexions avec le public en le faisant parfois rire, parfois réaliser à quel point la vulnérabilité permet d’obtenir une richesse fondamentale qui crée des choses extraordinaires même dans les moments les plus difficiles de la vie. Ce dernier s’est beaucoup ouvert au public lors de ses nombreux moments non musicaux, des fragments de son existence qui permettent de mieux comprendre l’être qui se cache derrière l’artiste.

Lui-même l’a dit, ce show est une bulle de cerveau, une donnée aberrante. Après avoir tenté l’expérience une fois, il s’était dit que sa présence au Jazz pourrait être possible. Quelques mois plus tard, il se trouve sur la scène du Gesù avec un spectacle alliant des reprises et des chansons issues de son répertoire. Avec ce spectacle des plus hétéroclite, Hubert Lenoir a démontré qu’il est l’un des meilleurs musiciens et artistes de sa génération. Gabriel Desjardins, que je rencontrais pour la première fois, m’a charmé par la justesse de son doigté, de ses notes qui sont venues compléter habilement la voix d’Hubert Lenoir et le saxophone de Félix Petit qui, fidèle à lui-même, me jette à terre à chaque percée.

Au travers de sa reprise de Si on s’y mettait de Jean-Pierre Ferland et de l’émouvant moment partagé avec son amie Nadia lors de My Funny Valentine de Chet Baker, plusieurs chansons de Darlène et de Pictura de Ipse ont été jazzées pour l’occasion dont Wild and Free, Secret et Dimanche soir.  

Tout comme nous, il semble que Hubert Lenoir ne voulait pas que le spectacle se termine. C’est qu’à plusieurs reprises, le trio est sorti de la scène avant de revenir sur le début de Recommencer. Un de mes moments préférés a été Fille de personne II.

Somme toute, le Festival est jusqu’ici l’un des meilleurs de ma jeune vie de mélomane. Lorsqu’on parvient à décrocher, à s’immiscer à ce point dans le moment présent, on peut alors scander le mot « réussite ».

Crédit photo: Alexanne Brisson