Chroniques

PH Goulet Pierre-Hervé

Pierre-Hervé Goulet: le mouvement comme processus créatif

L’auteur-compositeur-interprète québécois Pierre-Hervé Goulet présentait son troisième album Le jeu des lumières, le 19 février dernier, sous l’étiquette L-A be. Après avoir visionné son concert de lancement au festival Le Phoque OFF de Québec à la mi-février, Eloïse était curieuse d’en apprendre davantage à propos du processus créatif caché derrière ces doux airs Bélangesques.

Les textes de Le jeu des lumières évoquent non seulement les peines d’amour, mais aussi le désir de se recentrer sur ce qui nous définit, et ce, à travers le mouvement du voyage.

Pierre-Hervé Goulet jeu des lumières

« Bonnie, c’est une sorte de chanson Frankeinstein »

Véritable ver d’oreille, elle est sans doute la chanson la plus forte de l’album de PH Goulet. Je lui demande quelle est l’histoire qui se cache derrière Bonnie.

« En fait, cette chanson-là, je l’ai écrite en deux ou trois segments. J’ai commencé par trouver ce riff-là quand j’étais en Thaïlande, en voyage avec des amis. On était sur l’île Ko Pha Ngan pour le Full Moon Party. J’avais emmené ma guit‘ comme tout bon voyageur. J’ai gratté ce riff-là, puis j’ai laissé dormir ça pendant quelques mois ».

À son retour au Québec, PH Goulet se retrouve dans une soirée de slam à laquelle il participe souvent. « Ça m’a comme donné le goût de faire un truc plus posé dans les mots », souligne-t-il.

Il se met à explorer la discographie de Serge Gainsbourg et d’autres grands paroliers francophones aux voix profondes pour retravailler son approche vocale. Goulet finit par coucher sur papier les premiers vers de Bonnie à ce moment-là.

Toujours animé par le désir de voyager, il s’envole entre temps pour la France. « Quand j’en suis revenu, j’avais rencontré quelqu’un » admet-il avec un sourire évocateur dans la voix. « Bonnie c’est une sorte de chanson Frankeinstein en fait. Je suis content qu’au bout du compte, elle ait une cohérence. […] Ça a été vraiment un collage assemblé avec le temps. »

Est-ce que tu as d’autres chansons qui se sont assemblées de la même façon, sur l’album?

Résultat d’un long cheminement raboteux datant d’une ère pré-COVID, Le jeu des lumières, ce n’est pas un album pour lequel PH s’est assis, plume à la main et chandelles allumées, pour le composer.

Goulet a commencé à marcher sur de longues distances ici et lors de ses voyages pour se changer les idées, afin de balayer une peine d’amour qu’il vivait à l’époque. « C’était vraiment ça que j’avais envie de faire : marcher et me changer les idées. Me nettoyer. Balayer est LA chanson la plus significative de l’album. Je l’ai composée en marchant avec les phrases qui flottaient un peu partout sur le chemin. »

La bougeotte s’étant éprise de Goulet pour le voyage et la composition, vous ne serez pas étonné de savoir qu’il s’amuse à enregistrer Le jeu des lumières un peu partout. Il passe par le Wild Studio à St-Zénon, chez son réalisateur et batteur Marc Chartrain, puis au studio Dandurand à Montréal, où tout a été mixé par le frère de Marc, Guillaume Chartrain. C’était d’ailleurs la première fois que Goulet travaillait auprès d’un professionnel pour réaliser un album. Parlant du loup, notre entrevue est interrompue par la sonnerie du téléphone : c’est Marc qui tente de joindre PH

Son équipe de studio, elle, est plutôt bien « groundée », car il s’agit d’une bande de professionnels chevronnés. On y retrouve le grand Antoine Gratton comme chef d’orchestre (The Brooks, Serge Fiori), le bassiste de Daniel Bélanger, Jean-François Lemieux, André Papanicolaou à la guitare ainsi que le quatuor Esca à la section de cordes. Comme artistes invités, François Lafontaine est venu jouer du piano sur Vagues Aurores et Pascale Picard s’y est jointe pour des choeurs.

De son bord, Goulet touche un peu à la basse, mais ce sont surtout les guitares, acoustique et électrique, qu’il manie. « Je suis un bassman refoulé, c’est vraiment un instrument que j’aurais aimé savoir jouer », admet-il. Mais bon, il possède d’autres talents : PH a notamment fait ses preuves sur le sitar indien… Eh ben!

Pierre-Hervé Goulet

Devenir crooner sur Bye bye bye

Dans Bye bye bye, on entend PH devenir crooner sur ces airs R&B / smooth jazz à la Michael Kiwanuka et Leon Bridges. Est-ce que c’est un genre qu’il souhaitait explorer depuis un moment, ou bien ça s’est construit lors de l’enregistrement de l’album? Comment ça s’est passé pour cette pièce?

« C’est cool que t’en parles, parce que cette chanson-là, je l’avais écrite une semaine avant d’entrer en studio. Grosse histoire de pétage de coeur… En tous cas, je ne l’avais jamais vraiment jouée, j’étais comme pas sûr des textes. Finalement, on l’a vraiment jammée en studio et on l’a enregistrée de même. Elle n’avait jamais existé autrement. On l’a joué trois fois, puis la dernière take était la bonne. » 

Captée sur le vif de l’émotion, presque. « Ouais! Avec la lumière tamisée, le brouillard dans les idées. On a décidé de la garder comme elle est sortie, c’était très instinctif. Cette chanson-là, il fallait qu’elle vive de cette façon et je suis content de la façon qu’on l’a faite. »

Bye bye bye, ça signifie sûrement la fin de quelque chose, hein?

« C’est ce genre de relation que tout le monde a déjà connue, plusieurs fois, et qui se termine en queue de poisson. Comme le jour de la marmotte! C’est une relation qui se répète. Je trouve ça beau, au final. C’est pas tant quelque chose qui me rend triste, c’est juste la désillusion du conte de fée. » 

Cette vérité-là colle bien au contexte de l’enregistrement de la chanson. En effet, il semble l’échapper lorsque sa voix casse sous l’effort et l’émotion.

Où te trouvais-tu lorsque tu as composé On en est où?

PH me confie qu’elle a été écrite lors d’un très long trajet « sketch » et dangereux à bord d’un train de nuit en Thaïlande. « Je ne comprends toujours pas qu’on n’ait pas déraillé!! » Bref, Goulet est toujours vivant, car il a pu mettre ce texte en musique. « Je me détachais de beaucoup de choses à l’époque, de vieilles valeurs et de pensées qui ne m’appartenaient plus. » Il a non-seulement cheminé physiquement à travers ce pays étranger, mais aussi émotionnellement.

Musicalement, « elle flirte beaucoup avec le style Bélangesque / Air », ricane Goulet. Il faut dire qu’avec Marc Chartrain à la réalisation, qui a travaillé momentanément avec Bélanger, la recherche de ce son fut aisée.

« Dans Amour Punk Rock, je parle d’amour, du premier vrai amour, celui qui finit mal. Celui qu’on idéalise dans nos souvenirs. »

Amour Punk Rock n’est non pas le reflet d’un passé rock n’ roll « à faire des lignes sur des fesses ». La chanson est née d’un exercice d’écriture auquel PH s’est adonné à l’École internationale de la chanson. Il devait choisir une image à partir de laquelle travailler. C’était une photo d’un couple punk assis avec leur chien, « probablement une découpure de journal », précise-t-il. « En réalité, les émotions qui sont véhiculées dans la chanson m’appartiennent, mais le contenant non. » 

Une chansonnette pour La vie est trop courte

En terminant, je lui dit que j’aimerais terminer avec la pièce qui termine son album — quel concept!!!! La vie est trop courte est une chansonnette acoustique d’à peine une minute trente. Elle sonne comme une face B mystérieuse. A-t-elle été enregistrée auprès d’un feu de camp?

Croyez-le ou non, Goulet l’a enregistrée à l’aide d’un vieux téléphone portable, en grattant les notes sur sa toute première guitare acoustique. Celle-ci serait âgée d’une vingtaine d’années : il l’a reçue lorsqu’il avait 8 ans (bien avant Star Académie en 2009). « Elle avait coûté 60 piastres et les cordes n’ont jamais été changées! », s’embarrasse-t-il.

Parlons astrologie

Derrière son visage doux que je qualifierais de « baby face » se cache la maturité du gars de 30 ans qui a parcouru le monde, qui aime l’observer et s’en inspirer.

Comme on jase d’âge, une question me brûle les lèvres : quel est le signe astrologique de PH? Vous aurez remarqué que dans toutes mes entrevues, je finis par parler d’astrologie avec les artistes — même si je ne crois pas vraiment à ça.

« Sérieux, esti que je ne crois pas à ça l’astrologie moi aussi, mais je suis tellement tombé sur le bon signe, c’en est ridicule. Je suis Balance. Mais je suis la pire des Balances, s’esclaffe-t-il. J’ai de la difficulté à faire des choix, t’sais. Puis j’aime le monde, je veux que les gens autour de moi soient contents. Alors j’ai été dans l’ambivalence très longtemps, et aujourd’hui j’apprends à dire “non”, mais je me donne encore le droit de changer d’idée à chaque minute. Dans cet album-là, il y a beaucoup de décisions qui ont été assumées. »

Ben coudonc! On devrait peut-être avoir une section Astrologie / Horoscope au Canal Auditif, car à chaque fois que j’aborde le sujet, il en ressort toujours de magnifique confidences.

Écoutez dès maintenant le LP Le jeu des lumières de Pierre-Hervé Goulet.

Lisez notre critique de l’album parue le 19 février via L-A be.

*Cette entrevue a été réalisée en collaboration avec L-A be.

Crédit photo: Fred Bérubé