Chroniques

Entrevue : les 15 ans du Festival de la Poutine vus par le programmateur Charles Dubreuil des Trois Accords

Le Festival de la Poutine, mis sur pied par les membres du groupe Les Trois Accords, soufflera ses 15 bougies cette année. Pour l’occasion, Le Canal Auditif a contacté le programmateur du festival (et batteur du groupe) Charles Dubreuil pour en discuter.

« Tu sais, nous, on fait beaucoup beaucoup de route avec le groupe, donc on a beaucoup de temps pour parler », m’explique Charles Dubreuil quand je lui demande d’où est venue l’idée du festival. Quelques jours après cette discussion, le batteur appelle Simon Proulx, le chanteur du groupe, avec les prix pour la location d’une scène, l’installation, la sécurité… « Ça a juste été une discussion avec des interrogations, et ces interrogations ont été répondues, après on a continué avec d’autres interrogations, et au final on avait un stage dans un parc avec 5000 personnes et c’était le chaos », raconte Dubreuil.

Le chaos? Lorsqu’il compare sa première édition aux documentaires qui ont pour sujet des festivals, comme Woodstock 99 et le Fyre Festival, le musicien réalise qu’à leur échelle, les erreurs étaient minimes. « Assurément […] si on attendait 50, 100 000 personnes, ça aurait été une absolue catastrophe. Mais étant donné que c’était un festival pour 5, 6, 7000 personnes au début, ça a été gérable, on a trouvé des solutions assez rapidement et on a appris beaucoup dès la première édition », raisonne-t-il.

Être artiste et gérer un festival

En outre, le fait d’être un artiste aide dans l’organisation logistique du festival. « On peut carrément faire de l’espionnage industriel partout », rigole le programmateur. Sérieusement, souligne-t-il, le fait de prendre part à des festivals et de créer des contacts avec les responsables de ces événements aide pour leur festival. Pour ce qui est de l’impact de la notoriété du groupe sur le festival, Charles Dubreuil nuance : « J’ai une éthique de travail, jamais jamais jamais je ne vais parler à un artiste directement de sa présence au festival ou de quoi que ce soit […]. Je vais toujours toujours passer par le canal officiel. »

Or, « quand Simon [Proulx] parle avec une compagnie de transport et lui demande si c’est possible de commanditer l’événement et de faire un échange de services, transport contre des places au festival, probablement, assurément, qu’il y a une oreille plus facilement que quelqu’un qui fait juste appeler genre « allo, je pars un festival »», continue-t-il.

L’impact de la pandémie sur le moral des troupes

L’an dernier, le Festival de la Poutine a mis sur pied une édition réduite en raison de la pandémie. Une expérience éprouvante pour le batteur et programmateur : « Je me suis dit : « Puis-je seulement jouer de la batterie dans la vie? J’aime ça faire ça, je suis bon là-dedans, c’est le fun. » Il était inconcevable pour lui de refaire l’expérience si cette 15e édition devait se passer dans les mêmes conditions. « Cette année, on peut opérer, je reviens où j’étais en 2019, soit un grand sentiment de fierté. C’est vraiment le fun de faire ça », témoigne-t-il.

Pendant la pandémie, lorsqu’il réussissait à monter sur scène, « il y avait tout le temps comme un sentiment d’échec qui était vraiment tough parce que quand tu joues de la musique, ta récompense, c’est les gens qui chantent avec toi, qui dansent, c’est l’énergie de la foule. Là, tu as 200 personnes dans une salle avec des masques qui sont tous séquestrés l’un de l’autre, qui n’ont pas le droit de chanter, qui n’ont pas le droit de se lever. Tu joues et tu as tout le temps un sentiment d’échec. Le Festival de la Poutine, c’était un peu la même affaire », avoue-t-il.

Célébrations d’une 15e édition

« Il n’y aura pas de feux d’artifices, de confettis de plus, on n’est pas dans ce genre d’affaires là », avise le batteur quant aux célébrations du 15e anniversaire. En fait, le seul objectif des organisateurs, c’est que « ça se passe bien. » D’ailleurs, pour la première fois depuis cinq ans, le groupe foulera les planches de son festival. « C’est notre petit clin d’œil », explique le musicien. Or, les fans du groupe (comme l’autrice de ses lignes) ne doivent pas s’attendre à entendre de nouvelles chansons, outre peut-être la petite dernière Piscine hors terre. « Étant donné que l’ADN des Trois Accords c’est vraiment de faire chanter les gens. […] Présenter des chansons que les gens ne connaissent pas, c’est un peu genre : « bleh, ça a crissement pas levé cette toune-là »», justifie le batteur du groupe.

Pour créer sa programmation, Dubreuil va voir plusieurs de dizaine de spectacles par année et regarde l’engagement de la foule envers l’artiste et son évolution. Cette année, ce qui a été le plus difficile pour le programmateur a été de choisir les artistes sans les avoir vus en spectacle. Les bons coups de la programmation? « Fredz, Pelch, Marilyne Léonard, Ariane Roy, Lou-Adriane Cassidy… Ce sont tous des artistes qui ont poppé dans les deux, trois dernières années. Je mets là-dedans 20some. Son lancement d’album, au Lion d’Or, était d’une tristesse. C’était cool, mais c’était des gens assis sur des chaises avec la sécurité qui les forcent à rester assis, ce n’était pas drôle à voir. Lary Kidd. Laurence-Anne aussi je pense que ça va être cool », énumère le responsable de la programmation.

Les poutines du Festival de la Poutine

Quand je lui demande qui s’occupe de choisir les poutiniers et si les membres du groupe ont leur mot à dire, Charles Dubreuil éclate de rire. « C’est Pierre-Luc [qui s’en occupe] […] Il se promène en moto, ses journées de congé […] et il va essayer des poutines qu’il a entendu parler. » Lorsque je lui demande laquelle est la meilleure sur le site, le batteur me répond en riant : « Je t’avoue que je ne suis pas un grand consommateur de poutine, malheureusement, parce que je trouve ça difficile d’opérer un festival avec la bedaine pleine de patates. » Pour ce qui est des autres membres du groupe, un consensus semble avoir lieu « mais on a un devoir de réserve », m’apprend Dubreuil.

Vous devrez donc vous faire votre propre idée du 25 au 27 août prochain à Drummondville. Des billets sont toujours disponibles juste ici.

Crédit photo: Photos d'archives, Courtoisie