Yoo Doo Right
Build and Rest by the Shepherd’s Light
- Mothland
- 2026
- 45 minutes
Depuis la parution de leur premier disque en 2021, les Montréalais de Yoo Doo Right n’ont cessé de creuser leur propre sillon, s’affranchissant peu à peu des formules post-rock pour explorer de nouveaux territoires. Leur quatrième album, Build and Rest by the Shepherd’s Light, pousse plus loin l’attrait pour les sonorités électroniques, mais sans non plus tourner le dos aux rythmes à la fois groovy et pesants.
Désormais centré autour du duo formé par Justin Cober (guitare, basse, synthétiseurs, voix) et John Talbot (batterie, percussions), Yoo Doo Right s’est adjoint les services de plusieurs collaborateurs. Après avoir accompagné le groupe en tournée, le bassiste Timothy Aaron Bryan apparaît sur la puissante Doldrums, Doldrums, Eviler Than the Devil, devenue déjà une incontournable en concert. On note également la présence de Jessica Moss (Thee Silver Mt. Zion, Big│Brave) au violon et Francis Leduc-Bélanger aux cuivres, dont la présence donne plus de couleur aux passages plus ambiants, entre autres sur l’apaisante pièce-titre qui clôt le disque en toute plénitude.
L’excellente Two Hoarders ouvre l’album de brillante façon en poursuivant dans le style du précédent From the Heights of Our Pastureland (2024) en priorisant un rock plus direct, moins soumis à la construction en crescendo. Certes, la pièce démarre par une introduction plus douce, mais qui explose assez rapidement en un riff hypnotique d’inspiration Krautrock et des accords incisifs à la guitare électrique.
Cette volonté de jouer avec les grooves sans trop se casser la tête avec des approches hyperconceptualisées n’empêche pas Yoo Doo Right d’expérimenter avec le rythme et les structures, par exemple en superposant des métriques à quatre et cinq temps. Quant à l’entraînante To Be a Lambskin (Or to Be the Whole Flock), elle est bâtie sur une phrase de six mesures au lieu de quatre, mais sans que la complexité technique prenne le dessus sur l’émotion. La recherche de nouvelles textures est également mise en évidence sur So Fort, Si Fort, du nom d’une pédale de guitare conçue par Cober lui-même, qui sonne comme un hybride entre shoegaze et surf rock.
Ce quatrième disque se démarque par ailleurs de ses prédécesseurs par l’absence de grandes montées cataclysmiques à la Swans se terminant en éruption volcanique par des accords dissonants. Même l’épique Tortue, pourtant d’une durée de neuf minutes, fait preuve d’une certaine retenue dans sa progression dramatique. Le groupe décrit d’ailleurs le disque comme étant « optimiste mais pensif », à l’inverse de « l’énergie angoissante et crispée » qui a pu caractériser son travail par le passé.
Composée à l’origine par Cober pour aider sa compagne à dormir, l’atmosphérique Industriestraße 9, du nom d’un ancien espace culturel à Lausanne, constitue un autre des moments-forts de l’album, avec un côté hypnotisant à la Kraftwerk. La suivante, Neighbours Report Their Neighbours, est construite autour d’un poème récité par Ky Brooks (qui a coréalisé l’album) qui se révèle d’une inquiétante étrangeté, quelque part entre le récit apocalyptique et une méditation guidée surréaliste.
Enregistré en partie à l’Hotel2Tango (Godspeed You! Black Emperor, Wolf Parade) et mixé par Seth Manchester (Lingua Ignota, Mdou Moctar), Build and Rest by the Shepherd’s Light permet à Yoo Doo Right d’expérimenter avec une palette étendue de nuances sans perdre cette force d’évocation qui a fait sa marque. Le résultat est un peu moins explosif que sur le fabuleux A Murmur, Boundless to the East (2022), mais ce qu’on perd en puissance, on le récupère en diversité des textures.