Critiques

Yoo Doo Right

A Murmur, Boundless to the East

  • Mothland
  • 2022
  • 47 minutes
8
Le meilleur de lca

À la base, Yoo Doo Right est un trio formé de Justin Cober (voix, guitares), Charles Masson (basse) et John Talbot (batterie). Le nom de la formation, lui, est emprunté à une pièce-fleuve concluant de manière magistrale Monster Movie (1969), le premier album des maîtres du krautrock allemand, Can.

À pareille date l’année dernière, le groupe nous présentait un excellent long format intitulé Don’t You Think You Can Escape Your Purpose qui a fait écarquiller bien des yeux et dessuinter bien des oreilles. Ce premier effort voyait la formation arpenter les sentiers sonores tracés par My Bloody Valentine, Godspeed You! Black Emperor et Swans. Dans le cadre du FME, votre humble scribe a été subjugué par le mur de son érigé par le trio. En pleine rue, à la sortie du Petit-Théâtre du Vieux Noranda à la suite du concert donné par The Besnard Lakes, les trois musiciens ont improvisé une courte, mais tonitruante prestation qui a laissé complètement ahuris les mélomanes qui y ont assisté.

Yoo Doo Right est donc de retour avec un deuxième album en carrière : A Murmur, Boundless to the East. Et la formation n’a pas fait les choses à moitié. Enregistrée en direct au studio Hotel2Tango sous la férule de Radwan Ghazi Moumneh — l’homme incarnant à lui seul le projet Jerusalem In My Heart — cette production met également à contribution l’une des grosses pointures du rock expérimental américain, Seth Manchester (Daughters, Lingua Ignota, Battles). C’est le réalisateur états-unien lui-même qui a mixé entièrement la nouvelle création du groupe.

Lors de l’aventure de Don’t You Think You Can Escape Your Purpose, un claviériste faisait partie de la formation, du moins en concert, mais il a dû quitter le trio. Une énergie flambant neuve s’est alors installée, poussant Yoo Doo Right dans de longues chevauchées musicales qui ont servi d’assises aux cinq morceaux présentés sur A Murmur, Boundless to the East.

Le périple démarre avec la frémissante Say Less, Do More; une affirmation à peine voilée pour une implication citoyenne réelle dans les nombreux défis socioéconomiques qui pointent à l’horizon. Sur cette pièce, Yoo Doo Right nous plonge dans une mixture de post-punk et de post-rock évoquant à la fois The Fall et Godspeed You! Black Emperor.

Suit SMB qui, avec son groove aliénant et sa guitare cristalline, constitue le morceau le plus atmosphérique de l’opus. Pour sa part, la très réussie Dérive met de l’avant un crescendo habilement construit culminant vers une éruption sonore que n’aurait sûrement pas reniée le vétéran Michael Gira (Swans). La guitare quasi surf rock à la mi-parcours de The Failure of Stiff, Tired Friends, celle-ci accompagnés par des synthés atmosphériques, est une superbe pièce inspirant la déambulation nocturne.

Mais la pièce de résistance de cet album est sans contredit Feet Together, Face Up, On The Front Lawn, une œuvre d’une durée de 17 minutes qui réunit la lourdeur vaporeuse du shoegaze, les attaques brutales du no wave et le post-rock habituel de la formation. Une épopée qui conclut de manière éblouissante ce disque. Et ce n’est pas étranger à l’apport de la violoniste Jessica Moss (Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra) qui agit comme une véritable pourvoyeuse de frissons.

Même si les influences de Yoo Doo Right sont flagrantes, le trio les a astucieusement absorbées pour les faire siennes. En délaissant un peu de la lourdeur du précédent effort au profit de moments à fleur de peau, tout en gardant intacts les habituels assauts sonores du groupe, le trio fait un pas de géant, créativement parlant. Enfin, on offre une génuflexion bien sentie à la réalisation limpide et puissante de Radwan Ghazi Moumneh qui bonifie le potentiel cinématographique de la formation.

Amateurs de post-rock orchestral de haut niveau, prêtez l’oreille à ce A Murmur, Boundless to the East, mais surtout allez voir ce groupe en concert, c’est de la bombe… c’est le cas de le dire !