Jacques Greene
jg
- Lucky Me Records
- 2026
- 41 minutes
Le troisième album solo du DJ et producteur de musique dance montréalais Jacques Greene vient décidément de cocher une nouvelle case dans l’étendue de sa discographie. Avec jg, il retourne aujourd’hui aux sources de ce que représente la musique club pour lui. Là où l’artiste montréalais nous présentait un son de musique électronique plus abstrait et ambiant dans ses projets antérieurs, il décide ici d’éviter les détours. Ce nouveau disque, qui parait sept ans après son dernier album solo, est son premier fait sur mesure pour les dancefloors.
Depuis quelques mois déjà, Greene partageait avec parcimonie quelques morceaux phares de jg. Si la chanson d’ouverture, Closer, résultat d’une collaboration avec DJ BORING, avait mis la table pour l’album dès le mois de juillet, il faut aussi dire que la majorité des pistes du projet avait été jouée par l’artiste dans ses derniers sets sur Rinse FM, Apple Music et YouTube. Un bel engouement autour de la sortie de son album en a découlé.
On retrouve des morceaux très incisifs tout au long du projet. Time To Go (avec CFCF) se démarque par le caractère minimaliste de la ligne de basse et des pistes rythmiques. Jacques Greene mise sur cette efficacité en ne cherchant pas à complexifier le corps de sa chanson. Il y a tout de même un grand travail de charge mélodique, de montées en puissance, puis de relâchements dans la structure du titre, et c’est ce va-et-vient qui fait tant ressortir le caractère brut de la basse et des percussions.
Avec Presence, probablement le single le plus marquant du projet, et What You Say (avec umru), on a droit à des mélodies très claires et entrainantes. Elles se distinguent des nappes plus atmosphériques qui ont fait la signature de Verses Gt, son puissant dernier projet réalisé conjointement avec Nosaj Thing. C’est d’ailleurs cette polyvalence qui est si impressionnante chez Greene : la multitude de sous-genres qu’il maitrise lui permet de mélanger les codes de la musique électronique au sein de ses compositions et créer une identité sonore propre à chaque album.
Le morceau Two illustre assez bien cette capacité de fusion de styles : les éléments mélodiques sont ancrés dans son univers dance, alors que les pistes rythmiques semblent plonger dans un son ralenti de jungle/DnB. C’est là qu’on ressent par-dessus tout le plaisir qu’il a à diversifier ses inspirations.
La collaboration avec les deux artistes établis à Montréal, Ouri et Jonah Yano sur Seconds, a été une très belle surprise. Dans ce titre, Ouri nous rappelle drôlement la voix de Romy de The xx, groupe pour qui Jacques Greene avait d’ailleurs fait la première partie lors de leur tournée américaine il y a plus de dix ans. Le chanteur et compositeur jazz-alternatif Jonah Yano propose, dans la deuxième moitié de la chanson, une mélodie pop légère et accrocheuse qui nous charme immédiatement. C’est un pari réussi.
Waiting ( avec Sølv) met aussi la voix à l’avant-plan. Ici, ce qui frappe, c’est l’intelligent contraste entre le traitement de voix planant de la chanteuse et la production instrumentale plus directe et rythmée qui l’accompagne.
Jacques Greene marque la fin du disque en faisant un clin d’œil à l’énergie de ses deux premiers albums, Feel Infinite et Dawn Chorus. Le lead de Halation et l’échantillon de voix trafiquée dans Slowly paraissent presque nostalgiques. On a lentement l’impression de s’éloigner de la piste de dance qu’il a animée depuis le tout début de l’album.
Si les plus vieilles parutions de l’artiste montréalais nous ont fidélisés par leurs jeux de textures et leurs propositions plus décalées, cette fois, c’est par son abandon total dans l’esprit de la musique club qu’il nous séduit. Il n’a pas cherché à l’intellectualiser, à la
contourner. En réalisant le projet, Greene précise s’être tourné vers sa communauté, « un réseau de personnes extrêmement talentueuses, bienveillantes et généreuses » duquel ont germé les collaborations qui s’y trouvent. Cette démarche fait de jg un
projet authentique et libérateur qui saura rejoindre son public.