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Critiques

La Bronze

La Festinathèque

  • Audiogram
  • 2026
  • 41 minutes
7,5

Quatre ans après Vis-moi, un album qui explorait le corps comme lieu de désir et de conflit, La Bronze (Nadia Essadiqi) revient avec La Festinathèque, un album célébrant la vulnérabilité, la résilience et l’héritage familial.

Ce titre-valise évoque un festin de collections musicales. Une promesse pleinement tenue. Là où ses précédents opus misaient sur une signature essentiellement indie pop, ce quatrième album ouvre les archives de collaborations provenant de milieux aussi variés que la musique de film, l’électro, le hip- hop, le jeu vidéo et le folklore marocain. Une multitude de sons exprimant autant d’émotions qui rendent le tout sauf banal.

Ce détail qui t’envahit on s’en fout c’est trop

Je semble ressentir tout plus que vous c’est trop

– C’est trooo0O0oooop

Parmi les titres s’inscrivant dans ce courage d’exposer sa vulnérabilité, C’est trooo0O0ooop met en musique son hypersensibilité sur une électro-pop éthérée enveloppée de nappes de claviers atmosphériques dans un crescendo d’intensité.

Dans la même lignée, L’amour enterré vivant évoque le deuil d’un amour déjà mort, mais dont les traces persistent encore. Le refrain a un petit quelque chose d’accrocheur, ce qui ne surprend pas, connaissant le don de La Bronze pour les mélodies.

J’ai vu passer toutes les sorties dans le rétroviseur

Si je souris à l’incendie je suis la reine de cœur

– Un feu mes larmes les armes

La véritable nouveauté musicale de La Festinathèque apparaît toutefois lorsque La Bronze s’éloigne des territoires qu’elle a déjà explorés. Sur Un feu, mes larmes, les armes, un titre flirtant avec la techno et taillé pour les planchers de danse, elle chante la résilience et la capacité de se reconstruire. Une incursion dans cette pop dansante assumée qui déferle au Québec.

Poussant un cran encore plus loin, Bonbon cul, s’impose comme l’un des morceaux les plus convaincants et audacieux du disque. Entre spoken word, électro, tambours, violons et éclat de voix presque noise punk, La Bronze y traite, avec des mots délectables, du désir d’être aimé et de la séduction comme spectacle.

Pour te rendre fou

Je chante en pieuvre

Mollusque à l’œuvre

Vêtue que de bijoux

– Bonbon cul

Nadia Essadiqi revendique ensuite sa libération face à une relation de domination sur Détruire ton empire, l’une des meilleures pièces de l’album grâce à sa montée dramatique faite de tensions électroniques et d’arrangements orchestraux particulièrement efficaces. Sur Elle est mon homme, elle s’abandonne à la passion amoureuse, tandis que L’indécence de mon festin s’attaque aux inégalités sociales et environnementales. Ces compositions possèdent une portée dramatique plus grande que le reste de l’album et témoignent de l’ambition grandissante de La Bronze dans ses arrangements.

Finalement, vient le cœur émotionnel de l’album, porté par ce désir de reconnexion avec son identité, ses parents et ses origines. Sur Omri chaddani, Essadiqi chante l’acceptation de son destin avec un magnifique refrain en arabe, l’un des titres les plus touchants de l’album.

Ma mère est mon cieux

Mon cœur merveilleux

– Malika

Puis, sur Malika, elle rend hommage à sa mère, son ciel salvateur, sur une introduction de pianos, des relents de musique classique. Elle honore également son père, sa montagne sacrée, sur Baba. Une merveilleuse chanson douce et intime portée par une belle envolée mélodique de l’orchestre et du chœur traditionnel marocain Marocouleurs. Le morceau et l’album se concluentt dans une célébration rythmique digne des plus épiques après-midi d’été au pied du Mont-Royal du milieu des années 90 (écoutez l’album si vous n’avez pas la ref).

Nadia Essadiqi possède un grain de voix unique ainsi qu’une façon vulnérable et touchante de livrer ses textes. Or, sur plusieurs titres de La Festinathèque, certains choix de production atténuent une partie de ces imperfections et nous privent du charme de son interprétation. Le résultat s’avère parfois plus lisse, mais pas nécessairement plus convaincant. Heureusement, des chansons comme L’indécence de mon festin, Malika, et Baba rappellent à quel point sa voix brille lorsqu’on la laisse respirer.

Globalement, La Bronze livre une œuvre de qualité qui brille par son exploration de nouveaux territoires sonores. On apprécie particulièrement les pièces qui embrassent une pop dansante et celles, plus intimes, qui soulignent son héritage familial. L’album comporte plusieurs petits bijoux qui se déploient au fil des écoutes et récompensent grandement la curiosité.

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