Francos de Montréal 2026 | Orelsan au Centre Bell le 11 juin 2026
8 ans! Cela faisait 8 ans qu’Orelsan n’était pas revenu avec ses acolytes Ablaye et Skread à Montréal. Ils étaient de passage dans le cadre des Francos de Montréal.
Orelsan est un artiste français originaire de Normandie qui s’est fait connaître sur MySpace dans les années 2000 grâce à ses morceaux de rap à la production modeste et à ses collaborations locales. Il connaît une percée auprès du grand public en 2011 et enchaîne par la suite les distinctions et les reconnaissances, avec notamment plusieurs Victoires de la Musique et des millions d’albums vendus au total. Le BOAT comme le nomme l’artiste VALD, « Blancs Of All Time » nous fait l’honneur de revenir pour nous partager son dernier album, La fuite en avant sorti en novembre dernier.
20h20 : Les lumières s’éteignent et le centre Bell s’embrase. Des sons de barres métalliques résonnent, un climat d’angoisse et d’excitation croit. L’atmosphère sombre est saisissante, et l’instant est d’une intensité rare. Cette vive émotion introduit le premier morceau Yoroi, titre éponyme de son film.
Tel un générique de film animé, il introduit ses musiciens dès son arrivée sur scène, ses acolytes de toujours. On retrouve : Manu Dyens son batteur, Eddy Purple à la basse et guitare, Ablaye aux chœurs, Phazz aux claviers et Skread « aux ordinateurs », directeur musical depuis ses débuts et producteur. Orelsan apparait sur les écrans il semble faire une entrée par le public comme le ferait les hockeyeurs du Centre Bell et on le voit apparaitre avec le chandail du hockeyeur préféré des Français, Alexandre TEXIER, le #85. La surprise fonctionne et la séduction opère.
Yoroi c’est une armure traditionnelle japonaise qui ici représente comme un bouclier pour se protéger des émotions. Mais ce titre c’est aussi une collaboration avec Thomas Bangalter, ex-Daft Punk, qui pose sa ligne de basse pour accompagner son refrain « le monde c’est ce que t’en fais ». Le titre prend une dimension particulière en concert : la puissance de son introduction accentue sa dynamique et lui confère une force.
Orelsan pose les bases : ce son emblématique Basique nous replonge dans le souvenir de son clip en plan séquence qui annonçait son grand retour en 2017 avec son album La fête est finie. Ce titre est une liste non exhaustive d’évidences qui, isolées, apparaissent banales, mais qui, assemblées, rappellent les bases. On est séduit par l’instrumentation et l’originalité, le format du texte, concis et percutant.
Vient La Quête, issu de son album précédent civilisation, valorisant le chemin parcouru pour atteindre ses objectifs plutôt que les objectifs eux-mêmes. La progression chronologique du récit, associée à l’évocation de ressentis et de situations du quotidien, confère à ce morceau une force et une authenticité particulières dans lesquelles chacun peut se reconnaître. La gratitude qui émane de ce titre est contagieuse.
Plusieurs titres s’enchainent : Le Pacte, abordant la gestion de la notoriété et ses aléas, Plus rien, avec l’artiste japonaise Lilas Ikuta, Ailleurs mettant en avant le décalage entre les aspirations et la réalité, Boss où l’artiste fait ironiquement allusion à son couple où ce n’est pas lui qui décide.
Un mashup avec les titres plus anciens Pour le pire, Jimmy Punchline, Le chant des sirènes et À l’heure où je me couche illustre l’évolution des sujets abordés par l’artiste. Le format offre comme une rétrospective de sa carrière.
On retiendra également le titre Défaite de famille, morceau centré sur les non-dits et tensions présents au sein des fêtes de famille, qui, encore une fois renvoi à des vécus communs.
Le titre SAMA laisse apparaitre un visage sombre provocateur jugeant et particulièrement négatif, en effet, Orelsan s’adonne à un discours provocateur ponctué de rires machiavéliques, l’ironie et le second degré dégagent une atmosphère pesante.
La mise en scène du spectacle est immersive et raconte une histoire. Une histoire divisée en chapitres :
- Chapitre 1 – La fuite qui introduit et contextualise le récit
- Chapitre 2 – L’armure qui construit le personnage et une montée en puissance
- Chapitre 3 – Les Yokaïs qui illustre une part plus sombre, plus symbolique
- Chapitre 4 – En avant qui conclue et ouvre vers la suite
Elle offre une immersion totale dans des décors visuels, tantôt réalistes, tantôt fictifs, ponctués par des jeux de lumière, des effets pyrotechniques et des combats réalisés par des cascadeurs.
Un premier rappel nous offre le titre qui a fait percer l’artiste auprès du grand public en 2011 La terre est ronde : l’émotion est forte. Le public reprend à tue-tête le refrain. Le titre entrecoupe les notions de destin, de perception du monde et de parcours personnel. La simplicité renforce la portée du propos et, encore une fois, donne une dimension universelle et symbolique au morceau.
Il termine par son titre C’est du propre à la production rythmée et au ton ironique.
On sort de la salle, avec le cœur plein, bien que techniquement, sur le chant, la justesse semblait parfois un peu limite, les émotions font vite oublier ce détail. Une belle célébration qui marque le début de la 37e édition des Francos de Montréal.
Crédit photo: evenko