Cola
Cost of Living Adjustment
- Fire Talk
- 2026
- 45 minutes
Ought est l’un des groupes montréalais qui m’a le plus marqué dans la dernière décennie. Ils étaient dissonants, mélodiques, imprévisibles et leur chanteur, Tim Darcy, était frondeur dans son chant. Leurs albums More Than Any Other Day et Sun Coming Down ont tourné en boucle sur mon lecteur numérique. Sans vraiment chercher de réponse à ma question, je me demandais : où ils étaient bien passés depuis?
Ce n’est que tout récemment que j’ai appris que deux des membres, Tim Darcy (voix, guitare) et Ben Stidworthy (basse, guitare), avaient dissous Ought pour former Cola avec le batteur Evan Cartwright en 2020, un projet post-punk. J’avais donc très hâte de découvrir leur troisième et dernier album, Cost of Living Adjustment (C.O.L.A.), après avoir brièvement exploré leurs précédents albums pour cette critique.
C.O.L.A. s’ouvre sur un minimalisme assumé avant de gagner progressivement en densité. Le disque est maîtrisé, mais rarement percutant, parfois même étonnamment simpliste. La plupart des titres demeurent prévisibles : guitares répétitives, batterie efficace, mais convenue. Darcy adopte une approche plus professionnelle, au prix d’une singularité pourtant essentielle pour s’accrocher aux oreilles.
Il y a quand même dans cet album des titres qui valent le détour. Le refrain de Fainting Spells contraste bien avec les couplets: il est mélodieux et accrocheur. Darcy semble se libérer du conformisme du titre d’ouverture, Forced Position, et retrouve ce chant qui lui va si bien, celui qui ne se dépose pas nettement sur les notes, mais qui oscille dans un fragile équilibre, créant une tension agréable et un effet de surprise.
Sur Much of a Mucheness, la guitare est clinquante et vibrante, et certaines lignes mélodiques s’avèrent particulièrement efficaces. Sur ma préférée, Haveluck Country, Cola reste minimaliste dans sa composition, sans pourtant tomber dans la simplicité. La progression d’intensité est bien dosée, la dissonance reste engageante, et le refrain retient l’attention. Haveluck Country dénonce qu’au cœur des sociétés privilégiées, bronzé à la vitamine D (clin d’œil à Jean Leloup), le pouvoir les corrompt et les rend fous.
In the haveluck time
These freaks of nature
And the beasts that rhyme
They’re so healthy
Oh so healthy on drugstore vitamins
Waste of opportunity
With a fortunate half life
They’re so lucky
They’re so lucky, red hand right again
Might takes madness
And the requisite blindness
— Haveluck Country
Les textes sont d’ailleurs un point fort de l’album. Ils abordent des thèmes politiques et sociaux de manière très lucide et engagée, mais de manière intime. Ils s’articulent autour d’observations froides et d’absurdités quotidiennes, mais en retrait. Ils sont cryptiques, difficiles à saisir, mais étonnamment précis par moments.
These are panic punches, but your arms have grown
— Hedgesitting
Ces textes résonneront certainement chez les désabusés, qui doivent ou veulent apprendre à vivre dans un système qu’on ne parvient plus à saisir ni à influencer. Cet album pourrait même leur servir de repères, et jouer en boucle dans leur lecteur numérique.
Au final, il s’agit d’un album intéressant, qui brille par intermittence sans jamais vraiment s’imposer. Plus léché, plus maîtrisé, il donne l’impression d’un groupe qui contrôle mieux son langage, mais qui hésite à le bousculer. C’est un album maîtrisé, mais trop convenu musicalement pour marquer durablement.