U2 - Songs Of Innocence - Le Canal Auditif

U2 – Songs Of Innocence

songs-of-innocence_5046930D’entrée de jeu, mettons les choses au clair. U2 a-t-il vraiment besoin de sortir de nouveaux albums? Le fanatique naïf en moi répondra à cette question de façon positive, mais force est d’admettre que U2 n’innove plus du tout depuis Pop paru en…1997! En fait, le propre d’un groupe est de se renouveler, chercher de nouvelles avenues afin de conserver sa pertinence au sein de l’univers musical. Les activités marketing à l’emporte-pièce telles que de rendre accessible son œuvre par le biais du service en ligne de la compagnie de la grosse pomme croquée n’est en aucun point une démarche d’un créateur sonore, mais plutôt celui du département marketing d’une corporation internationale. On a l’impression que les efforts ont été plutôt investis dans le contenant plutôt que dans le contenu.

Maintenant, qu’en est-il du volet musical de ce Songs Of Innocence? Difficile de trouver une ligne directrice, car on essaie de tirer un peu dans toutes les directions. L’ordre des pièces sur l’album semble diviser celui-ci en deux parties. On amorce l’album avec un trio de pièces formatées à la U2 façon «années 2000» avec les The Miracle (Of Joey Ramone), Every Breaking Wave et California (There Is No End To Love). La deuxième moitié, plus éclectique, semble commencer avec la pièce Iris (Hold Me Close) qui contient un clin d’œil à la superbe pièce Ultraviolet Baby, époque Achtung Baby. Iris (Hold Me Close) possède la qualité de bien refléter l’urgence que U2 détenait à l’époque de War et est sûrement la meilleure de l’album. Suit la pièce Volcano qui ne fait pas que rimer avec Vertigo, mais qui est taillée dans le même moule. Plus tard sur l’album, nous aurons droit à un retour dans le temps époque Pop avec Sleep Like A Baby Tonight qui se veut quand même intéressant, même si on y sent un peu le réchauffé. L’album se termine sur une bonne note avec l’honnête et douce pièce qu’est The Troubles, qui permet à Bono d’offrir sa meilleure performance vocale sur l’album accompagnée de la superbe voix de Lykke Li.

Plusieurs trucs dérangent sur cet album dont le sentiment d’en avoir fait une pizza sonore. Voilà le risque de travailler avec trop de réalisateurs estampillés «saveur du mois» dont l’omniprésent Danger Mouse. D’ailleurs, sur The Miracle (Of Joey Ramone) et Volcano, on semble entendre des vocalises puisées chez Kanye West. On saupoudre ici et là des échantillonnages qui agacent comme dans la pièce Raised By Wolves qui aurait trouvé toute sa force en étant plutôt livrée à l’état brut. On y retrouve même un riff de guitare à la Keith Richards au début de This Is Where You Can Reach Me Now. La réalisation abuse de compression, tout est saturé, lisse, satiné et on peine trop souvent à l’écoute de cet album. Bref, ce Songs Of Innocence est un album sans trop de direction, sans conviction, qui assurément ne contient aucun futur classique.

Ma note: 5/10

U2
Songs Of Innocence
Island Records
48 minutes

www.u2.com

Commentaires

  1. Heureusement qu’il était en téléchargement gratuit.
    Je m’étais dit que jamais plus je n’achèterai l’un de leurs albums.
    Ce dernier produit, et j’assume ce terme, ne fait que le confirmer.
    En effet, depuis Pop, c’est le néant.
    C’est triste de voir un groupe se banaliser.

    • Patrick Felton a écrit : :

      Effectivement, U2 Inc. y est allé d’un autre album très moyen en deuxième millénaire. Les Rolling Stones des temps modernes. Albums ternes et tournées engrangeant des millions…

      • Stéphane Deslauriers a écrit : :

        Peut-être que de mettre fin à l’aventure serait une bonne chose…

        • Patrick Felton a écrit : :

          Sûrement pas fou comme idée! Par contre, je constate en cette nouvelle ère de l’industrie de la musique que nous assistons à un clivage entre ces multinationales que sont les U2, Coldplay, Madonna et le volet indie (non pas le genre musical mais plutôt tout ce qui n’est pas  »marketé » par les dinosaures que sont les  »majors »). Le fossé est de plus en plus grand et fait en sorte qu’il y a une scission qui s’opère présentement et c’est pour le mieux. Malheureusement les Festivals Inc. prennent de plus en plus d’ampleur… Qui vivra verra, comme dirait l’autre! 😉

          • Stéphane Deslauriers a écrit : :

            Tout à fait d’accord avec toi… et concernant les Festivals Inc., on semble assister au début d’une certaine scission entre le modèle faussement «indie» (lors de la naissance d’un festival) afin de passer au modèle «multinationale». Les mélomanes sont de moins en moins dupes et savent faire la différence entre les deux. Une possible révolution musicale en vue? Possible. À suivre.

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