Titus Andronicus - The Most Lamentable Tragedy - Le Canal Auditif

Titus Andronicus – The Most Lamentable Tragedy

Titus AndronicusEn 2012, la formation résidente du New Jersey, Titus Andronicus, nous avait quelque peu déçu avec la parution du très «classic rock» Local Business… surtout après le superbe The Monitor (2010); disque qui redonnait quelque peu ses lettres de noblesse au rock épique. Le sextuor est de retour cette semaine avec The Most Lamentable Tragedy qui voit la formation y aller d’un foisonnant album d’une durée de près de cent minutes. Oui, vous avez bien lu. Titus Andronicus joue son va-tout, quitte à aliéner le mélomane pressé/hyperactif avide d’indie-rock comestible vite fait bien fait.

Et c’est sans aucune gêne qu’on vous certifie que le quatrième album de la bande à Patrick Stickles est un pur chef-d’œuvre rock, rien de moins. Voilà une conception sonore comme il ne s’en fait plus et que l’on peut aisément catégoriser d’opéra rock, mais pas au sens péjoratif du terme. ENFIN! Une création rock/punk qui se veut rassembleuse sans être racoleuse, excessive sans être grandiloquente, sensible sans être larmoyante et emportée sans être violente. Titus Andronicus célèbre la vie dans tout ce qu’elle a d’injuste, mais aussi dans ce qu’elle a de plus beau à offrir!

Stickles s’affaire à raconter des histoires mettant en vedette une panoplie de personnages aux humeurs instables (magnifiquement bipolaires, disons-le clairement) qui tiennent des propos qui font référence à la philosophie, à la psychologie et même à la science-fiction. Ce The Most Lamentable Tragedy pourrait en étourdir plus d’un tant que ce qui est présenté est touffu et n’offre aucun répit à l’auditeur.

Bien entendu, ce genre de conception sonore ratisse plusieurs genres musicaux à la fois. On passe du rock au punk, à des éléments issus de la musique celtique incluant des hymnes entamés a cappella. Clairement, on pense aux Clash, aux Replacements, à Hüsker Dü, à Bruce Springsteen, à The Who et aux Pogues… toute cette bande de rockeurs sanctifiés regroupée dans le même groupe!

Les chansons intimistes côtoient les nombreux instants fédérateurs qui pullulent sur cette production. Que dire du trio punk rock qui met le feu aux poudres dès le début du disque? No Future Part IV: No Future Triumphant, Stranded (On My Own) et Lonely Boy lancent les hostilités avec une furie qui ne se dément pas. Rien à redire non plus contre le quatuor abrasif qui arrache les tympans en plein milieu du périple: Look Alive, The Magic Morning, Lookalike et I Lost My Mind. Du gros stock! Génuflexion aux deux brûlots chevaleresques: la celtique More Perfect Union et l’explosive (S)HE SAID/(S)HE SAID. Sans mot!

On assiste également à des ritournelles springsteeniennes de haut niveau avec entre autres Fatal Flaw et Come On, Siobhàn. Pour finir, pêle-mêle comme ça, on a tripé solide sur les punkisantes A Pair Of Brown Eyes, I’m Going Insane (Finish Him) et Into The Void (Filler). Bref, vous en aurez plein les oreilles avec ce rock poignant! Un gros contrat auditif!

Plusieurs pourraient aussi avoir envie d’abandonner Titus Andronicus à leur présumé délire, mais en ce qui nous concerne, on ne se souvient plus quand un disque de rock aussi direct (aussi vrai) nous a happés avec autant de détermination et de fureur. Et il n’y a rien de forcé ou de simulé dans cette production, croyez-nous! C’est probablement le principal attribut de ce monument rock. Titus Andronicus fait la preuve qu’être unificateur et pertinent peut aller de pair ensemble. Ce disque est un sublime anachronisme au sens où plus personne aujourd’hui n’ose emprunter cette direction artistique avec autant de véracité et de hargne. The Most Lamentable Tragedy? Du vrai rock ambitieux, mais sans aucune espèce de prétention! Un antidote à Muse!

Ma note: 8,5/10

Titus Andronicus
The Most Lamentable Tragedy
Merge Records
99 minutes

http://titusandronicus.net

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