Robbie Kuster Archives - Le Canal Auditif

Critique : Maude Audet – Comme une odeur de déclin

Maude Audet avait été une belle découverte en 2015 lorsqu’elle avait fait paraître le bien appréciable Nous sommes le feu. Elle a commencé à tourner et petit à petit, son nom a fait jaser dans le milieu. Son folk mélancolique et généralement assez sombre est un genre de mélange de Cat Power, Blonde Redhead et Feist. Et ça fonctionne bien.

Comme une odeur de déclin est un digne successeur à Nous sommes le feu. Maude Audet rapplique avec des textes de qualité. Il faut dire qu’elle a été épaulée par la talentueuse Erika Soucy pendant la création. Les mots qui en découlent sont magnifiquement poétiques, mais dans la simplicité. Audet évite de se perdre dans les dédales des images qui à s’empiler deviennent floues. Elle nous présente une proposition claire, achevée qui ne lésine pas sur la beauté.

C’est si dur de te voir sombrer
Te voir couler
Dans les bas-fonds
De ta tête
La montagne s’est couchée sur toi
De tout son poids
J’ai beau creuser
Je t’y perds
La montagne

Gallaway Road, le premier simple paru de l’album nous annonçait que Maude Audet était de retour avec sensiblement la même proposition artistique. C’est encore une fois plutôt mélodieux, plutôt mélancolique et toujours un peu sombre. Par contre, on remarquait rapidement les moyens d’enregistrements qui n’étaient pas les mêmes. Certains titres de Comme une odeur de déclin en profite, notamment la magnifique Dans le ruisseau sur laquelle Antoine Corriveau vient subtilement appuyer Audet de sa voix caverneuse. Corriveau n’est pas le seul musicien talentueux à mettre la main à la pâte : Marie-Pierre Arthur officie à la basse, Robbie Kuster (Patrick Watson) à la batterie, Joe Grass (Patrick Watson, The Barr Brothers) à la guitare, Marianne Houle (Antoine Corriveau) aux cordes toujours aussi spectaculaires et Ariane Moffatt derrière le piano en plus d’occuper la fonction de réalisatrice.

Si cette équipe du tonnerre fait une excellente job de livraison musicale, la réalisation est un peu trop lisse. En fait, c’est là qu’on en perd un peu par rapport à Nous sommes le feu. Comme Maude Audet possède une voix douce, que ses mots sont aussi coulants et doux, le côté lisse de la musique devient de trop. On s’ennuie des surprises du record précédent. Ce n’est pas assez pour dire que l’ensemble est raté, mais résolument, ça fonctionnait mieux quand c’était un peu plus éclaté au niveau des arrangements.

Ça ne rend pas la chanson Leo (Ferré?) moins belle pour autant! Nos lèvres retournées avec ses chœurs fantomatiques est une autre belle composition qui fait de la place à une guitare électrique dégourdie lors du refrain.

C’est un deuxième album réussi pour Maude Audet qui offre un folk à saveur rock peuplé de mots habiles et poétique à souhait. Un album qui arrive à point avec l’automne et ses couleurs orangées qui ne tarderont pas d’emplir les arbres.

Ma note: 7/10

Maude Audet
Comme une odeur de déclin
Grosse Boîte
33 minutes

Site Web

Critique : Blood and Glass – Punk Shadows

La formation Blood and Glass lance le 24 mars son deuxième album intitulé Punk Shadows. La formation construite autour de la proposition de la chanteuse et musicienne Lisa Moore (ex-Creature) offre toujours un son aussi marginal et bizarroïde sur son nouvel opus. Comme pour Museum With No Walls, elle est entourée de son mari Morgan Moore (Thus:Owls, Forêt), Robbie Kuster (Patrick Watson, Black Le Gary) et Mélanie Belair.

Pour aborder Punk Shadows, Lisa Moore s’est inspirée d’un conseil de Jean Leloup : « Quand c’est le fun, c’est le fun… et quand c’est pas le fun, c’est pas bon. » Ce Punk Shadows garde une approche alternative comme Museum With No Walls. Par contre, on y trouve un peu plus de chanson qui glisse dans l’électro-pop avec des mélodies plus conventionnelles. On s’entend, ce n’est jamais vraiment totalement radiophonique, mais la chanson-titre à elle seule incorpore de beaux éléments orchestraux, des cordes efficaces et une Moore qui chante une mélodie rassembleuse.

Blood and Glass nous propose une proposition artistique en marge de ce qu’on retrouve dans la scène musicale montréalaise. Le simple Whiskey avec son chant « Bowiesque » qui verse dans un refrain dansant est très convaincant. Encore une fois, on y retrouve des sonorités qui rappellent les instruments orchestraux notamment le clavecin. La chanson représente bien Blood and Glass qui nous transporte dans une rêverie étrange où nous sommes incertains d’être à l’asile, à la fête foraine ou dans un cauchemar.

On a quelques surprises sur Punk Shadows dont la déroutante Nowheresville et ses percussions tribales et industrielles. Moore nous pousse plusieurs mélodies qui sont plus faciles à absorber sur ce deuxième album. Illusions est fédératrice. Peu importe l’habillage sonore excentrique qui l’entoure, l’air central est pop. On peut en dire autant de la sympathique Hop the Fence est ses cuivres mordants.

C’est un deuxième album tout à fait réussi pour Lisa Moore et son projet Blood and Glass. Elle nous gâte d’une proposition artistique aussi efficace qu’excentrique. C’est un univers bien construit qui lui permet d’emprunter des influences dans plusieurs genres musicaux. Le mesclun sonore est habilement balancé et le résultat très convaincant.

Ma note: 7,5/10

Blood and Glass
Punk Shadows
Simone Records
43 minutes

http://www.bloodandglass.com/