Suuns - Hold/Still - Le Canal Auditif

Suuns – Hold/Still

SuunsDepuis ses débuts il y a sept ans, le groupe montréalais Suuns se définit beaucoup par ce qu’il n’est pas, par la retenue dans les arrangements, par le manque d’enthousiasme affecté dans la voix de Ben Shemie. Plus le groupe s’approche de la frontière entre la retenue et le manque de contenu, plus sa musique est excitante. Avec son troisième album, Hold/Still, Suuns saute allégrement d’un côté à l’autre de cette frontière.

Le groupe n’est pas sans talent et savoir-faire; c’était clair avec les deux premiers albums, et c’était clair dans la collaboration récente avec Jerusalem In My Heart. Ça l’est encore, notamment dans le soin qu’accorde Suuns aux choix de ses sonorités. Les grosses basses de synthés analogiques (ou d’émulation numérique de synthés analogiques, c’est maintenant pas mal kif-kif) sont granuleuses et texturées, et mettent parfaitement en valeur les guitares et basses qu’elles accompagnent.

On dirait bien cependant que Suuns voulait se faire plus subtil avec cet album. Ou exprimer quelque chose de moins enjoué, de plus abattu. Exit donc les moments rythmiques les plus forts, des albums précédents, et la batterie elle-même est enregistrée de façon plus étouffée. Suuns a l’air de compter faire de l’effet en dégarnissant ses chansons. Quand ça fonctionne, c’est-à-dire quand des moments monotones culminent en un effet d’apothéose, on ne peut qu’être impressionné. Ça arrive surtout dans la première moitié de l’album avec des pièces fortes comme Un-No, Resistance et la sublime Translate.

Il y a cependant des pièces où la retenue va trop loin (s’il est logiquement possible de le formuler comme ça) et où on attend en vain que le petit groove morne devienne quelque chose de plus. Parfois il ne débouche sur rien de satisfaisant, parfois il débouche sur un cliché paresseux ou sur le solo de guitare le plus botché de tous les temps. (Je parle ici de l’avant-dernière pièce, Nobody Can Save Me Now, qui est absolument exécrable, quelle qu’ait été l’intention ironique qui se cachait derrière.)

Au final, tout de même, il y a plus de réussites que de bévues sur Hold/Still, mais on sent que le cynisme pèse sur les épaules de ces musiciens. On le sent dans la musique, mais aussi dans certains textes de Shemie. Je comprends et partage ce sentiment, mais il est moins lourd quand la musique le transcende. Suuns n’y arrive pas constamment, mais quand c’est le cas, c’est de toute beauté.

Ma note: 7/10

Suuns
Hold/Still
Secretly Canadian
47 minutes

http://www.suuns.net/

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