Spectres - Dying - Le Canal Auditif

Spectres – Dying

SpectresAvez-vous déjà rêvé que vous étiez en train de vous noyer? Vous savez, cette sensation causée par un torrent d’eau qui entre dans vos poumons et qui vous fait paniquer devant la fatalité? Je parle ici d’une noyade sans issue, c’est-à-dire celle qui vous donne froid dans le dos juste à y penser. Si vous reconnaissez cette inconfortable sensation de malaise, vous ne serez certainement pas dépaysé à l’écoute du premier album du groupe britannique Spectres, le très justement intitulé Dying.

Il y a quelque chose de pervers dans le fait d’aimer la musique sombre et dystopique. Alors que les médias de masse nous bombardent constamment de produits culturels sucrés, manufacturés sur mesure et trempés dans le fromage bon marché, on se sent particulièrement bien lorsqu’un groupe ose écorcher nos oreilles en réalisant un album qui, par son caractère vicieux, agressera au plus haut point le citoyen moyen. À lui seul, le trémolo qui enrobe les premières notes de Blood In The Cups représente parfaitement cette tension qui se libère d’un seul coup et qui agit comme une véritable catharsis pour l’auditeur frustré qui est à la recherche d’une raison pour se défouler. Les guitares hypersaturées pulvérisent tout sur leur passage; elles nous redonnent un sentiment d’espoir en nous rappelant que le retour du rock bruyant, bien que sociologiquement programmé, ne représente pas seulement un projet libérateur pour une poignée de nostalgiques ou d’opportunistes qui profitent d’une mode passagère.

Quant à elles, les chansons This Purgatory et Mirror nous laissent supposer que les membres de Spectres doivent posséder quelques albums de Swans dans leurs discothèques. Sale et violente; voilà d’autres qualificatifs qui nous viennent en tête lorsque l’excellente Lump se dévoile à nous. On croit alors avoir atteint l’apogée; eh bien non. C’est en analysant la merveilleuse Sea Of Trees – qui est ingénieusement découpée par un fracassant mur de son – qu’on est frappé par la qualité de la composition des chansons qui nous sont présentées.

Ceci étant dit, ce disque n’est malheureusement pas exempt de faiblesses. Certains détracteurs du groupe affirmeront, avec une certaine justesse, que Dying est un album beaucoup trop dense qui manque de nuances. Cette interprétation n’est pas complètement dénuée de sens dans la mesure où le groupe aurait effectivement pu diversifier davantage son approche en dosant un peu mieux l’utilisation des guitares bruyantes. À cet effet, Spectres devra rester sur ses gardes dans les années à venir: le groupe aurait avantage à ne pas tomber dans le piège de la redondance en exploitant tristement une «recette» qu’elle maîtrise avec une grande aisance.

Au final, on peut dire que ce Dying est une réussite. Le groupe a quand même reçu la bénédiction de l’excellente étiquette Sonic Cathedral, ce qui est en soit généralement un gage de qualité. Comme Spectres semble être investi du don lui permettant de transformer du bruit en mélodies – en «Beautiful Noise», si je peux me permettre ici un clin d’œil – on peut déjà supposer que Dying sera fort probablement cité dans plusieurs listes compilant les meilleurs albums noise rock et shoegaze de la présente année.

Ma note: 8/10

Spectres
Dying
Sonic Cathedral
52 minutes

http://www.wearespectres.com/

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