Protomartyr - The Agent Intellect - Le Canal Auditif

Protomartyr – The Agent Intellect

ProtomartyrOn dirait bien que Protomartyr pourrait faire de nombreux albums et durer longtemps avec la même sonorité post-punk maussade sans que ça devienne lassant. Dès le lancement du premier album, No Passion All Technique, en 2012, le quatuor de Detroit passait pour des vétérans, pondant dès le départ un rock intello dépouillé qui semblait patiné par des années de shows dans des salles à moitié vides et de jams dans des locaux malodorants, et ce, malgré une courte expérience dans le groupe Butt Babies, qui était la forme antérieure et réduite de Protomartyr.

J’avais trouvé que leur deuxième album, Under Color Of Official Right, l’an dernier, avait su profiter d’une meilleure réalisation sans trop nuire à cette première impression d’un crade mystérieusement attirant. Sans retomber dans le lo-fi, le groupe semble vouloir brouiller la réalisation avec ce nouveau The Agent Intellect. La voix est moins claire, envahie par une guitare qui craque et qui résonne jusque dans les derniers recoins. Même si la première impression en souffre un peu, les écoutes répétées montrent qu’on a affaire ici à un album de qualité qui pourrait rester très longtemps dans votre rotation régulière.

C’est un peu dommage que le chanteur Joe Casey enfouisse sa voix dans le mix et mâche ses mots. Il le faisait déjà dans Under Color Of Official Right, mais une grande partie du plaisir avec Protomartyr est de capter des bribes de ce qu’il dit dans des pièces comme Tarpeian Rock ou What The Wall Said, de le voir passer subitement de l’aveu bouleversant au détachement le plus cynique. Sur ce nouvel album, il y a encore des bribes de texte saisissantes dans Cowards Starve, Why Does it Shake? et la superbe Pontiac 87, on ressent encore les thèmes de frustration, de pauvreté, de majeur levé devant les châtiments du destin, châtiments peut-être mérités. Ces images sont puissantes, mais la réalisation n’aide pas à les rendre claires. J’en voudrais simplement toujours plus.

Le trio derrière Casey est en grande forme. Le guitariste Greg Ahee arrive encore à extraire énormément de jus des gammes chromatiques élémentaires, et peut donner à un riff de deux accords quelque chose de triomphant. La section rythmique composée d’Alex Leonard et Scott Davidson brouille toujours la forme pour lui donner quelque chose de très légèrement asymétrique, sans jamais s’embourber dans la complexité.

Bref, Protomartyr continue sur sa lancée avec une rassurante dose de confiance. Le groupe n’aura pas besoin de se réinventer tant qu’il gardera cette combinaison d’une grande force de frappe et d’une intelligence tranchante.

Ma note: 7,5/10

Protomartyr
The Agent Intellect
Hardly Art
44 minutes

http://www.protomartyrband.com/

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