PJ Harvey - The Hope Six Demolition Project - Le Canal Auditif

PJ Harvey – The Hope Six Demolition Project

PJ HarveyS’il y avait un disque qu’on attendait de pied ferme en 2016, du moins pour une bonne poignée de collaborateurs du Canal Auditif, c’est bien ce The Hope Six Demolition Project de la grande dame du rock britannique, PJ Harvey. Let England Shake, paru en 2011 (déjà!), s’était attiré les éloges de tout ce qui avait des oreilles pour entendre! Sur ce chef-d’œuvre, PJ Harvey y allait d’un sérieux remaniement de son style habituel, délaissant sa légendaire voix gutturale pour préconiser une approche plus aérienne. Cette fois-ci, on retrouve une artiste plus hargneuse et pour cause!

La genèse ce nouvel album réside dans tous ces voyages réalisés entre 2011 et 2014, accompagné du réalisateur/photographe Seamus Murphy, qui l’a mené au Kosovo, en Afghanistan et dans les quartiers défavorisés de Washington DC. Ces périples ont également conduit à la parution d’un recueil de poèmes titré The Hollow Of The Hand. Bien entendu, les textes sont revendicateurs, altruistes et magnifiquement empreints d’une douce indignation. PJ propose d’éloquents tableaux de camps de réfugiés et de zones de guerre qu’elle associe, de manière inconsciente, à certains quartiers défavorisés états-uniens. Néanmoins, la dame met le doigt sur certains bobos et nous fait réfléchir sur les résultats désastreux du développement social/économique associés à l’intouchable rouleau compresseur néo-libéraliste.

Musicalement, The Hope Six Demolition Project est une réalisation à trois têtes (Harvey, John Parish et Flood) qui a été colligée lors de différentes sessions d’enregistrement «live», devant public, au Somerset House de Londres. On ressent cette immédiateté à quelques occasions sur l’album. On y retrouve également une mixture de la PJ de Too Bring You My Love combinée au folk fédérateur de Let England Shake. Le nouveau rejeton peut laisser indifférent aux premières écoutes, mais plus on s’immerge dans ce disque, plus la lumière point à l’horizon.

Vous y entendrez plusieurs refrains choraux chantés à l’unisson, quelques guitares abrasives typiquement Harvey, de somptueux arrangements de cuivres et de cordes, des moments folk lumineux et quelques références jazzistiques qui étonnent, comme si PJ avait assemblé ce qu’elle sait faire de mieux dans un seul et même album. Et l’exploit loge dans cette direction artistique cohérente qui permet d’embarquer de plain-pied dans cette nouvelle proposition.

Pour de nombreux artistes, un disque comme The Hope Six Demolition Project constituerait le climax de leur carrière. Pour PJ Harvey, c’est «business as usual»… ça en dit assez long sur l’excellence de cette création. On peut trouver l’opiniâtreté de la rockeuse un peu manichéenne, mais l’icône anglaise fait tout simplement son travail d’artiste en posant des questions, en s’interrogeant, en brassant la cage… comme devrait le faire tout bon créateur qui se respecte. Et c’est en partie là que se situe actuellement la différence entre l’art et le divertissement. On pourrait en débattre longtemps, mettons…

Les joyaux? La lourde/orchestrale The Ministry Of Defence, la superbe et frémissante River Anacostia, le folk rassembleur évoquant une «protest song» des années 60 intitulé Near The Memorials To Vietnam And Lincoln, le blues rock échantillonné The Ministry Of Social Affairs (inventive introduction) ainsi que l’excellente The Wheel (qui aurait pu aisément paraître sur Let England Shake). Disque qui s’écoute d’un seul trait, sans interruption, il va sans dire.

Verdict? Rien à redire. Sans atteindre les hauts standards de Let England Shake, PJ Harvey fait du PJ Harvey, et c’est déjà immensément supérieur à la vaste majorité des parutions rock que l’on entend au cours d’une seule et même année. Les attentes étaient outrageusement élevées et, pour une énième fois, elle ne rate pas son coup. Révérence à cette grande artiste indignée! Une création essentielle qui ne laissera personne indifférent!

Ma note: 8/10

PJ Harvey
The Hope Six Demolition Project
Island Records
42 minutes

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