MY DISCO - Severe - Le Canal Auditif

MY DISCO – Severe

My DiscoLe trio australien MY DISCO, tout en majuscules je vous prie, s’est formé à Melbourne en 2003 et a ouvertement affiché dès le départ sa principale influence. De par son nom et par son utilisation de guitares à manche d’aluminium, le trio suggère qu’il se recueille à l’autel de Steve Albini et de sa formation Big Black. Cette influence est majeure, mais n’est pas la seule. Le trio puisait jusqu’à présent aux deux pans du no-wave, tant le côté festif minimal de Liquid Liquid que l’austérité pulvérisante de Swans, et ne peut cacher son admiration pour la liberté sans borne et parfois repoussante de Captain Beefheart et de This Heat. Autrement dit, MY DISCO aspire aux plus hautes sphères de la musique champ gauche.

Nobles aspirations, mais est-ce que ça en fait forcément un groupe à se mettre dans les oreilles? À peu près tout ce que le groupe a fait jusqu’ici vaut absolument le détour, et l’album qui précédait celui-ci, Little Joy (2010), était éclectique et constamment intéressant. De l’aveu du groupe, Severe a été conçu rapidement dans le but de donner à l’album plus de cohésion. On y perd donc en variété, mais il faut admettre que le ton emprunté par le groupe gagne à être obstinément maintenu. Le côté parfois dansant des albums précédents disparaît totalement, mis à part un rythme rappelant vaguement un tango morbide dans la pièce Successive Pleasure. Autrement, MY DISCO semble tenter de réduire le post-punk bruyant à la forme la plus minimale qui soit.

L’excellente réalisation de Cornel Wilczek concorde parfaitement avec cette intention. À peu près toute source de chaleur est retirée de l’équation, et il ne reste que des vibrations de métal suspendues au-dessus d’un grand vide. En plus des guitares d’alu susmentionnées, le trio utilise les ondes de synthé glaciales et une réverbération qui sonne comme si le groupe jouait dans une grande boîte d’acier inoxydable. Même la voix du bassiste Liam Andrews n’ajoute rien de très chaleureux en marmonnant une ou deux phrases par chanson, à répétition. Quand elles ne sont pas enterrées dans l’écho ambiant, ses paroles dégagent quelque chose de lugubre ou de carrément nihiliste (“I wait until your eyes close”, “Recede into silence”).

Si ma description jusqu’à présent ne rend pas cet album très attrayant, c’est qu’il s’adresse à un auditoire averti et un peu restreint. Si vous êtes du type à être attiré par les concepts sonores austères et sans le moindre compromis, vous passerez de belles minutes en compagnie de MY DISCO. Severe combine force démesurée et approche minimaliste. C’est l’essence même de l’austérité: faire beaucoup avec trop peu.

Ma note: 8/10

MY DISCO
Severe
Temporary Residence Ltd.
37 minutes

http://mydisco.com.au/

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