Louis-Philippe Gingras – Troisième rangée - Le Canal Auditif

Louis-Philippe Gingras – Troisième rangée

LP GingrasPour son deuxième exercice, Louis-Philippe Gingras a mis de côté le country qu’il nous avait fait entendre lors de sa présentation en 2013 pour faire place à un folk-pop-rock ouvert, où les entrelacements des nombreux instruments servent bien l’écriture imagée de l’auteur-compositeur.

Sa prose trempée dans l’encrier de la langue populaire, à la manière d’un Fred Fortin, d’un Bernard Adamus ou encore d’un Plume Latraverse – Et tiens, aussi d’un Dany Placard, qui, heureux hasard, signe la réalisation de cet album titré Troisième rangée –, LP Gingras s’applique à nous raconter le quotidien banal d’hommes et de femmes qui sont, en résumant grossièrement, à la recherche du bonheur.

Ce bonheur simple, sans fla-fla, sans artifice. Celui qui, inexorablement, fait lever le travailleur dès 5 h, sourire aux lèvres, malgré «une autre grosse journée qui commence à être travaillée» en compagnie de son «boss André».

«Y m’dit: « Pogne ton jacket, T’iras pas dans cour a’ec ta blouse, Pogne trois tablettes, Faut poser d’la 36 par 12 », Et comme un prisonnier, Qui s’évade de Bordeaux, Je sors à pieds, A’ec mon manteau su’l’dos, Y fait beau, Mais pas trop.» – Cap d’acier.

Ce « petit » bonheur, LP Gingras tente de l’attraper, de l’agripper, d’en extirper son essence, à tout le moins d’en récolter les fruits, le temps d’une chanson ou d’un couplet. À la manière de Yvon Deschamps qui monologuait sur le sujet («Que fait le bonheur dans la vie? Il passe. Si t’es pas prêt quand il passe, tant pis pour toi», disait-il), LP Gingras en fait le point central de son offre.

«Le bonheur c’t’une canette, À boire du bout des dents, Pis quand qu’y t’en reste p’us, Tu botches dedans.» – Le boat

Pour circonscrire les textes, une musique riche (jusqu’à 18 musiciens et/ou chanteurs-chanteuses sont présents à un moment ou un autre sur l’album, dont La Bronze sur Parc à chien) joue dans nos oreilles; le mariage des instruments à corde et à vent (la guitare piquée et les envolées de trombone, notamment) s’avère particulièrement réussi sur la majorité des 11 pièces offertes. Un travail signé Dany Placard qui plaira à ceux qui connaissent déjà le style de l’artiste.

Au final, les petites histoires imaginées par LP Gingras atteignent la cible et font réfléchir sur nos valeurs, nos besoins et les vraies nécessités, et ce, sans jamais tomber dans le prêchi-prêcha. Un beau travail d’écriture. On regrette cependant quelques passages en bas de la ceinture («J’ai pas de clitoris, Ah ben, M’as te prendre un Cinzano d’abord» ou encore «Viens que j’t’amène, Faire pleurer ma graine, Dans les toilettes du back-store») qui sonnent faux dans l’offre finale et qui, à notre humble avis, n’étaient pas nécessaires.

Ma note: 7,5/10

Louis-Philippe Gingras
Troisième rangée
Simone Records
40 minutes

http://louisphilippegingras.com/

Exprimez-vous!

*