Jack White - Lazaretto - Le Canal Auditif

Jack White – Lazaretto

jack-white-lazarettoL’homme n’a plus besoin de présentation puisqu’il est devenu au fil des ans une superstar du rock américain. Il faut avouer que Jack White est un musicien doué, possédant un extraordinaire charisme, doublé d’un homme de scène démentiel. En 2012, White avait fait paraître un Blunderbuss de qualité, même si on pressentait un virage pop-rock plus accentué; voilà le créateur de retour avec Lazaretto.

Au programme, Jack White nous offre un amalgame hétéroclite de blues électrifié, de country rock acoustique et de rock labyrinthique, évoquant parfois son supergroupe The Dead Weather; formation mettant en vedette Allison Mosshart des Kills. Ce Lazaretto tire dans tous les sens et les aficionados de cohérence musicale fuiront à toute jambe cette conception sonore. En plus de son rock parfois tarabiscoté, White trempe ses chansons dans une bouillabaisse d’instruments incluant orgues, violon, piano, slide guitar, pédales de fuzz, ce qui accentue cette impression de fourre-tout musical.

Est-ce à la hauteur des fameuses attentes? Plus ou moins. Pourquoi? Parce que White semble un peu prisonnier de son talent naturel de songwriter et on croit que l’artiste aurait sérieusement besoin de se faire brasser la cage créative par une aide extérieure. On y entend un Jack White à la croisée des chemins en ce qui concerne l’infaillible fiabilité de son instinct de compositeur. Malgré l’indéniable génie musical du bonhomme, White a de la difficulté à se renouveler et devrait faire appel à un réalisateur qui permettrait de brasser les cartes et atouts de son écriture chansonnière. Notre homme est tout simplement sur le pilote automatique.

Évidemment, ce Lazaretto est loin d’être exécrable, tant s’en faut, c’est juste qu’on assiste à la prestation d’un musicien qui fait du surplace, qui ne peut plus se fier uniquement à son gigantesque talent. Est-ce qu’il aura l’humilité d’emprunter la voie de «l’oreille extérieure attentive»? Rien n’est moins sûr… et qui sommes-nous pour conseiller de la sorte Jack White, n’est-ce pas? C’est en toute modestie que l’on croit que White, le compositeur, peut faire beaucoup mieux et beaucoup plus. L’homme représente une gigantesque pointure du rock made in USA, qui s’est embourbé dans sa propre écriture chansonnière, se fiant uniquement à son flair.

Ceci dit, Jack White est incapable de réelle médiocrité. Il nous prodigue somme toute une litanie de bonnes ritournelles: la très Dead Weather titrée Three Women, le country-rock Temporary Ground, le rock pianistique prenant Would You Fight For My Love? (meilleur titre de l’album), l’hyperactive/instrumentale High Ball Stepper ainsi que la stonienne Just One Drink. Par la suite, on s’engouffre dans une série de morceaux aux accents folk-country hybrides quelconques et Lazaretto s’essouffle lentement, mais sûrement. Un seul petit intermède? La typiquement White gonflée à l’hélium titrée That Black Bat Licorce; là aussi, cette pièce est à reléguer aux oubliettes!

Une petite déception au compteur, mais il y a pire que Jack White dans le merveilleux monde de la musique! Les fervents devraient y trouver leur compte, les vieux de la vieille qui avaient déserté le navire demeureront bien campés sur leur position et probablement aucun nouvel abonnement au fan-club de l’américain. Un disque inégal!

Ma note: 6/10

Jack White
Lazaretto
Third Man/XL Recordings
39 minutes

jackwhiteiii.com

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