Grouper - Ruins - Le Canal Auditif

Grouper – Ruins

5a266580L’an dernier, Liz Harris, alias Grouper, avait fait paraître l’album The Man Who Died In His Boat qui alliait folk délicat, utilisation justifiée d’un Wurlitzer, l’ensemble dans un enrobage résolument lo-fi; un disque somme toute apprécié par votre ex-roux favori. Grouper est de retour cette semaine avec Ruins. Une création entièrement enregistrée au Portugal en 2011 et qui met en vedette une Liz Harris solitaire, seule au piano. Fait à noter, l’artiste a élaboré pas moins de dix albums au cours des dix dernières années. Prolifique, vous dites?

Ce Ruins ne s’adresse clairement pas aux mélomanes friands de foisonnement sonore cadencé ou encore de dessuintage d’oreilles accentué tant ce qui est présenté sur cet exercice pianistique se veut totalement minimaliste, intimiste et dépouillé de tout artifice superflu. Quelques notes pianotées, la voix vaporeuse et paisible d’Harris sont les deux seuls éléments qui «animent» ce Ruins.

Enregistré dans un appartement portugais, pratiquement d’un seul trait et sur un candide quatre pistes, on y entend même le son d’un four à micro-onde qui agonise suite à une panne d’électricité fortuite. C’est pour vous dire, le penchant primitif de l’affaire. Est-ce que la démarche vaut la peine d’être entendue? Bien sûr, pourvu que vous soyez dans l’état d’esprit nécessaire afin de vous plonger dans cette conception sonore aussi introspective que claustrophobe. Ce Ruins s’écoute seul, en toute quiétude et amène l’auditeur en état de contemplation/réflexion.

Ceci dit, les chansons tapotées au piano combinées à la voix immatérielle et le phrasé mâchonné de Harris ne sont pas dépourvues d’intérêt. Harris s’installe au piano et exécute ses chansons comme si elle ne voulait pas réveiller ses voisins profondément endormis… L’effet est accentué sur la pièce Lighthouse; morceau sur lequel on entend un grillon qui chante et qui donne l’impression que cet enregistrement a eu lieu au beau milieu de la nuit.

Parmi les autres pistes notables de ce Ruins, on a apprécié la mélancolique Clearing, le piano approximatif entendu dans Labyrinth (qui fait penser à certains moments de l’album Laughing Stock de la formation Talk Talk paru en 1991), la «silencieuse» Holding ainsi que la conclusion, d’une durée de douze minutes, titrée Made Of Metal. Fragment musical colligé en 2004 et qui s’achève sur un fondu éternel. Complètement méditatif.

Bien entendu, il faut apprécier une certaine épuration musicale afin de s’immerger sérieusement dans cette production. Ce disque s’adresse directement aux adeptes de Grouper et ne recensera aucun nouveau fan. Un disque que l’on adorera ou que l’on détestera souverainement. Qu’à cela ne tienne, ici, on admire et respecte le credo créatif de Liz Harris. Une ravissante contemplation auditive.

Ma note: 7,5/10

Grouper
Ruins
Kranky
40 minutes

www.kranky.net

Exprimez-vous!

*