Entrevue avec Suuns - Le Canal Auditif

Entrevue avec Suuns

SUUNS est de passage à Québec et Montréal cette semaine pour clore le cycle de tournée de son troisième album, Hold/Still paru à l’hiver dernier. Un an de concerts en condensé qui ramène déjà le groupe en studio. Le Canal Auditif a discuté avec Joseph Yarmush, guitariste et occasionnellement bassiste du quatuor montréalais.

LCA — Hold/Still est paru il y a tout près d’un an. Comment se sont passés les onze derniers mois pour SUUNS?

JY — Ça s’est super bien passé, mais ç’a été une année complètement folle. On a fait au moins quatre tournées en Europe et plusieurs autres en Amérique du Nord, alors on est maintenant vraiment bien avec notre matériel. On est plus « tight » et on commence à explorer davantage lorsqu’on joue les chansons. Sans dire qu’on part sur de longues improvisations, disons qu’on sort du cadre un peu plus.

Vous avez sorti vos trois albums à trois ans d’intervalle, j’imagine qu’au moment de lancer Hold/Still vous étiez un peu stressé par la pression du succès d’Images du Futur?

Le stress, on l’a ressenti pas mal plus en studio. On a procédé complètement différemment des deux autres. On est allé trois semaines en studio à Dallas avec du matériel incomplet et à la fin des trois semaines on devait avoir l’album prêt, mixage inclus. Beaucoup de morceaux sont sortis complètement transformés du processus et par l’approche de notre réalisateur (John Congleton), donc c’était stimulant aussi en quelque sorte, mais on stressait avec la pression du troisième album pis avec l’argent aussi… on finit toujours par penser à l’argent.

Avez-vous toujours enregistré en vous imposant cette rigueur?

Non, Images du Futur est issu de quelques séances studio qu’on a faites à Montréal. Ça n’a rien à voir avec la manière dont on l’a fait la dernière fois. Je ne suis même pas convaincu que c’était la meilleure chose à faire. Je ne pense pas qu’on va recommencer ça!

Est-ce que c’est ce contexte plus difficile qui fait de Hold/Still un album plus noir que ses prédécesseurs?

Tout le monde, parle d’un album plus noir. Je ne sais pas trop ce qu’il y a de noir là dedans à part la pochette (rires).

T’as raison, noir n’est peut-être pas le meilleur mot… Je dirais plutôt plus exigeant aux premières écoutes et plus chargé. Qu’en penses-tu?

Ouais, OK, je comprends. En fait, on ne met pas sur l’album plus que ce qu’on est capable de jouer sur scène. On se fie pas mal sur notre dynamique pour écrire. Mais, oui, je suis conscient qu’on ne laisse pas beaucoup de place à l’auditeur pour traverser l’album.

C’est drôle que tu évoques ce peu (et même pas) d’espace vide dans votre musique, parce qu’en même temps, j’ai l’impression que votre côté minimaliste et répétitif devient comme hypnotique et incite à la projection et à l’imagination.

On aime beaucoup la musique électronique et c’est un peu ce qu’on essaie d’importer de ce style à notre démarche. On aime quand chaque élément est placé à sa place et qu’il n’y a pas deux instruments qui font la même chose, quand chacun a son rôle. Donc, quand on compose, on essaie de placer le rythme à l’avant-plan, parce qu’on adore la grosse basse électronique, mais ça fait que des fois, j’ai vraiment de la misère à trouver de l’espace pour ma guitare, surtout qu’on fait rarement des accords, alors ça rend la tâche plus difficile encore.

Voilà une explication technique à ce drôle de sentiment qu’on a en écoutant SUUNS. La musique du groupe est à la fois « pleine », ou finie, mais « ouverte ».

Tu vois, c’est aussi pour ça que je joue de moins en moins de basse : il n’y a pas de place pour cet instrument dans ce que l’on fait. Et pour cette raison, je me rends compte que Hold/Still est notre album le plus cohérent, où il règne la plus grande cohésion, parce qu’on a utilisé un équipement limité pour le faire en peu de temps.

Donc, j’en comprends que tu n’as pas amené ta basse à Dallas?

(rires) Non, elle est restée chez nous. J’ai amené quelques pédales, mais, j’ai fini par juste utiliser le reverb naturel de mon ampli et ma pédale de délai.

Donc, cette semaine, à Montréal et Québec, on doit s’attendre à quoi de votre prestation? Des projections, des nouveautés?

Rien de tout ça. Mais on a fait faire pour cette tournée des grosses lettres gonflables S. U. U. N. S. On trouvait que c’était intéressant de s’afficher sur scène avec ça. Pour montrer notre côté plus léger. Pour faire un « statement » aussi que oui, notre musique est sérieuse, mais que c’est justement que notre musique. Nous, on est là pour faire passer une bonne soirée aux gens qui se déplacent. Mais à part ces lettres, c’est notre seule forme de préparation. On pense à une « setlist » cinq à dix minutes avant de monter sur scène et pour le reste, on se laisse aller avec l’esprit et l’ambiance du concert.

À Montréal et à Québec, vous serez précédé sur scène par Sarah Davachi. Comment l’avez-vous choisi?

Sarah est une pianiste de formation classique, mais qui joue ces derniers temps pas mal plus du drone… en fait ça dépend vraiment de quand tu la vois. Je l’ai vu en concert l’an dernier et elle était accompagnée d’un gars sur scène et ils jouaient sur des vieux synthés modulaires et c’était vraiment pété. Là pour jouer avec nous, elle sera en solo et reviendra à un son plus minimaliste, mais comme on dit en anglais, elle « set the tone » pour notre concert.

Sur votre page Facebook, il n’y a pas de dates inscrites au-delà de vendredi avant le 20 mai en Europe. Qu’est-ce qui vous attend?

Les concerts à Québec et Montréal, c’est notre célébration de notre dernière année. On fête chez nous la fin de la tournée. Les dates en Europe, c’est autre chose.

Planifiez-vous déjà un nouvel album et des séances studio?

On a déjà commencé le studio. Le but c’est de passer de quatre à cinq jours en studio par mois durant toute l’année pour accumuler entre dix et vingt chansons. On fait ça ici, à Montréal tout seul. On ne sait pas encore par qui on le fait mixer ou si on le fait par nous-mêmes, mais le but c’est de prendre ça plus relax.

Et c’est amplement mérité.

SUUNS en spectacle :
9 mars : Le Cercle (Québec)
10 mars : Club Soda (Montréal)

http://www.suuns.net/

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