Critiques

Magik Markers

Surrender To The Fantasy

  • Drag City
  • 2013
  • 44 minutes
7,5

magikC’est le premier album en quatre ans pour Magik Markers, groupe psych-noise de Hartford au Connecticut. Ça faisait curieux d’être sans nouvelles du trio pendant si longtemps, eux qui avaient lancé plus de 40 enregistrements divers de 2002 à 2009.

Un groupe peut difficilement être aussi prolifique sans être prolixe, et Magik Markers n’y échappe certainement pas, mais le groupe a bâti sa réputation à la dure, à coups de prestations d’une énergie furieuse et chaotique. Quant à ses albums, ils sont inégaux, c’est inévitable, mais ils ont évolué d’une pure représentation de la liberté totale et déchaînée du trio sur scène en quelque chose de plus calme et rigoureux, même si les concepts de rigueur et de calme semblent ne pas convenir à un groupe punk psychédélique aussi bruyant.

Des nombreux groupes qui ont reçu le sceau d’approbation de Thurston Moore et de Lee Ranaldo de Sonic Youth, Magik Markers est un de ceux qui ont connu le parcours le plus satisfaisant. La vie suivant son cours, la réalité a forcé les membres du groupe à arrêter d’enregistrer en 2009. Cette maturité forcée ne pouvait que changer la nature du groupe. Magik Markers nous revient donc avec une nouvelle compréhension de l’acte musical: c’est par définition un acte déraisonnable et une échappatoire à la réalité. Le groupe se laisse donc gagner par la fantaisie (d’où le titre de l’album) pour y trouver une vérité que la réalité ne peut pas exprimer. Ou peut-être une vérité qui se fait contredire par la réalité, mais à laquelle on s’accroche obstinément.

Surrender To The Fantasy présente des chansons simples, voire simplistes, mais bien dosées et qui se bonifient avec les écoutes. L’énergie entraînante et néanderthalienne de Bonfire exprime assez bien la jeunesse passée du groupe, et cette même jeunesse est évoquée de façon nostalgique et douce-amère dans la pièce Young, dans un jeu de contrastes plutôt habile.

Ailleurs sur l’album, on a droit à de l’ambiance ouateuse et bruyante qui rappelle pas mal Bardo Pond, des textes apparemment écrits automatiquement, mais jamais cucul, et un mariage étrange entre no wave et folk. D’un bout à l’autre, même s’il ne s’attaque pas aussi férocement qu’avant aux stéréotypes musicaux, Magik Markers démontre ce qui a toujours fait sa force: établir une voix originale et évocatoire, malgré des moyens et des habiletés techniques modestes.

Ma note : 7,5/10

Magik Markers
Surrender to the Fantasy
Drag City
44 minutes

magikmarkers.tumblr.com/

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