Critique : Xarah Dion - FUGITIVE - Le Canal Auditif

Critique : Xarah Dion – FUGITIVE

Xarah Dion compose et produit de la musique électronique sur la scène montréalaise depuis plus de dix ans. Vous l’avez peut-être croisé à La Brique ou entendue en duo avec Marie Davidson dans Les Momies de Palerme et leur album Brûlez ce cœur (2010), publié sur Constellation. Pendant que Davidson et Pierre Guerineau développaient un son plus rock avec Essaie Pas, Dion prenait la direction wave avec son EP Nouveau Zodiaque (2013), suivi de son premier album Le Mal Nécessaire (2014). La structure musicale 80s était claire dès le début et sert très bien à la poésie de Dion; les mouvements lents et dramatiques contrastent bien avec les passages plus rythmés et froids, la voix angélique plane et redescend parfois sur terre pour murmurer sa peine. Pas besoin de changer la recette quand elle fonctionne; FUGITIVE (2016), publié l’automne passé sur Visage Musique, marque un pas en avant en détaillant davantage les différentes formes de wave, et en faisant ressortir une sonorité restée subtile jusqu’à présente : du EBM, voire même un peu de new beat belge.

MTL KO débute l’album sur un arpège synthétique à la sonorité rétro et un beat techno sec; Dion chante doucement, perchée au-dessus de la masse numérique; l’entrée en matière est réussie. Fugitive assure solidement la suite; bien que le premier mouvement soit discret, on monte le volume rendu au refrain pendant que la jeune femme récite les paroles comme une confession/condamnation. Dysphorie démarre assez doucement, et devient plus robuste une fois la basse ajoutée, genre EBM début 80s, mais avec une voix féminine mi-parlée mi-rythmée, contrainte par la structure rigide de la pièce.

L’arpège en boucle du simili clavecin ouvre Dérive sur un ton lourd; qui devient plus léger ensuite avec la voix aérienne réverbérée et la basse particulièrement belle. Le Dédale ralentit le rythme et se développe en balade dark wave, en prenant le temps de créer une atmosphère de rituel fantastique. Anhédonie donne suite à Dysphorie avec son rythme étanche et sa poésie mi-parlée mi-chantée, comme le témoignage d’un séjour à l’asile.

L’instrumentale Station ressemble à une pièce italo disco en accéléré, avec son rythme répétitif et ses synthétiseurs scintillants. Cap Tourmente fait croiser les arpèges au-dessus de la basse rythmée à l’octave, contrastant avec la voix aiguë de Dion. Le pont marque une petite pause en contretemps et laisse ensuite le refrain élever la pièce au niveau d’hymne de soirée synth wave. La Voie Intérieure conclut comme une histoire racontée avant de s’endormir, les paupières se ferment et l’album se termine.

Bien que FUGITIVE ait un thème dramatique, avec passages tragiques, le support musical fait des références plutôt adorables à du vieux new/dark/cold wave, ça allège le propos et permet de danser comme un ange déchu. Le coup de cœur vient sans doute de la combinaison des deux; une âme torturée qui plane au-dessus d’un Roland TR-808 est curieusement charmant, et devrait plaire aux mélomanes qui se demandent ce qu’aurait donné Remission (Skinny Puppy) si Mylène Farmer avait chanté dessus. Genre. Style.

MA NOTE: 7,5/10

Xarah Dion
FUGITIVE
Visage Musique
42 minutes

http://xarahdion.com

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