Critique : King Gizzard & The Lizard Wizard – Polygondwanaland - Le Canal Auditif

Critique : King Gizzard & The Lizard Wizard – Polygondwanaland

En cette fin du mois de novembre un peu tristounet, où la température changeante affecte mes articulations et mes os, où le manque de luminosité me donne envie de sacrer mon camp dans le bois pour exclusivement lire et écrire, je dois contre mon gré garder le cap, du moins, professionnellement parlant. Malgré mon humeur maussade, à géométrie variable, il y a toujours cette fin d’année musicale sur laquelle me rabattre. Parmi les moments euphorisants de l’année sonore en cours, les multiples parutions de ces divins poteux que sont King Gizzard & The Lizard Wizard ont eu l’effet vivifiant d’une bonne gorgée de Flacatoune ou encore d’une longue sortie de jogging dans cet air automnal.

Après l’excellent Flying Microtonal Banana sur lequel ces jeunes salopards avaient accordé leurs instruments de façon « microtonale », la bande menée par Stu Mackenzie proposait Murder Of The Universe. Ce deuxième volet d’une série de cinq était un album concept, ponctué de moments narrés, qui exploitait les thèmes de la mort, la fossilisation et la résurrection. Finalement, l’été dernier, le groupe s’associait avec le Mild High Club pour nous offrir un Sketches Of Brunswick East aux accents jazzistiques; le disque le moins achevé de ces trois productions, mais qui est loin, mais très loin d’être indigeste.

La semaine dernière, le quatrième chapitre de ce défi annuel que le groupe s’était lancé à eux-mêmes – produire cinq disques en une seule année – était révélé. Voilà Polygondwanaland. Via une publication Facebook, le groupe offre à ses fans de mettre à leur disposition toutes les informations nécessaires pour qu’ils puissent se transformer en maisons de disques individuelles. En effet, si vous le désirez, grâce à ces génies musicaux et promotionnels, vous pourrez presser vous-mêmes cette nouvelle création, en format CD ou en vinyle. Honnêtement, je suis désolé pour l’écart de langage à venir, mais ce sont des hosties de cinglés… favorablement parlant ! Évidemment, quelques labels européens ont flairé la bonne affaire… Cela dit, rien n’arrête ces gars-là. Rien.

Musicalement, ça dit quoi ? Cette fois-ci, les prodiges arpentent le rock progressif des années 70, sans perdre une seule once de leur identité. Ce qui impressionne chez King Gizzard & The Lizard Wizard, c’est cette impression d’écouter un « jam band », sans que le groupe en soit véritablement un. Mackenzie et ses acolytes, derrière cette fausse impression de psychédélisme relâchée, sont des compositeurs minutieux et chirurgicaux. Au sein d’une seule et même chanson, les ambiances et les rythmes varient rapidement, mais la formation demeure clairvoyante en revenant régulièrement à la mélodie principale, ou à ce riff assassin, qui constituent les points d’ancrage de chacune des pièces. On appelle ça de la virtuosité au service de la chanson. On entend trop souvent le contraire. Les Australiens ne tombent jamais dans ce piège; une preuve de leur immense intelligence musicale.

Polygondwanaland s’articule principalement autour d’un morceau de bravoure qui constitue la porte d’entrée de ce disque : Crumbling Castle. D’une durée de 11 minutes, un peu prog, résolument rock, c’est un petit chef-d’œuvre. Tout simplement. La narratrice Leah Senior, celle qui officiait sur Murder Of The Universe, revient nous hanter sur The Castle In The Air. Et cette odyssée « psyché-prog » s’achève avec The Fourth Colour qui s’arrête doucement au trois quarts, laissant place à un clavier mortuaire, et qui reprend de plus belle, se concluant en une explosion de rock déjanté.

Alors, comment font-ils pour être aussi productifs et offrir autant de qualité à leurs disciples ? Aucune idée. Et on attend encore une dernière offrande d’ici la fin de l’année ! Pour ma part, la performance de King Gizzard & The Lizard – car il s’agit d’une véritable prouesse – est inexplicable. Présenter quatre aussi bons disques, possiblement cinq, en un si court laps de temps, relève du génie. J’en ai l’écume à la bouche.

Ma note: 8/10

King Gizzard & The Lizard Wizard
Polygondwanaland
ATO Records
43 minutes

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Commentaires

  1. Ils ont dit durant l’année que ce serait peut-être « juste » 4 albums finalement.

    C’est Mild High Club et non Mile High Club.

    D’où vient leur créativité ? L’acide, sans aucun doute. [L’alcool et le pot sont tellement chers et restrictifs en Australie, qu’il est beaucoup plus rentable d’acheter un tab à 10$ pour passer la fin de semaine. Une vague de créativité australienne était prévisible.]

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      J’aime le « juste », mais bon, je me méfie et je corrige de ce pas cette petite erreur. Et vive l’acide ! Merci pour le commentaire.

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