Critique : Brandt Brauer Frick - Joy - Le Canal Auditif

Critique : Brandt Brauer Frick – Joy

Brandt Brauer Frick est un trio allemand formé de Daniel Brandt, Jean Brauer et Paul Frick, trois musiciens de formation classique qui ont eu envie de faire du techno avec des instruments acoustiques. WTF dites-vous? C’est une réaction normale face à l’ingéniosité du projet, d’autant plus qu’ils s’approprient une forme musicale comparativement froide et la réanime en lui donnant un souffle organique.

Leur premier album You Make Me Real (2010) faisait exactement cela (à l’exception de quelques sons de claviers analogiques) en construisant des boucles polyrythmiques teintées de jazz. Une version live sous la bannière The Brandt Brauer Frick Ensemble proposait le trio accompagné de sept musiciens, rassemblés à nouveau en studio pour enregistrer Mr Machine (2011); la précision des arrangements et le mixage est à faire baver n’importer quel haut-parleur. Miami (2013) annonçait tout de même un gros changement avec ses chanteurs invités entourés de pièces instrumentales; une moitié techno acoustique et une moitié jazz spontanée qui tirait chacune l’album de son côté. BBF nous est revenu en octobre dernier avec Joy (2016) et en trio auquel s’ajoute un chanteur (montréalais!) qui s’appelle Beaver Sheppard; que vous connaissez peut-être à travers son projet Co/ntry en duo avec David Whitten.

À la première écoute, on ressent un décalage. Durant la pièce You Can Buy Me Love, les percussions semblent en compétition avec le chanteur tellement elles prennent de l’espace. Society Saved Me réussit mieux à combiner la voix et la musique; les arrangements classiques servent de contrepoids à la sonorité industrielle et Sheppard ponctue le tout de façon plus convaincue.

Holy Night reprend ce rajustement et l’élève au sommet de l’album; le chant est parfaitement intégré dans la structure rythmique, le duo crée une atmosphère d’urgence, comme s’il fallait désamorcer une bombe à retardement. Oblivious donne suite avec ses cuivres un peu comiques et un Sheppard théâtral, fataliste, qui nous rapproche de la performance expérimentale. Away from My Body conclut le disque avec intensité et le sentiment de course contre la montre. À la fin, on est un peu essoufflé pour le chanteur tellement sa voix de tête s’est démarquée de ses passages parlés.

Je dois vous avouer que Joy s’écoute comme le premier album d’un side-project tellement Sheppard colore chaque pièce avec son ton de poète nonchalant. Ce qui saute aux oreilles est le contraste entre son interprétation qui fait low-fi et les arrangements musicaux vraiment concis. Réunir trois Allemands de formation classique et un poète montréalais low-fi est ingénieux, et nous donne une moitié d’album de laquelle on devient dépendant, et une autre qui prend un peu plus de temps à apprivoiser.

MA NOTE: 7,5/10

Brandt Bauer Frick
Joy
!K7 Records
41 minutes

https://www.facebook.com/BrandtBrauerFrick

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