Critique : Bonobo - Migrations - Le Canal Auditif

Critique : Bonobo – Migrations

Migration, c’est un peu un appel à l’embarquement. C’est un envol vers un endroit qui peut être inavoué, pour certains. Pour d’autres, on veut simplement s’enfuir de toute l’énergie négative qu’habitent nos têtes cadencées par la monotonie de la routine quotidienne. L’Anglais Simon Green (alias Bonobo), nous offre cette possibilité de s’émanciper. Histoire de nous donner un peu de sérénité dans nos cœurs en ces temps plutôt gris.

Pour ce sixième opus, Bonobo s’inscrit dans la lignée d’artistes électroniques les plus prometteurs. Sans nécessairement se renouveler, le DJ britannique rafistole son style. Le peaufine. Le réarrange. L’organise. Pour nous surprendre encore plus. La pièce titre, ouvrant le disque, s’allonge et guide notre chemin à travers ces notes de pianos vaporeuses et ces arrangements rythmiques bien exécutés. Pendant près de six minutes, la chanson s’étend et nous fait prendre conscience du temps qui passe. C’est ce qui est assez impressionnant avec Bonobo. Tout au long de son œuvre, l’artiste y fait un éloge bien précis. Celui de la lenteur. La trotteuse avance… même qu’elle ne s’arrête jamais. Et c’est parfait.

On remarquera la présence de plusieurs grands noms de la scène alternative sur l’album. On parle du duo canadien Rhye qui nous roucoule des mots avec douceur sur Break Apart. Quoiqu’elle soit bien lancinante, cette pièce nous donne quelques airs nostalgiques planants et sublimes. Sans oublier la brillante No Reason où l’Australien Nick Murphy (anciennement Chet Faker) chante sur une mélodie pop bien dynamique. Notons aussi Nicole Miglis, meneuse du groupe américain Hundred Waters, qui chante avec brio sur Surface, titre mélancolique qui colle extrêmement bien aux sonorités électroniques.

Nous avons même eu droit à de la musique traditionnelle comme sur Bambro Koyo Ganda. C’est en s’associant avec la formation marocaine Innov Gnawa que Bonobo excelle sur cette piste impressionnante. On y retrouve synthétiseurs, arrangements électro/house et chants issus de la musique gnaoua (qui vient directement des contrées du Maroc). Tout s’harmonise et l’on y comprend assez rapidement l’essence même du disque. Vous voyez, Migration, c’est surtout cette idée de déplacement de culture. Cette importance d’illustrer un portrait de l’ensemble de ces traditions à travers des mélodies qui se mélangent et qui fondent ensemble. Sur un fond de tolérance. Ce qui est très bien illustré sur ce disque, si vous voulez mon avis.

Dans cette aventure, Bonobo se lance seul à d’autres moments. Grains, Second Sun, Ontario ou Kerala sont des titres qui nous prouvent encore une fois l’immense talent de l’artiste. Que ce soit par des sections de cuivres ou par quelques notes pincées à la harpe, le Britannique nous livre un disque gigantesque. Il frappe fort avec un projet qui se veut touchant, rêveur et actuel. Encore une fois, l’Angleterre brille de mille feux et elle nous la rend si bien.

Ma note: 8/10

Bonobo
Migration
Ninja Tune
60 minutes

http://bonobomusic.com/

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