Hip Hop / Rap Archives - Page 22 sur 23 - Le Canal Auditif

ASAP Rocky – Long.Live.A$AP

asap-rocky-long-live-asap-pochette-300x300Dans l’univers du rap « moins grand public », aucun n’a atteint la célébrité aussi vite que Rakim Mayers connu sous le nom de Rocky, faisant parti du groupe de rappeur ASAP. Âgé de 24 ans, né dans Harlem, ayant eu droit à une enfance prise entre le meurtre de son frère, l’emprisonnement de son père et les incessants déménagements, Rakim a pris la décision d’arrêter de vendre de la drogue dans Harlem pour déménager au New Jersey où il a commencé à rapper. Rapidement repéré par Drake, Rocky fit paraître LiveloveASAP qui, avec ses singles Peso et Wassup, lui permit d’atteindre la popularité rapidement.

Avec Long.Live.A$AP, Rocky appose sa marque fermement sur le monde du rap, à la fois, par la qualité de la production, que de son talent indéniable pour rimer, ou encore pour la liste impressionnante des collaborateurs allant de Drake à Kendrick Lamar, de Skrillex à Santigold. Ce qui est encore plus impressionnant est que Rocky démontre une profondeur renouvelée, où il s’attaque autant à la réalité de la pauvreté et qu’aux soudains changements bouleversant sa vie; passant d’un jeune afro-américain sans avenir (confiné à un rôle de pusher), à la gloire et l’attention des médias.

Rocky ne traîne pas longtemps pour afficher ses couleurs et le tout commence avec la chanson-titre de l’album sur laquelle il se permet de se défouler, tout en envoyant un refrain peu conventionnel à l’auditeur. Ce morceau représente bien la dualité du personnage, mélangeant réflexions et un parlé issu de la pauvreté la plus rude. Alors que certaines chansons représentent bien les clichés superficiels attribués au rap telles que PMW et son refrain : « Pussy, money, weed / is all a nigga need », d’autres montrent un côté plus profond et subtil comme Suddenly : « I only got one vision, that’s for kids in everycolor, religion/ That listen, that you gotta beat the system, stay the fuck out the prisons/ They try to blind our vision, but we all got children and siblings/ You my brother, you my kin, fuck the color of your skin ». Alors que Rocky sait pondre des tubes accrocheurs avec Fuckin’ Problems et Goldie, il sait aussi montrer l’influence du rap plus classique sur son « flow » avec 1 Train et Phoenix.

Bref, voilà un très bon album de rap crée par un jeune homme bourré de talent. Évidemment, les féministes auront les oreilles charcutées quant à l’impressionnante quantité de «bitch», mais à ce chapitre Rocky n’est pas mieux ou pire qu’un autre. Et certains découvriront ce qui est du «purple juice» (un mélange de sirop à la codéine et de Sprite) mais une fois qu’on s’acclimate au langage provenant de la réalité de la pauvreté, le réel plaisir des rimes intelligentes, de la production pratiquement sans failles, prend aisément le dessus.

Ma note : 8.5/10

ASAP Rocky
Long.Live.ASAP
RCA records
49 minutes

www.asapmob.com

Kendrick Lamar – Good Kid, m.A.A.d City

Si une sortie était attendue dans le monde du hip-hop cette année, c’est bien celle du premier album de Kendrick Lamar. Celui qui a charmé avec ses quelques mix tapes dans les dernières années, membre du groupe Black Hippy, issu de Compton, quartier rendu populaire avec l’ascension de N.W.A, offre un opus à caractère très autobiographique. D’ailleurs, le jeune homme a signé avec Aftermath, la maison de disque de Dr.Dre qui n’avait plus eu de gros nom depuis 50 Cents. Bien qu’il se débrouille avec un mix tape, le jeune rappeur était-il en mesure d’offrir une œuvre originale digne de ce nom?

C’est sans difficulté que Lamar relève le défi. Le jeune homme offre un miroir sans verni des milieux défavorisés américains et de ses propres aspirations (parfois démesurées). Good Kid, m.A.A.d city montre d’ailleurs la dualité du personnage. Parfois, il est un homme sensible, capable de rendre poétique une situation difficile, alors qu’à d’autres moments, il devient un enjôleur aimant se comparer à Martin Luther King, qui assaille l’auditeur de rimes riches. Armé d’une production inventive et recherchée, Lamar est en pleine possession de ses moyens.

Good Kid, m.A.A.d city s’entame sur une prière qui a des airs de bénédicité. La famille détient une grande part sur l’album, on sent l’importance des racines; ces ancrages qui l’empêche sans doute de partir dans une vrille incontrôlable. Swimming Pools offre le plus bel exemple du talent de Lamar qui enfile les rimes à un rythme impressionnant sur une piste somptueuse, habitée d’une basse ronronnante. The Art of Peer Pressure livre le récit de ce qu’est la vie de communauté dans les milieux défavorisés sur une musique assez simple mais efficace. Poetic Justice est une confession de la relation entre Lamar et les mots; seuls exutoires où l’authenticité complète est possible, le tout appuyé par Drake. Enfin la galette se termine sur un ComptonDr. Dre revient chanté son « hood ».

Bref, Kendrick Lamar vient de montrer que l’attente en valait la peine. Good Kid, m.A.A.d city est un excellent album de rap qui promet un avenir brillant au membre de Black Hippy. Un opus où l’intelligence des textes, rejoint l’inventivité musicale.

Ma note : 8,5/10

Kendrick Lamar
Good Kid, m.A.A.d city
Aftermath Records
68 minutes

www.kendricklamar.com/splash/

Death Grips – No Love Deep Web

Un peu plus tôt cette année, Death Grips avait fait paraître The Money Store qui avait charmé par son agressivité et ses rythmes accrocheurs, qui vous obligent malgré vous, à battre la musique dans votre tête. Le trio californien avait promis un deuxième album en 2012. Puis, ils ont annulé leur tournée estivale des festivals. Voilà que la semaine dernière, dans la controverse, No Love Deep Web faisait son apparition gratuitement sur le site du groupe. Étonnamment le site fût fermé immédiatement. La formation a accusé Epic, leur maison disque, d’être derrière la censure. Epic, réfute… reste que la controverse autour de la sortie de l’album a moussé le nombre de téléchargement, car l’album est toujours disponible gratuitement via Soundcloud. Que dire de la nouvelle galette?

Death Grips nous arrive avec un deuxième opus encore plus enragé que le premier. Se positionnant en défenseur du 99%, ils s’attaquent au système autant par leur musique que par leurs actions. Cet été un vidéo de Mc Ride sur une corniche, suspendu entre la vie et la mort avait fait son apparition sur le web. Ce serait une bonne façon de décrire No Love Deep Web; le trio créatif se pousse à la limite; que ce soit dans la voix cassée de Mc Ride qui gueule son indignation dans Come Up And Get Me ou encore dans la noirceur de Deep Web, le groupe prend position. World Of Dogs offre un mantra désespéré et It’s All Suicide s’articule sur un rythme fou de Zach Hill, qui est toujours aussi impressionnant avec son jeu de batterie complexe et varié. Lil Boy est un autre bon exemple des capacités de ce batteur ayant un goût prononcé pour l’expérimentation. De plus, Andy Morin prend le micro pour la première fois amenant une variation intéressante au niveau inflexion vocal. Les amateurs de hip hop apprécieront la rythmique de la prose scandé par Mc Ride, qui sait jouer avec les mots de façon habile; No Love étant l’expression parfaite de son talent.

Bref, mission accomplie pour le trio californien qui débarque avec un deuxième excellent opus cette année, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Attention aux esprits conservateurs, la pochette d’album est un phallus en érection sur lequel le titre a été écrit au marqueur noir, rien de moins. Pour résumer l’esprit de No Love Deep Web, on pourrait prendre les paroles de Lock Your Doors : “I got some shit to say just for the fuck of it /Them thangs, them thangs, don’t even ask me.”

Ma note : 8/10

Death Grips
No Love Deep Web
Indépendant
45 minutes

Et pour l’album: thirdworlds.net/main/

Nas – Life Is Good

Nas, de son vrai nom Nasir Bin Olu Dara Jones est l’un des trois grands dans le monde du rap aux côtés de Kanye West et Jay-Z. Outre le nombre impressionnant d’albums platines dont il est l’auteur, il est reconnu pour son talent incroyable pour les rimes; MTV l’ayant classé 5e sur la liste des MC les plus importants de tous les temps. Il nous arrive ici avec Life Is Good, son dixième album studio où encore une fois, il démontre qu’il sait toujours déclamer ses textes comme pas un.

L’opus s’ouvre sur une No Introduction, une pièce à dimension de Stade Olympique. Nas montre aussi qu’il peut épouser à merveille des rythmes plus sobres et délicats avec Stay, où un piano, une timide guitare, une douce batterie et un saxophone envoûtant évoquent un bar où l’atmosphère feutrée laisse un goût de cigare cubain. On y retrouve aussi la très pimpante Summer On Smash. De plus, l’un des derniers enregistrements qu’Amy Winehouse, qui pour l’occasion, œuvre en duo avec Nas: Cherry Wine, tout aussi enivrante que les abus de la chanteuse anglaise. Reste que les trois titres les plus forts de l’opus sont respectivement Accidental Murderer, octroyé à Rick Ross qui y rappe, Reach Out pour les chœurs puissants, les influences souls et la progression d’accord du piano qui reste en tête longtemps (où également Mary J. Blige démontre toute sa capacité vocale) et finalement World’s An Addiction qui personnellement, est la chanson qui m’a le plus remuée sur cette galette.

Malgré tout, avec la robe de marié de son ex-femme sur la pochette, avec un album où il se vante qu’il «l’a toujours» et des attaques d’une subtilité douteuse tout au long de l’opus, Life Is Good ressemble plus à un règlement de compte avec son ex qu’un album marquant. Ceci étant dit, on ne parle pas ici d’un flop, ni d’un coup de génie. Life Is Good est un bon album qui rassasiera les fans et saura plaire à l’amateur de rap moyen, mais surtout, qui aura permis à Nas d’évacuer un peu de fiel suite à une séparation qui ne semble pas s’être réglée à l’amiable.

Ma note : 7/10

Nas
Life Is Good
Def Jam
59 minutes

http://nasirjones.com/

El-P – Cancer4cure

Il y a un peu plus de deux semaines est paru le cinquième album du rappeur de Brooklyn, El-P. Ce dernier, un pionnier du hip-hop alternatif, arrive avec un bijou finement ciselé et éclatant à souhait. Bien que certains éléments de rap plus populaire puissent être retracés à travers l’opus, ceux-ci sont submergés par les essais et les procédés audacieux du new-yorkais. Pour cette première galette sous l’étiquette Fat Possum, qui représente entre autres les Black Keys, El-P offre une création très intéressante.

Cancer4Cure possède dans son ensemble un son riche et rassembleur. L’utilisation massive de vrais instruments donne un cachet authentique que plusieurs albums de hip-hop ne possèdent malheureusement pas. De plus, El-P montre l’étendue de son talent musical dans la pièce Drones Over BKLYN où il ralentit un rythme pour enchaîner avec un silence et le ramener par la suite. Le genre de procédé que l’on rencontre très peu dans ce type de musique. Le rappeur contrôle ses rimes comme pas un et attaque le micro avec une agressivité et un débit contrôlé à la perfection, Request Denied et True Story en sont des bons exemples. Celui-ci démontre aussi qu’il peut bien appuyer une mélodie et faire respirer un texte avec The Jig Is Up et Sign Here. Il faut dire que les sujets des textes sortent de l’ordinaire dans un monde largement dominé par le gangsta rap et l’idéologie qui l’anime…

El-P sort des sentiers battus en basant certains textes sur des œuvres de science-fiction et en utilisant la métaphore comme moyen d’expression. Autre petit bijou de la galette, Stay Down, qui met en vedette le chanteur Nick «Diamonds» Thorburn du groupe montréalais Islands est très accrocheuse et jouera certainement en boucle dans votre tête.

Bref, le rappeur de Brooklyn nous offre un album bien équilibré qui démontre l’étendue de l’intelligence musical et la richesse de ses textes. Le type d’album qui plaira aux fans de rap alternatif et à tous ceux qui sont curieux musicalement, car El-P ratisse beaucoup plus large que le hip-hop. Bonne écoute!

Ma note : 8/10

El-P
Cancer4cure
Fat Possum Records
49 minutes

www.fatpossum.com/search?query=EL-P