Country Archives - Le Canal Auditif

Critique : The Blaze Velluto Collection – Weatherman

Blaze Velluto a accompagné plusieurs groupes sur scène, dont Call Me Poupée et Ponctuation. Cependant, dans la dernière année et demie, et peut-être plus, il travaille sur son propre projet. Il nous avait déjà livré un premier Ep intitulé Weatherman (demo). Voici que le reste nous arrive dans ce LP aux accents country, folk et rock. Tout ça se mélange dans un délicieux amalgame aux sonorités rétro.

Weatherman est un excellent premier album de Blaze Velluto sur lequel il livre des pièces pleines d’âme. Entre americana et psychédélisme, il présente une approche fermement ancrée dans le passé, mais aussi furieusement contemporaine. Le travail derrière la table de mixage de Guillaume Chiasson (Ponctuation, Jesuslesfilles, Solids) y est pour beaucoup. Le côté « crotté » des chansons, à la manière de Bernard Adamus vient bonifier ses riffs.

Mathilda nous lance en beauté avec sa mélodie intoxicante, ses doux chœurs et son riff country entrainant nous convainquent avec moins de deux minutes d’écoute. C’est le genre de chanson qui gagne le cœur immédiatement. Et ça continue en force avec Morning Dew qui donne l’impression d’être transporté dans un « Road Movie » ou qui nous donne l’envie d’être sur la route du Midwest américain avec le soleil qui plombe sur nos crânes pendant qu’on bat la route farouchement. Le duo vocal avec Kathleen Roy est tout simplement parfait. Elle n’est pas seule à prêter ses talents aux chansons de Blaze Velluto. Alexandre Beaulieu (Les indiens), Jean-Étienne Colin-Marcoux (De la Reine, Le Pantoum), Ken Fortrel et Poupée de Call Me Poupée sont tous à un moment ou un autre sur la galette. J’en passe plusieurs, mais une armée d’artistes a mis l’épaule à la roue pour aider Blaze Velluto à accoucher de ce Weatherman.

Certaines chansons sont surprenantes comme la psychédélique, rock et entrainante M. Coyote où sur un rythme intoxicant un chœur chante :

« M. Coyote habite dans les bois
il s’aventure à tout petit pas
un drôle de chemin pour venir à la fête
M. coyote s’en vient à la pêche »
— M. Coyote

Il y a quelque chose de beau dans l’approche collective qui n’est pas sans rappeler les Magnetic Zeros. La chanson-titre est tout aussi plaisante pour les oreilles, avec son approche colorée d’un peu de mélancolie.

« Heartache for the weatherman
Heartbreak for the weatherman
Rain drops on the weatherman
Bad weather for the weatherman »
— Weatherman

C’est un excellent premier album que nous envoie par la tête Blaze Velluto avec sa Collection. Ça s’écoute bien et ça donne envie d’être parti en road trip pendant des jours avec le soleil dans les yeux et le bonheur dans le cœur. On lève notre chapeau bien haut aussi à Guillaume Chiasson qui a fait un travail très solide sur la galette. Un artiste à découvrir.

Ma note: 7,5/10

The Blaze Velluto Collection
Weatherman
Indépendant
42 minutes

https://theblazevellutocollection.bandcamp.com/

Critique : The Sadies – Northern Passages

S’il y a un groupe de country rock qui mérite le plus grand des respects, c’est bien The Sadies. En plus d’avoir servi de soutien à de nombreux projets sonores (Neko Case, John Doe, etc.), le quatuor mené par les frères Travis et Dallas Good a accumulé pas moins de 10 albums studio à son compteur. Le dernier en date mettait de l’avant une collaboration avec l’être humain par excellence de 2016, M. Tragically Hip lui-même, Gord Downie.

La semaine dernière, les Torontois lançaient Northern Passages. En compagnie du batteur Matt Belitsky et du bassiste Sean Dean, les frangins Good nous proposent une autre chevauchée country rock qui possède quelques accents salopés des plus intéressants. Réglons tout de suite une chose. La chanson It’s Easy (Like Walking), mettant en vedette le bon Kurt Vile, est un très grand cru; une grande chanson à écouter à fond de train, surtout si vous aimez rouler la nuit sur nos tortueuses routes rurales. Les superbes guitares cristallines qui colorent cette pièce font la preuve que les Good y mettent toute la gomme lorsqu’il s’agit de donner vie à leur musique. C’est d’une minutie exemplaire.

Quelques chansons brassent la baraque. Je fais référence plus spécifiquement There Are No Words et à Another Season Again, celle-ci étant bâtie rythmiquement sur un « shuffle » tout droit inspiré du blues. On retrouve également quelques morceaux qui font honneur aux Gram Parsons (The Flying Burrito Brothers) et aux Roger McGuinn (The Byrds) de ce monde. God Bless The Infidels, c’est du Burrito Brothers pur jus. Riverfog View est typiquement Gram Parsons (tout fanatique de country rock se doit de connaître ce musicien américain) et avec la conclusive The Noise Museum, on se retrouve en territoire connu, à cheval entre les Byrds et R.E.M. Et que dire du jeu de guitares des frérots Good sur cette pièce? Silence radio rempli de respect.

Ce qui distingue ce Northern Passages de ses semblables, c’est cette beauté mystérieuse qui se dégage de chacune des chansons. À l’écoute de ce petit bijou, vous serez immédiatement téléportés dans un chalet rustique et lorsque dans votre songerie nocturne, vous lèverez la tête vers le ciel, vous verrez apparaître immédiatement des aurores boréales… à l’image de celles qui enjolivent la pochette de cet excellent disque.

Encore une fois, les Sadies démontrent de manière manifeste qu’ils se hissent parmi les grandes formations country rock de l’histoire de la musique. J’exagère? Pas du tout. S’agit de plonger sérieusement dans l’ensemble de leur discographie pour s’apercevoir que le travail de ce grand groupe n’a rien à envier aux meilleurs du genre. Depuis plus de 20 ans, les Sadies ne cessent d’épater. Depuis plus de 20 ans… et dans un monde fasciné par la saveur du mois, l’œuvre des Sadies mérite une sérieuse révérence.

Ma note: 8/10

The Sadies
Northern Passages
Dine Alone Music
34 minutes

http://www.thesadies.net/

Bolduc Tout Croche – Volume II

Bolduc Tout CrocheSimon Bolduc arpente la scène montréalaise depuis un bon petit bout de temps. Ses chansons baignent dans un folk country en marge des grands courants. Sa dernière parution était un «split» bien sympathique en compagnie de Lewis Barlot en 2014. Pour Volume II, il s’est acoquiné avec Dany Placard en plus de faire appel à Andréa Mercier à la contrebasse et Marc-Antoine Sévigny à la batterie.

Volume II est un album fort sympathique qui compte sur des chansons de country folk avec un goût de mélancolie et des textes intéressants qui traduisent des situations banales avec authenticité et une simple poésie. Bolduc laisse de côté les fioritures pour se concentrer sur ce qui est essentiel: un bon riff, un bon texte et une proposition conséquente.

Pat ouvre la voie de belle façon. Cette histoire où le pathétique occupe une place de choix tout en racontant les tribulations d’un ami qui est souvent dans la merde. On y trouve des petites perles comme «Ça arrive à tout le monde d’échapper son champignon dans le bouillon». Bolduc y chante sa solidarité et son envie d’aider: «Je l’aurais ben fait à sa place, mais j’avais pas sa face». Le barde se fait aussi plus rythmée sur La chienne de vie à s’faire chier alors qu’il surprend avec un «drum machine» sur l’atmosphérique et magnifique L’option et l’obligation.

Mara Tremblay vient aussi faire son tour sur la berçante Mon vieux village où la nostalgie règne en maître. La Petite Liberté fait voir la version plus électrique de Bolduc et c’est tout à fait efficace. Il fait aussi belle figure lorsqu’en simplicité il chante Entertaining positif.

Finalement, Simon Bolduc offre un album qui fera plaisir à ceux qui affectionnent le folk country québécois. Il est pile dans le genre. Si Placard vous titille les oreilles ou encore Chantal Archambault, vous allez avoir beaucoup de plaisir avec le jeune homme. Et Bolduc possède une voix parfaite pour le genre.

Ma note: 7/10

Bolduc tout croche
Volume II
Indépendant
35 minutes

https://bolductoutcroche.bandcamp.com/album/volume-2-2

Loretta Lynn – Full Circle

Loretta LynnLe dernier album de la «Coal Miner’s Daughter», la mythique chanteuse country Loretta Lynn, remontait à 2004 avec Van Lear Rose; un disque réalisé par nul autre que Jack White qui escortait la vénérable dame dans des sentiers musicaux un peu plus singuliers qu’à l’accoutumée. Un peu plus de dix après l’avènement de ce disque, Loretta Lynn, aujourd’hui âgée de 83 ans, s’offre vraisemblablement ce qui constituera son dernier tour de piste. Le 4 mars dernier paraissait Full Circle.

Réalisé conjointement par Patsy Lynn Russell (sœur de Loretta) et John Carter Cash (rejeton issu de l’illustre union entre Johnny Cash et June Carter), ce tour de chant ultime réunit 4 nouvelles chansons, inclut quelques réinterprétations de classiques de la musique country ainsi que des relectures de certaines pièces maîtresses de la chanteuse. L’enchaînement des morceaux respecte chronologiquement les dates de parution de ces millésimés constituant ainsi un tour d’horizon concis et efficace d’un pan de l’histoire de la musique country.

Loretta Lynn est fort respectée par ses pairs puisqu’elle est toujours considérée comme une tête forte de ce genre musical qui, aujourd’hui, en aurait furieusement besoin. Anecdote. Elle a déjà été bannie des ondes radiophoniques mercantiles de Nashville en raison de son plaidoyer pro-avortement titré The Pill, pièce révélée en 1975. Oui, la doyenne avait du cran!

Cela dit, ceux qui avaient affectionné Van Lear Rose pourraient demeurer de marbre face à cette nouvelle proposition, car Full Circle vise exclusivement à consolider l’héritage musical de Loretta Lynn et on accepte parfaitement la démarche. La musique? Eh bien, la légende est en voix, aucun doute là-dessus. Son interprétation est claire, limpide et surtout parfaitement sentie. Compte tenu de l’âge de l’artiste, la performance est tout simplement impressionnante.

Parmi les nouvelles chansons proposées, Loretta Lynn bouleverse avec Who’s Gonna Miss Me?, répétant inlassablement tout au long de la chanson «Who’s gonna miss me when I’m gone?». Pas d’inquiétude à y avoir madame Lynn, vous aurez droit à tous les égards au firmament de la musique country.

D’autres beaux moments sont venus combler l’adepte de country qui sommeille depuis toujours en moi: la reprise de son grand succès Fist City et la version allègre d’In The Pines (écrite par Leadbelly et réinterprétée d’émouvante façon par Kurt Cobain). Si on ajoute à cela le magnifique duo avec Willie Nelson dans Lay Me Down de même que la combinaison de piano ragtime, de violon boueux et de guitare «pedal steel» étincelante dans Evereybody Wants To Go To Heaven, on se retrouve avec un superbe testament final de la carrière de Loretta Lynn.

Émouvant et pertinent, ce Full Circle nous rappelle à quel point la musique country contemporaine a rudement besoin d’authenticité et doit s’éloigner plus que jamais des formats radiophoniques commerciaux/pop-rock préconisés par cette mafia blanche, lisse et conservatrice que symbolise Nashville. Merci Loretta Lynn!

Ma note: 7,5/10

Loretta Lynn
Full Circle
Sony Music
39 minutes

http://www.lorettalynn.com/

Donovan Woods – Hard Settle, Ain’t Troubled

Donovan WoodsLe multi-instrumentiste canadien, originaire de l’Ontario, Donovan Woods, présente un quatrième album titré Hard Settle, Ain’t Troubled. Centralisé essentiellement dans le country/folk/pop et dans des textes possédant de fortes mélodies, Woods offre une nouvelle galette, meilleure que les précédentes, qui s’avéraient un peu répétitives.

D’entrée de jeu, l’artiste différencie bien le folk, le country et la pop. Le disque en soi ne correspond pas essentiellement à un courant en particulier. Ce qui est bien. L’auditeur se retrouve à écouter des pièces variées sans appartenir à un mouvement musical. D’ailleurs, elles l’incitent à mieux les apprécier. Chose certaine, la production de l’album est structurée. Les percussions bonifient les textes et donnent un sens bien précis aux autres instruments. Déjà, sur On The Nights You Stay Home, la batterie donne les pulsations nécessaires afin de diriger la voix de Woods (d’un grain clair) vers un refrain pop mélodique et très juste. Une jolie surprise.

Tout au long de l’écoute, Woods raconte des histoires qui relatent des promesses brisées et des ruptures amoureuses. Même si sa plume demeure très subtile, on reste captivé par les arrangements. Ce qui ne se produisait pas vraiment dans les disques précédents. Puis, sur Do I Know Your Name?, on apprécie le «picking» de la guitare du Canadien venant colorer le dynamisme de la (trop) courte chanson. Quant à Beetween Cities, d’une belle douceur, elle oriente l’ensemble de Hard Settle, Ain’t Trouble grâce à cette sensibilité dans le timbre vocal de Woods. Sur They Don’t Make Anything In That Town, les notes au piano donnent un certain équilibre aux paroles, qui, à certains endroits, peuvent être un peu inégales… Règle générale, on a aussi cette impression que certaines pistes sont un peu «fleur bleue». Il aurait été intéressant de soulever une facette un peu plus «brute» chez le Canadien… avec un son électrifié plus rock? Pourquoi pas? On jase!

Quoi qu’il en soit, le chanteur est en pleine forme sur ce quatrième opus. Même si Woods reste un secret bien gardé du paysage musical canadien, il est grand temps d’aller découvrir ce troubadour aux multiples talents! Hard Settle, Ain’t Troubled représente un travail fort honnête.

Ma note: 6,5/10

Donovan Woods
Hard Settle, Ain’t Troubled
Meant Well Records
34 minutes

http://www.donovanwoods.net