Entrevue Archives - Le Canal Auditif

Entrevue à poil avec Fishbach

Flora Fishbach fait en ce moment un tabac en France grâce au succès de son album À ta merci paru en début d’année en France. Ici de l’autre côté de l’Atlantique, il faudra attendre encore jusqu’à l’hiver 2018 pour plonger dans le premier album de la jeune femme. En attendant, il sera possible de se frotter à ses compositions vendredi soir sur la scène Sirius XM des FrancoFolies et samedi soir en première partie de Bernhari à l’Astral. Rencontre avec une artiste sensible, créative, franche, les deux pieds bien ancrés dans la terre et… un peu geek.

Ne pas se laisser marcher sur les pieds

Avec son ascension publique en France, Fishbach doit maintenant composer avec de nouvelles réalités. Je me souviens d’avoir sauté sur ma chaise d’ordi lorsque j’avais entendu certains extraits qui font grincer des dents par leur machisme.


 

« Ce n’était pas les pires. Le pire ce sont les deux chroniqueuses qui me coupaient sans cesse la parole. J’avais envie de leur dire : tu veux répondre à ma place? C’était une exposition à la télé française et les gens l’écoutent alors j’étais contente de l’invitation. Mais voilà, les gens essaient de prendre le plus de temps de parole possible pour qu’on parle d’eux. » Fishbach n’est pas le genre à détourner le regard et si elle peut paraître froide lors de l’entrevue au Grand Journal, la jeune femme qui était devant moi était tout le contraire : souriante, ouverte et bavarde.

Un premier album qui frappe dans le mile

Elle me raconte qu’entre la fin de l’enregistrement, puis les Trans musicales de Rennes en décembre et la sortie de l’album, tout s’est passé très vite. « L’accueil de la presse était super cool, mais l’accueil qui est le plus important pour moi est celui du public. C’est eux qui viennent aux concerts, c’est eux qui font vivre ta musique. Je sais que je fais de la musique particulière. J’aurais été moins surprise que ce soit un four. » Cependant, elle explique aussi qu’elle observe que la réception est soit glacée, soit très chaleureuse. « Il n’y a pas de gens tièdes. Il y a des gens qui détestent. Il y a des gens qui adorent. Au bout du compte, je me dis que c’est ceux qui aiment qui ont raison. Par exemple, je n’aime pas David Guetta, mais les gens qui aiment David Guetta ont mille fois plus raison de l’aimer que moi, de ne pas l’aimer. »


 

Elle est consciente aussi de l’importance de son entourage qui a participé à la réussite de ce premier album. « Tous les gens qui ont travaillé sur le disque, j’ai un label et on regarde tous dans la même direction. C’est beau le travail d’équipe. » Elle a aussi fait appel à deux réalisateurs pour l’album. « Xavier Thierry vient de la musique de jeux vidéos et je suis une grosse gameuse. On s’est rencontré et on a échangé des références que personne ne comprenait et voilà. Il m’a aidé à défricher et à trouver la petite chose qui manquait dans les maquettes. Puis, Antoine Gaillet mix extrêmement bien, il m’a mis en confiance et on a passé des nuits à faire des prises de voix. Ça fait plaisir aussi à la maison de disque qui veut que les chansons soient bien sonores. Ils aiment quand ça fit boum-boum-patate. » Pour le reste, Flora Fishbach fait les arrangements elle-même et cela lui permet de garder le contrôle entier sur la direction artistique. « Quand je ne savais pas jouer quelque chose, je le chantais à Xavier et il les reproduisait. Je ne suis pas une très bonne musicienne. » Bon, j’ai argumenté quelque peu… disons que la barre que Fishbach met pour être bon musicien est quand même assez haute.

La genèse

Après 4 ans à faire partie d’un groupe de synth-punk, Fishbach a donné un concert ennuyant. Ce fut assez pour que le duo décide de terminer l’aventure. Par la suite, elle s’est retrouvée seule dans sa chambre à se demander ce qui allait arriver. « Quand ça s’est arrêté, j’ai senti un grand vide. La première fois qu’on a fait un concert avec le groupe, je me suis rendu compte que c’est sur scène que je voulais être. Tu es à poil devant les gens et pourtant, je me suis senti super à l’aise. Enfin, je pouvais être moi-même. Je compare souvent la musique et le sexe, parce que pour moi, ce sont les deux libertés qui me restent. » Elle s’est retrouvée seule et avec un iPad elle a commencé à composer ses chansons.

Elle a commencé jeune à 17 ans, bien qu’elle considère que ce n’est pas si jeune. « Regarde The Lemon Twigs, ils sont jeunes et ça défonce. 17 ans c’est vieux pour commencer à faire de la musique. » Elle fait aussi miroiter que pour une femme, la date de péremption arrive plus vite. « Je ne vois pas de femmes de 40 ans émergés, mais je vois des groupes du même âge faire leur place. Heureusement, c’est en train de changer. Déjà, il y a de plus en plus de femmes et j’espère que ça va continuer comme ça. »

Parlons des vraies affaires

Fishbach en a surpris quelques-uns lorsqu’elle a cité GTA Vice City comme une inspiration pour son projet. Il était donc normal de prendre quelques minutes pour parler jeux vidéos. « En ce moment je joue à The Witcher 3. »


 

« Je suis très jalouse d’un de mes musiciens qui vient de s’acheter la Nintendo Switch et donc il joue à Zelda. J’ai peur de la Switch, parce que je dois aussi composer de la musique parfois. J’ai beaucoup aimé les deux premiers Fable aussi. C’est une façon de me détendre et de prendre du temps pour moi. »

Parlant de composition et d’écriture, Fishbach parle d’autofiction lorsqu’il s’agit de ses chansons. « Nous sommes tous dans l’autofiction lorsqu’on écrit des chansons. Déjà, il y a un format à tenir, il y a un refrain alors forcément on insiste sur quelque chose. J’ai dit autofiction parce que je m’inspire de ma vie pour en faire une histoire qui est transposable à chacun. Ce sont des histoires personnelles que je tente de rendre universelles. J’essaie de me dédouaner de ces histoires. Déjà, on se met à poil devant les gens (je parle beaucoup de nudité hein?) quand on livre des moments aussi intimes, les mots créent une sorte de barrière. Il y a des chansons qui sont aussi ce que j’aurais aimé vivre si j’avais fait des choix différents. C’est un peu l’effet papillon. Je pense que les musiciens sont tous des gens sensibles qui ont vécu des événements qui les ont marqués. Comme disait David Lynch, c’est à travers son art qu’il déverse ses démons et ça lui permet d’être beaucoup plus équilibré dans la vie. Il y a qui font du sport et moi je fais ça. »

Fishbach sera en spectacle vendredi le 16 juin 2017 sur la scène Sirius XM des FranoFolies de Montréal et samedi soir, le 17, en première partie de Bernhari à l’Astral.

http://ffishbach.tumblr.com/

Les finalistes des Francouvertes 2017 : Laurence-Anne

Jean-François LeBlanc

C’est dans le cadre de la finale de la 21e édition des Francouvertes que nous avons eu en entrevue les trois finalistes du concours. On termine cette série de rencontres avec Laurence-Anne qui nous aura offert Si La Lune en novembre 2015, ainsi que Session Live, en janvier 2017. C’est avec grand plaisir que je l’ai rejoint par téléphone afin de revenir sur son expérience des Francouvertes.

En rétrospective

D’entrée de jeu, Laurence-Anne se dit satisfaite de la tournure des préliminaires. « C’est une belle surprise que je me suis rendue jusqu’en finale parce qu’au fait, je me suis inscrite et on dirait que je n’avais pas d’objectifs précis. T’sais, mon but, ce n’était pas de me rendre en finale, je suis comme très contente d’être rendue là », me dit-elle. L’artiste s’est dévoilée sereine en revenant sur chacune des étapes des Francouvertes. Elle a même trouvé le processus très formateur. Selon les commentaires reçus après chaque soirée, Laurence-Anne me confit qu’elle a obtenu un mélange de commentaires positifs et négatifs. « C’était vraiment deux extrêmes », selon elle. Recevoir ce genre d’avis du public l’a incité à se concentrer uniquement sur le set du spectacle. « On a juste regardé les chansons qu’on avait, on s’est dit : on va essayer de faire un autre set, on va mettre des chansons qui bougent plus, on va modifier l’ordre des chansons », me raconte-t-elle. C’est à la demi-finale qu’elle a reçu de bons retours suite à ces modifications. « Le but, ce n’est pas de prendre et de tout changer pour plaire à tout le monde, c’est vraiment juste de cerner qu’est-ce qui fait du sens à nos yeux. On était d’accord avec ça et on s’est dit : on va essayer autre chose ». Finalement, la bande de la jeune Kamouraskoise a su retourner les commentaires du public à leur avantage. Ce qui les aura menés très loin.


 

La bibitte

C’est avec l’image de la belle « bibitte » sympathique que Laurence-Anne a su se démarquer auprès du public et du jury au fil des semaines du concours. Et vous savez quoi? Cette comparaison plaît beaucoup à l’artiste. « Je n’ai pas l’impression que ce que je fais est 100 % accessible, que ça va chercher un public large, mais des retours que j’ai eus, je sais que ça pique la curiosité, c’est des gens qui sont intéressés à découvrir quelque chose qui sort un peu des cadres musicaux, de ce qu’on entend à la radio, de ce qu’on entend partout. C’est ce genre de public là que je recherche donc je trouve ça intéressant qu’on me définit comme ça parce que c’est justement les gens qui cherchent à découvrir des projets un peu plus hors norme. Ils vont lire cette description-là et ils vont être comme ah oui, c’est ça que j’ai envie de découvrir. J’ai l’impression que c’est la bonne description pour attirer le public pour qui j’ai envie de jouer ». Même si certaines personnes trouvaient le projet un peu bizarre dans les commentaires que l’artiste recevait, elle s’est rendue tout de même en final. Pas mal, pour une bibitte.

La soirée du 8 mai

Laurence-Anne m’a parlé (en avant-première) de petites primeurs de la soirée du 8 mai. C’est dans un climat de camaraderie que la jeune fille montera sur scène au Club Soda avec deux de ses amis en concurrence. Elle m’avoue qu’elle ne pense pas qu’il y aura une compétition malsaine entre ses deux comparses puisqu’elle connait bien ses adversaires. « Pour vrai, ça tombe vraiment bien parce que Lydia et moi, on se connait depuis deux-trois ans. On a fait ma Première Place des Arts ensemble, la même année, on est comme amies depuis ce temps-là. Vincent de Les Louanges, je ne le connais pas vraiment depuis très longtemps, mais on a eu la chance d’être dans le même milieu, on a les mêmes amis. On a eu la chance d’avoir des soirées ensemble, de se côtoyer, on a eu des entrevues ensemble, on a passé des après-midi ensemble dans un café pour jaser. Ce n’est vraiment pas une ambiance compétitive, on est juste là, on s’entend bien, on a du fun et on est vraiment content de partager la scène de cette soirée-là ».

Quant à la performance de Laurence-Anne… que nous réservera-t-elle lors de la soirée du 8 mai prochain? Des étoiles et beaucoup de magie. Parole de bibitte! On ne se pose pas plus de questions. Rendez-vous lundi prochain au Club Soda pour la grande finale des Francouvertes!

https://laurence-anne.bandcamp.com/

http://francouvertes.com/

Les finalistes des Francouvertes : Les Louanges

Crédti: Jean-François LeBlanc

Toujours dans le cadre de la finale de la 21e édition des Francouvertes, nous avons eu en entrevue les trois finalistes du concours. J’ai donc rejoint le meneur de la formation Les Louanges, Vincent Roberge au téléphone. Il avait fait paraître son EP vitaminé Le Mercure, en mars 2016.

Surnommé Les Louanges après une grosse soirée en fin de secondaire, Roberge a eu quelques groupes musicaux entretemps. Après un passage au Festival International de la chanson de Granby, Vincent a eu l’idée d’adopter ce nouveau surnom. Depuis, il m’avoue avoir attiré une délégation de fans venant du Congo. Un bon signe.

Le concours

J’ai rencontré un jeune homme de 21 ans prêt et groundé pour le grand spectacle du 8 mai prochain. D’abord, Roberge revient sur l’énorme processus que sont les Francouvertes. L’ayant vécu avec beaucoup de plaisir, le chanteur affirme : « C’est une période très intense, mais ponctuée d’évènements forts… mais de beaucoup d’attentes. C’est comme des émotions fortes en gestation, tout le temps ». Pour lui, ce concours l’aura incité à donner tout ce qu’il avait, et ce, jusqu’au bout. Avant de s’embarquer dans l’aventure, Roberge démontrait une tendance à changer de style musical aux quinze jours et les Francouvertes lui auront permis de garder le focus tout en restant fidèle à lui-même, et ce, le plus possible : « À chaque fois, c’est de travailler les détails, tout le temps t’sais, moi je crois que ça m’a forcé à me donner une petite coche ». Et le voilà en finale. Rendu là, l’artiste se dit très heureux.

La critique

Qui dit Francouvertes, dit commentaires du public et des médias. Roberge se considère très chanceux de la réception. Il me confit qu’il n’avait pas encore reçu les commentaires de l’auditoire issu des demi-finales. Cependant, aux préliminaires, le chanteur de Les Louanges a reçu un accueil chaleureux face à son projet musical. Lorsque les commentaires sont écrits de manière pertinente, Roberge voit ça comme une façon de travailler sur des aspects de sa démarche artistique. Toujours dans un but de s’améliorer. Il trouve ça bien glorifiant tant et aussi longtemps qu’on reste dans le constructif. Comme le souligne Vincent Roberge, Sylvain Cormier n’a pas été tendre  dans Le Devoir. « C’est sûr que Sylvain Cormier a pas trouvé ça cool. Il trouve qu’on a l’air trop pro. Ça ne me dérange pas que Sylvain Cormier ça y tente moins pis que les juges me placent en première place. […] J’ai pas de trouble à ce qu’on me dise qu’on aime moins ce que je fais, mais tant qu’à le faire, je préfère qu’on le dise franchement plutôt que de dire que je suis un petit gars. »

La compétition

Selon Roberge, la soirée du 8 mai prochain sera une « méchante belle soirée ». Pas question de vivre un spectacle avec une concurrence vive. « J’pense que ça va être une compétition saine, on aimerait tous ça gagner, on veut tous être bien bons. C’est drôle parce qu’avec Lydia, on se niaisait un peu. Elle m’avait dépassé aux préliminaires et c’est moi qui l’a dépassé pendant les demi-finales, fak en même temps, s’il y aura de la compétition, je crois que ça sera sain et amical. Ça va être un bon show, rendu là être en finale, c’est déjà un bel accomplissement ». Ce qu’il est serein ce jeune homme!

L’Après-Francouvertes

Peu importe le résultat du 8 mai prochain, Vincent aimerait beaucoup faire de la recherche et du développement pour son projet musical. Et multiplier les occasions de spectacles. Par la suite, il pense enregistrer soit un EP ou un album en automne. « J’ai des tounes en gestation, j’ai des trucs que personne n’a jamais entendus qui vont être peut-être autre chose de ce que j’ai présenté déjà aux Francouvertes », affirme-t-il. Ça attise la curiosité tout ça.

Le suspense est là! Rendez-vous le 8 mai prochain au Club Soda pour découvrir ou redécouvrir Les Louanges en prestation!

http://francouvertes.com/

https://leslouanges.bandcamp.com/

Les finalistes des Francouvertes : Entrevue avec Lydia Képinski

Crédit : Jean-François Leblanc

Par un pas si beau lundi pluvieux, j’ai jasé un peu avec Lydia Képinski qui vient de connaître toute une année! Non seulement est-elle finaliste aux Francouvertes, mais la jeune femme a aussi été finaliste à Granby en plus d’aligner les prestations au Coup de cœur francophone et autres événements disséminés à travers la province. Bref, pour son jeune âge et sa carrière naissante, Képinski a vu du terrain en masse. Elle a fait de nombreux concours où la situation de « jugé » peut user à la longue : « Je pense que ça forme. Je reproche beaucoup de trucs à Granby, mais une des choses positives, c’est que j’y suis allé et j’ai été confronté à une gang de baby-boomers qui vivent de la musique. C’est important. Ces gens-là, il faut les rencontrer. Faut savoir qu’ils existent, faut aller à leur rencontre et après tu peux te faire une opinion sur eux. Les Francouvertes c’est plus mon “bag”. C’est bien organisé, j’ai du fun à le faire et je me sens pas exploité. Faut pas oublier qu’on fait partie d’un système capitaliste, c’est un système de compétition. C’est pas juste les concours qui participent à ça, c’est la vie, c’est Itunes. Dire : ah non, moi je veux juste faire de la musique et pas me prêter à la compétition, c’est un peu dire que tu débarques. »

Lucidité et travail

Elle est lucide. Elle accepte aussi que cette compétition ne l’avantage pas. Képinski, comme bien des artistes, n’a pas reçu la bourse qu’elle avait demandé cette année. Cela ne la décourage aucunement. Elle comprend que les ressources sont limitées et que c’est à elle de se relever les manches et continuer de bosser. « J’ai chialé contre les concours, mais contre l’organisation parce que certains n’ont pas de bon sens, comme Ma première Place-des-Arts. Ces concours-là sont accotés sur les subventions et ne les utilisent pas pour créer quelque chose qui fait du bon sens. De toute façon, les Francouvertes, c’est mon dernier concours. »

Lydia Képinski, malgré le goût amer que certains concours ont laissé derrière eux, se plaît au Francouvertes. « C’est le concours le plus professionnel que j’ai fait et je suis content de l’avoir fait en dernier dans ma run. Il y a des gens que je respecte dans la salle. Il y a des blogueurs que j’aime, des journalistes que j’aime, des artistes que j’aime. Ça donne l’impression qu’il y a un cocon qui est réuni pour décider de l’avenir. Je trouve ça un peu épique dans ma tête. J’aime le palmarès, je trouve ça excitant. C’est stressant, et ça te garde en haleine. »

La formation qu’elle aligne pour les Francouvertes n’est pas la même que par le passé. Après l’enregistrement de l’EP, elle a décidé de continuer avec les musiciens qui ont participé à celui-ci : Blaise Borboën et Stéphane Leclerc. « Je voulais trainer mon band dans une direction qu’ils ne voulaient pas aller. C’était comme un vieux couple, même si ça ne faisait pas si longtemps qu’on jouait ensemble. J’avais espoir de les changer. Mais ça ne marche pas. » La cohésion avec ses deux nouveaux acolytes est palpable. « On se comprend. On se comprend et ils sont travaillants et, ça, c’est la valeur numéro que je veux promouvoir chez mes amis musiciens. Il y a juste le travail qui peut te démarquer dans la vie. »

S’adapter est une preuve d’intelligence

Ses chansons et sa prestation scénique ont aussi changé avec le temps. Les changements de musiciens y sont pour quelque chose, mais son utilisation de la guitare l’est aussi. « Avant je jouais du piano, mais depuis cet été, depuis Granby, je joue de la guitare. J’ai fait mon audition pour le festival au piano, mais là où j’habitais, c’était loin d’où je jouais. Je n’avais pas envie et je n’étais tout simplement pas capable de trainer mon piano ce qui fait que j’ai joué de la guitare. Tout ça juste parce que j’étais en tabarnak contre le festival qui ne voulait pas m’aider à amener mon piano qui pèse deux cents livres (exagération, mais on comprend le message). C’est la seule raison que j’ai commencé à jouer de la guitare. J’ai beaucoup aimé la mobilité que ça m’a donnée. Surtout qu’au piano t’es pas mal statique. »

Lydia Képinski semble non seulement prête pour la finale des Francouvertes, mais prête aussi pour la vie professionnelle. Elle arrive avec des objectifs, une éthique de travail et de l’énergie à revendre. On continue nos entrevues demain avec Vincent Roberge aka Les Louanges. On se voit pour la finale le 8 mai prochain au Club Soda!

http://www.lydiakepinski.com/

http://francouvertes.com/

Entrevue avec Natalie Murray Beale, directrice musicale d’Il Ritorno

Du 25 au 29 avril prochain, la TOHU présente le spectacle Il Ritorno de la compagnie australienne Circa. L’approche est particulièrement intéressante, c’est une adaptation de l’opéra Il Ritorno de Monteverdi. Celui-ci raconte le déchirement entre Pénélope et Ulysse qui sont toujours séparés après la guerre de Troie. Mais est-ce que l’opéra et le cirque font bon ménage? Nous nous sommes entretenus avec Natalie Murray Beale, directrice musicale de la création.

Sur scène, 3 musiciens : Pal Branda (violoncelle), Cecilia Sultana de Maria (harpe) et Joe Bronstein (alto et violon) accompagnent deux chanteurs : Kate Howden (mezzo-soprano) et Benedict Nelson (baryton). Dès les débuts, la démarche de la compagnie Circa se différenciait d’une démarche opératique. Les opéras sont des organismes assez conservateurs qui défendent la sacro-sainteté des pièces alors qu’ici on a gardé un peu de matériel originel, mais on a aussi commissionné trois compositeurs pour écrire des pièces inspirées des originales. « Nous avons cherché l’essence de la pièce et ce que nous voulions travailler est ce sentiment d’être séparé de sa terre, séparé de l’être aimé, séparé de sa famille. Un peu comme si on se réveillait sur une plage sans savoir où nous étions. De regarder le temps qui passe et se demander si un jour nous allons pouvoir de nouveau interagir avec l’être cher. Nous avons donc pris cette musique de Monteverdi et nous avons mis de côté les pièces orchestrales qui font des commentaires sur l’action, mais qui n’expriment pas l’expérience des personnages. Puis, nous avons donné ces moments à trois compositeurs pour qu’ils écrivent une version contemporaine de cette musique plus centrée sur l’expérience des personnages. Ça donne une vingtaine de minutes de musique entièrement de Monteverdi alors que l’heure qui reste est de la musique inspirée par son opéra. »

Malgré les années qui séparent les différentes compositions, les pièces sont parfois simplement marquées par des instruments plus récents comme l’alto. « Certaines pièces s’éloignent radicalement de l’original. Je pense à une pièce où le son devient chaotique. Mais c’est inspiré par un chaos de tempête présent chez Monteverdi. Mais voilà, notre chaos sonore est plus intense. Par contre, le langage profond de la pièce est le même. » La partie musicale du spectacle doit rejoindre la partie physique. Murray Beale explique bien les similitudes entre le cirque et l’opéra. L’un et l’autre sont des arts extrêmes physiquement. Les chanteurs d’opéra doivent atteindre des notes difficiles alors que les artistes de cirques font des acrobaties qui commandent tout autant de respect. « Ma perspective de la musique est que c’est un acte physique. C’est magnifique quand nous lançons la musique dans une direction qui trouve une résonance chez les artistes de cirque. Et vice versa. »

Murray Beale nous a même confié leur rituel d’avant-spectacle. « Nous faisons une improvisation tous ensemble avant le spectacle. Pour des musiciens classiques, c’est un peu… effrayant, mais c’est devenu, avec le temps, un moment vraiment très beau. Tout d’abord parce que nous avons beaucoup de plaisir avant la performance puis parce que c’est cathartique. Comme ce que nous jouons est intense, ça fait du bien. C’est inhabituel et je n’avais jamais expérimenté quelque chose de la sorte avant. Ça nous permet de nous regrouper avant le spectacle. »

Natalie Murray Beale aborde l’opéra avec une grande ouverture d’esprit sur Il Ritorno et sa démarche est riche et intéressante. L’approche de Circa qui vise la symbiose semble aussi amener une fraîcheur autant pour l’opéra que pour le cirque.

http://tohu.ca/fr/programmation/spectacle/2016-2017/il-ritorno/