Brian Eno - The Ship - Le Canal Auditif

Brian Eno – The Ship

Brian EnoOn imagine très bien le jeune ou moins jeune mélomane se foutre un peu de la parution d’un nouvel album de Brian Eno. Verser dans l’âgisme (autant que dans le jeunisme) n’est jamais une très bonne chose pour une société dite ouverte. Le talent, la pertinence et le dépassement de soi ne devraient jamais être l’apanage d’une quelconque génération. On l’a ou on l’a pas, comme on dit par chez nous, peu importe l’âge. Tout ce préambule pour vous dire que le vétéran réalisateur, musicien et créateur d’ambiance, Brian Eno, faisait paraître récemment un énième album intitulé The Ship.

En 2014, le bonhomme avait lancé deux très bons disques en compagnie de Karl Hyde (Underworld). Someday World et High Life portaient un peu plus le sceau du meneur d’Underworld que de Brian Eno. Cette fois-ci, Eno nous propose un album sur lequel il expose de nouveau sa voix, et ce, pour la première fois depuis Another Day On Earth (2005). Et son organe vocal est trituré dans les basses fréquences grâce à une panoplie d’effets. Mais semble-t-il qu’Eno a pris conscience, pendant l’enregistrement, que l’atteinte de notes plus élevées s’avérait de plus en plus difficile pour lui.

Va pour la voix, mais qu’en est-il de la musique? Il nous propose un périple ambiant qui nous plonge dans les profondeurs des mers. Le titre de cette production s’inspire directement du mythique naufrage du Titanic… et ça s’entend! Tout au long de l’écoute, une impression, aussi claustrophobe que contemplative, nous a envahis. Un disque serein, menaçant et majestueux à la fois!

The Ship est un disque expérimental qui a été initialement conçu comme une installation destinée à être présentée dans différents musées d’art contemporain. Néanmoins, Eno, brillamment, en a fait un disque en bonne et due forme… pour le plus grand plaisir de nos oreilles! Au menu? Quatre pièces qui incitent au ravissement.

Ça démarre avec la pièce titre sur laquelle Eno vocalise sur une longue trame qui, sous des dehors linéaires, renferme des moments de pure beauté. Fickle Sun (I) est caractérisé par des instants bruitistes, auréolés de la voix paisible d’Eno; celle-ci vitaminée par des cordes «dramatiques». Après un court intermède narratif nommé Fickle Sun (II) The Hour Is Thin, le disque se conclut avec une reprise émouvante d’I’m Set Free du Velvet Underground paru sur l’album homonyme de la formation; le 3e de la discographie pour ceux que ça intéresse.

C’est avec un étonnement total qu’on a été séduit par cette production. Force est d’admettre que la performance de Brian Eno est déconcertante. C’est un superbe album, quasi monastique, qui constitue la trame parfaite d’une odyssée au fond des mers. Si vous avez envie d’écouter un album de musique expérimentale relativement accessible, dont le résultat est impeccablement aligné avec l’intention artistique du créateur, on vous conseille The Ship. On met donc de côté ses préjugés et on salue la créativité d’un doyen qui s’est vraiment surpassé!

Ma note: 8,5/10

Brian Eno
The Ship
Warp Records
48 minutes

http://www.brian-eno.net/

Commentaires

  1. alexandre loiseau a écrit : :

    Pourquoi avoir des préjugés sur Brian Eno l’ensemble de toute ça carrière est positive!!! Non

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Totalement d’accord avec toi, mais en musique le préjugé du vétéran «fini» est très très tenace. L’innovation en musique appartient souvent à la jeunesse, mais j’insiste fortement quand un doyen fait un travail exceptionnel.

Exprimez-vous!

*