Boundary - Still Life - Le Canal Auditif

Boundary – Still Life

Boundary-Still-LifeLa première chose que l’on constate avec Boundary, le projet solo du DJ et producteur montréalais Ghislain Poirier, est que le nom a été choisi sagement: il nous rappelle que Poirier peut passer d’un «territoire créatif» à un autre sans avoir à montrer son passeport. Carte blanche donc sur Still Life, son deuxième album paru en septembre qui, à la différence de Boundary (2013), nous emmène cette fois-ci dans une direction encore plus minimaliste.

Rodinia commence au xylophone réverbéré, charleston inversé et basse en forme de synthèse additive. C’est aléatoire et expérimental au début, et ça devient la trame d’un chill-out room par la suite. Rosemont entre dans le vif du sujet avec de la synthèse soustractive arpégée et montée en boucle, ainsi qu’une basse monophonique roulant sur elle-même. C’est solidement enraciné à la frontière de l’ambient et du IDM.

Villes Infinies rebondit nerveusement avec son rythme en trois temps noyé dans le délai, ça fait penser à des percussions qui s’enfuient le long des gratte-ciels. Frontera est une merveille d’accumulation de notes de guitare classique enveloppées dans un crescendo de synthèse ambiante et d’échantillons filtrés. Il y a une couche de saleté bien ajustée, ce n’est pas tout à fait du bruit blanc, plutôt un souffle collé sur un microphone.

Los Angeles 2019 est une sorte d’interlude, comme un rêve éveillé qui fait hommage à Vangelis et son travail sur Blade Runner. C’est un joli clin d’œil nostalgique. Yamuna Expressway se démarque par sa combinaison d’une rythmique indienne et d’une délicieuse basse acid house.

Moebius est la pièce IDM de l’album; kick & charleston bien ancrés, basse soustractive et synthèse ambiante phasée. On n’a plus le choix de taper du pied rendu là. Fractal reprend la forme de la synthèse arpégée et bouclée, et fait drôlement penser à une rencontre entre Nausicaa (Joe Hisaishi) et Koyaanisqatsi (Philip Glass). Ça fait sourire tellement le mélange est bien fait. Ce qui existe termine l’album sur des notes de piano rebondissant sur un rythme saccadé.

Still Life apporte une nouvelle facette à Boundary qui se rapproche davantage de Steve Reich et Boards Of Canada. Les pièces sont montées avec un souci du détail et une subtilité dans les variations. La production est irréprochable, il y a un sens de l’espace qui est agréablement bien exécuté. Par contre, Still Life laisse sur sa faim durant des interludes comme Royaum, White Mountains et Ocean; dont les points de départ annoncent une suite dans les idées, mais qui peinent finalement à se développer. Ça se ressent également à travers la forme «synthétiseur arpégé en boucle», qui revient assez souvent, et rend la deuxième partie de l’album un peu prévisible. Ça reste une question d’appétit, et en ce sens, Still Life déborde de bons coups, et démontre encore une fois toute la richesse du territoire couvert par Boundary.

Ma note: 7,5/10

Boundary
Still Life
Boundary
47 minutes

www.noboundary.ca/

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