Antoine Corriveau – Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter - Le Canal Auditif

Antoine Corriveau – Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter

Antoine CorriveauOn ne s’en cachera pas. Ici, au Canal Auditif, on adhère pleinement au travail d’Antoine Corriveau. En plus d’être un interlocuteur captivant, l’homme est un parolier d’exception et un mélomane qui a du goût. En 2014, l’auteur-compositeur-interprète avait fait paraître l’excellent Les Ombres Longues, disque qui avait comblé le fan de folk rock en moi. Les textes, aussi émouvants qu’oniriques, étaient également à la hauteur.

L’artiste revenait la semaine dernière avec un nouvel opus titré Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter où les thèmes de la solitude, de l’exil et du mal de vivre prédominent. Musicalement, 9 des 10 chansons incluent l’apport d’un orchestre à cordes de 12 musiciens. Si on ajoute les instruments à vent et les percussions, on peut qualifier réellement cette production d’orchestrale.

Réglons tout de suite une chose, le nouvel effort de Corriveau est difficile d’approche. Du début à la fin, un spleen impitoyable nous accable au point où la maudite boule dans la gorge nous quitte que très rarement. Cependant, au fil des écoutes, cette mélancolie devient plus «vivable» et on plonge avec un immense plaisir dans ces chansons orchestrées de façon admirable. Un coup de chapeau bien senti au travail de Marianne Houle (violoncelliste de Corriveau) qui a confectionné ces arrangements de cordes.

En toute franchise, depuis le début de ce texte, je me retiens pour ne pas vous dire tout le bien que je pense de cette création. Peu d’artistes québécois peuvent se targuer d’avoir conçu une œuvre parfaitement campée entre le légendaire Jaune de Jean-Pierre Ferland et le penchant mélancolique d’une galette du bon vieux Nick Cave. Évidemment, les jovialistes vont sûrement tiquer à l’écoute des chansons abyssales de Corriveau, mais en ce qui me concerne, je ne trouve pas d’équivalent actuellement parmi nos auteurs-compositeurs. C’est pour vous dire à quel point j’ai adoré ce disque.

Malgré la répétitivité de certains phrasés mélodiques (des manies que le mélodiste devra probablement corriger lors de la prochaine aventure), les arrangements, l’oppressante mélancolie et la poésie évocatrice de l’auteur viennent largement compenser ce minuscule impair.

Côté littéraire, c’est la fluidité rythmique des mots qui font que les chansons de Corriveau coulent de source. Lus à haute voix, ces textes pourraient peut-être paraître alambiqués, mais dans le contexte chansonnier, ça sonne. Dans Les Contours Clairs, l’auteur y va de cette perle: «Et ils s’étirent dans les lits/Les corps abattus/Les désirs endormis/Et les silences de plomb/Qui ne sont pas étroits/Mais chargés de lumière/Et des idées perdues/Ciels blancs de jours clairs». Au son de cette musique somptueuse, un brin dissonante, le texte prend vraiment tout son sens.

Mais le moment extatique de cette production est la pièce titrée Juste un peu qui se termine en une explosion orchestrale, précédée d’un crescendo glorieusement construit. J’ai pensé immédiatement au Chat du café des artistes, particulièrement au niveau du rythme, mais la voix grave et la mélodie, d’une belle linéarité, font que Juste un peu se démarque du classique de Ferland. Une grande chanson, et pour moi, c’est LA chanson keb de l’année!

Dans notre univers hyperactif dans lequel le positivisme de pacotille et le sourire «Colgate» sont la norme, l’œuvre de Corriveau peut faire office de casse-pied dépressif. Et pourtant, la tristesse et la morosité font partie de la vaste gamme des émotions humaines. De classer Corriveau dans un registre «noir» est à mon avis totalement réducteur… car c’est en plongeant sans compromis dans nos abîmes personnels que l’on est plus à même de découvrir ce qui nous fait vibrer ou pas. D’éviter d’être bouleversé, c’est de se passer d’une bonne partie de ce qu’est la vie. Tout simplement. Et Antoine Corriveau nous le rappelle admirablement bien.

Ma note: 8,5/10

Antoine Corriveau
Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine
sans vouloir s’arrêter
Coyote Records
45 minutes

http://www.antoinecorriveau.com/

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