Critiques

Yukon Blonde

Vindicator

  • Dine Alone Records
  • 2020
  • 43 minutes
7

Une décennie s’est écoulée depuis la naissance de Yukon Blonde : cet étrange préadolescent issu d’une famille britanno-colombienne. Vindicator est le cinquième long jeu pour ce groupe, plutôt prolifique, au son évolutif. Teintée principalement de garage rock, la saveur est de plus en plus sucrée depuis 2015. Avec leur dernier essai réparti sur 13 pistes, le public peut se rassasier le bedon et les oreilles de cette indie-pop très kitsch, parfois facile, tantôt complexe, mais toujours assumée.

Jouant/riant avec les clichés et stéréotypes propres aux grands courants musicaux, Yukon Blonde était, initialement, une forme de canular. Dès la genèse du groupe, les membres se décrivent comme étant un «house-party rock band». Refusant catégoriquement les entrevues sérieuses et les propositions de certains labels. La formation originaire de Kelowna doit finalement plier l’échine à l’été 2015, lorsque Dine Alone Records (Californie) joue cartes sur table : « Yo, c’est pas vrai que votre joke va durer infiniment, on va vous donner du gros cash pis en échange, on veut notre part du gâteau ».

Bref, je m’égare.

Avant de me lancer dans l’analyse de Vindicator, je dois souligner un fait d’armes non négligeable : les cinq membres alternent les instruments et les voix. Fans de cohésion musicale, ne vous attendez pas à un album linéaire, vous serez déçus. Mis à part quelques tons et effets de guitare similaires, on pourrait penser qu’à l’aveuglette, cette galette-là est en fait une compilation avec 13 groupes différents. Certes, l’univers « indie côte ouest » est récurrent, du début à la fin. Yukon Blonde n’a pas réinventé la roue, mais leurs bicyclettes sont bien huilées et la mécanique est A1.

Le party d’écouteurs débute avec It’s What You Are, une introduction romantiquement glauque indéniablement inspirée de la synthwave des années 80. Jusqu’à la toute fin du morceau, on pourrait difficilement croire que ce morceau sort en 2020. L’autotune en boucle et les choristes en « playback » viennent briser/agrémenter la nostalgie. D’ailleurs, cette variable est récurrente tout au long du disque alors que le quintette veut visiblement se perdre dans l’espace-temps. D’un point de vue stylistique, Vindicator est clairement un TDAH contrôlé/médicamenté. Vous devrez casser votre cochon pour m’embarquer dans un roadtrip à l’improviste, sans GPS avec la gang de Kelowna. Même si l’album est peut-être propice à la grande route, tous les effets dispersés, surtout au niveau du vocal et des claviers, génèrent son lot de fausses pistes.

La plupart du temps, les percussions proposent une esthétique minimaliste influencée par les années 60. Par contre, Graham Jones (batteur) a plus d’un tour dans son sac, se défoulant par moments sur une batterie électronique… passant du salon de thé à la piste de danse en claquant des doigts.

À l’orée de la médiane du LP, nous découvrons enfin la voix de Rebecca Gray, mise de l’avant pour la première fois. Sur Play Along (inspiré d’un amour naissant) la voix de la chanteuse/claviériste… assaisonne le sac de popcorn au grand complet. Voilà que nous avons affaire à du disco 70’s, de vieux Casio « cheaps » et une basse « groovy » digne d’un Funkytown de série B. Suave est le mot d’ordre, alors que la romance est l’état d’esprit.

La face B est un complément plutôt captivant à vos bains moussants. Je dis ça par expérience personnelle. Sans vers d’oreille marquant, l’ambiance est bien plus propice à la contemplation qu’en première moitié de microsillon. L’ensemble de l’œuvre est d’ailleurs autoproduite à 100%, ce n’est pas rien!

Constat de succès, Yukon Blonde est un de ces groupes qui réussit à se revigorer à travers les années, surtout grâce à la polyvalence de ses pieuvres.

NDLR : Get Precious est délectable! Vous y trouverez même un couplet en français.

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