Critiques

Wooden Shjips

V.

  • Thrill Jockey Records
  • 2018
  • 42 minutes
7

La Californie a toujours représenté un terreau fertile pour le rock psychédélique sous toutes ses formes, et le groupe Wooden Shjips fait partie de ceux qui se réclament de cet héritage encore aujourd’hui. Sur son cinquième album, intitulé simplement V., la formation originaire de San Francisco poursuit son exploration des sonorités space-rock sans rien réinventer, même si le plaisir demeure au rendez-vous.

La bande menée par le guitariste et chanteur Ripley Johnson (aussi membre de Moon Duo) a abondamment été comparée dans le passé à des groupes comme The Velvet Underground, Soft Machine, Gong ou Spacemen 3. Et pour cause, Wooden Shjips se plaît à multiplier les références, intentionnelles ou non, utilisant lui aussi la répétition comme un trait stylistique, avec de longs jams sur un ou deux accords s’étirant sur plusieurs minutes à grands coups de pédales de fuzz et de guitares à l’envers. Sans compter que la voix de Johnson peut rappeler celle de Lou Reed

N’empêche que depuis son troisième album West, paru en 2011, Wooden Shjips fait montre d’un désir de simplifier la formule avec des chansons plus courtes et de plus en plus accessibles. Sur le précédent Back to Land (2013), la formation réussissait à invoquer autant Neil Young que Black Sabbath avec son stoner rock axé davantage sur les textures que sur la virtuosité, malgré un son assez homogène d’un morceau à l’autre. V. poursuit dans la même veine, mais avec une plus grande fraîcheur dans la proposition, et un petit quelque chose de plus ensoleillé. Certes, Ripley Johnson n’a pas caché qu’il souhaitait créer un disque d’été, même si on sent sur V. une certaine tension, comme si une tempête menaçait d’éclater à tout moment!

C’est particulièrement le cas sur la chanson Eclipse, la plus rythmée de l’album, portée par des pédales de wah-wah et un bon vieux saxophone gras. La pulsation est entraînante, et on ne se fait pas prier pour hocher de la tête joyeusement sur cet air qu’on croirait presque sorti tout droit de l’époque Motown (les guitares hallucinées en moins…) Une chanson comme Golden Flower joue dans le même registre, avec des échos de Phish, et cette impression d’une légère tension qui persiste.

Mais règle générale, les tempos de V. se veulent plus posés, et prêtent davantage à la contemplation. On sent d’ailleurs que la formation complétée par le claviériste Nash Whalen, le bassiste Dusty Jermier et le batteur Omar Ahsanuddin a maintenant atteint une cohésion presque parfaite. L’impression de longs jams demeure, mais l’énergie est mieux canalisée. Ça donne un titre puissant comme Ride On, une ballade épique portée essentiellement par l’orgue et la basse. Oui, certains moments nous laissent un peu plus froids, comme la finale en fondu d’In the Fall qui donne une impression d’inachevé, mais l’ensemble s’avère assez solide du début à la fin.

L’ambiance détendue et relaxe de l’album, avec les paroles souvent chuchotées qui peinent à émerger du magma sonore, peut parfois donner l’impression d’un groupe sur le pilote automatique ou un brin paresseux. Mais j’y vois davantage le résultat de musiciens en pleine possession de leurs moyens, et dont le plaisir de jouer ensemble est évident. Non, ce n’est pas très original, surtout dans un contexte où de nombreux groupes se réclamant d’un renouveau psych-rock ont émergé depuis une dizaine d’années, dont TOY, White Denim (époque pré-Corsicana Lemonade), Goat ou Heron Oblivion. Mais les Wooden Shjips ont décidé qu’ils n’avaient rien à prouver, et c’est très bien ainsi…

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