Critiques

Will Butler

Generations

  • Merge Records
  • 2020
  • 44 minutes
7,5

Sur sa première sortie solo, Policy manquait volontairement de hargne, contestant ainsi l’importance de l’engagement passionnel lors du processus créatif artistique, Will Butler a mené un effort sans réel enthousiasme, donnant l’impression qu’il était à bout de souffle malgré l’absence d’effort. Le résultat était un album enregistré en moins d’une semaine, où la musique, parfois brillamment composée, semblait se perdre sur la voix indécise de Butler.

L’improvisation et la nonchalance ont toujours été des traits de caractère explicites chez le cadet des Butler et l’absence d’effort est en quelque sorte ce qui constitue le processus créatif derrière Policy. La troisième chanson s’intitule d’ailleurs Finish What I Started où il chantonne amèrement : « I know what I want, what I wanted to say – but the words in my mouth, I just swallowed away ».

Au-dessus de Generations, son deuxième album studio, planait une question évidente : allons-nous avoir droit à un Will Butler volontaire et passionné, ou bien allons-nous avoir droit à un chanteur ayant l’esprit errant, perdu autour d’un feu de camp comme sur Policy ?

Volontaire et passionné sont les réponses à la précédente question. Comparativement à Policy, qui se voulait un ensemble de simples chansons qui ne s’entremêlaient que drôlement les unes avec les autres, Generations se veut davantage comme un roman, où les pistes, dotées d’une trame narrative, s’enchaînent de manière nettement plus fluide. Sur l’opus, Butler compose des mélodies progressives notamment à l’aide de divers synthétiseurs qui laissent à leur tour place à des mélodies déchaînées au piano, à des rythmes rapides à la batterie où la voix de Will, pratiquement identique à celle de son frère aîné, se laisse beaucoup plus aller librement. L’album se termine sur la magnifique pièce d’écriture qu’est Fine, où Butler vient à questionner sa place en tant qu’Être du présent en tentant de comprendre l’impact qu’ont eu les générations précédentes sur sa propre existence.

Will Butler n’arrive que très peu à se détacher du son qu’arbore déjà l’iconique groupe montréalais Arcade Fire, faisant de Generations, par moment une version bon marché du travail qu’ils accomplissent lorsque réunis en groupe.

Indéniable est l’effort derrière sa plus récente sortie et, si Will Butler nous prouve bien une chose, c’est qu’il laissera sa marque dans l’histoire par le sang de ses doigts et par la puissante franchise de sa voix.