Critiques

two years

Whitney K

Two Years

  • Maple Death Records
  • 2021
  • 27 minutes
8
Le meilleur de lca

Si certains en doutaient toujours, le country est bel et bien de retour en force dernièrement. Non pas qu’il ne soit jamais disparu chez le grand public, mais disons que l’avant-garde musicale et autres hipsters s’en sacraient pas mal depuis les années 90. Avec l’arrivée de Orville Peck, Bolduc Tout Croche, P’tit Belliveau, Alex Burger ou même le dernier de Waxahatchee, il n’y a toutefois plus de doute que ceux et celles qui boudent encore le genre devront s’y faire.

On assiste même à l’arrivée d’une vague de ce que je qualifierais de post-country via des artistes qui mélangent des influences électroniques à leur musique ou un côté post-moderne à un genre qui ne se renouvelle pourtant qu’assez rarement par lui-même. On peut penser à des artistes folktronica* comme Lambchop ou Elvis Depressedly bien évidemment, mais Whitney K est en train de se lancer dans une catégorie à part.

Établi à Whitehorse, après être passé par Vancouver et Montréal dans les dernières années, Konner Whitney nous a déjà laissé par le passé ce qui se révèle finalement être deux mixtapes. L’excellent When the Party’s Over en fait partie d’ailleurs. C’est un de mes albums favoris. Sur Two Years, le musicien y reprend justement certaines de ses compositions, mais dans une ambiance un peu plus propre, mieux produite. Il est accompagné d’un groupe. Ceci étant dit, les guitares restent toujours aussi à côté de la track, juste assez pour déstabiliser et séduire en même temps. S’ajoutent aussi des voix doublées et du piano qui sont tout à fait les bienvenus.

On pourrait reprocher à Whitney K de trop sonner comme Lou Reed par moment, avec sa voix de crooner et son je-m’en-foutisme prépondérant. Même les violons bruitistes du Velvet Underground viennent faire leur tour par moment. Citons aussi la deuxième chanson de l’album qui peut fortement rappeler Run Run Run… La critique est légitime. Toutefois, ne disait-on pas la même chose de Pottery avec les Talking Heads l’an dernier, tout en encensant tout de même la parution?

Oui, la ressemblance est frappante par moments, mais le musicien et sa bande réussissent tout de même à insuffler une énergie plus contemporaine, moins pop-art, à leurs compositions. Les textes parlent de party, de consommation, de pauvreté, de dépaysement, mais l’artiste réussit tout de même à trouver de l’espoir et du plaisir. Le country y est clairement le matière première exploitée, mais il est traité dans une ambiance lo-fi et noisy que l’on ne retrouve que trop rarement. Au final, le tout reste très canadien dans son essence et c’est très bien comme ça.

Passant de chansons tout ce qu’il y a de plus entraînantes (Trans-Canada Oil Boom Blues, Last Night #2) à un spleen impressionnant (Me or The Party #165, Cowboy City Rockers) et même à des chansons plus émotives (The Weekend, Hit This Pipe), Whitney K frappe juste à chaque coup. Mentionnons aussi la finale triomphante sur Maryland et l’auditeur devrait être comblé. Un album qui n’est pas musicalement parfait, avouons-le, mais qui contient juste assez de plaisir et d’avant-gardisme pour nous convaincre de sa qualité.

*Le terme folktronica désigne à la base l’utilisation d’éléments de musique folk dans des productions électroniques et sera souvent associé à Four Tet, Caribou ou même Avicii. Je me permets de souligner un non-sens musicologique dans cette conception, puisqu’il ne s’agirait alors pas d’un genre en soi, mais plutôt d’une esthétique tout simplement. J’associe donc le terme folktronica à des artistes folk ou country utilisant des éléments de musique électronique et de pop comme partie intégrante de leur processus de création, me permettant un peu de révisionnisme et invitant la critique et les musicologues à faire de même. Bon Iver, Alt-J ou Lambchop justement pourraient alors être considérés comme des artistes folktronica, plutôt que d’être classés dans les très vagues étiquettes ‘’indie rock’’ ou ‘’country alternatif’’.