Critiques

The Twilight Sad

It Won/t Be Like This All the Time

  • Rock Action Records
  • 2019
  • 47 minutes
7,5

Depuis sa création en 2003, le groupe écossais The Twilight Sad a joué sur divers registres, de l’indie mélancolique dans la lignée d’une formation comme The National jusqu’au post-punk dense dans le style d’Interpol. Sur son cinquième opus, It Won/t Be Like This All the Time, la troupe menée par le chanteur James Graham plonge encore plus à fond dans le spleen romantique, et ça lui va plutôt bien.

Les derniers mois ont pu donner l’impression que tout allait sur des roulettes pour The Twilight Sad. Le fondateur de The Cure, Robert Smith, les a désignés comme « le meilleur groupe jouant les meilleures chansons – toujours brillant, émotionnel, intense, inspirant, divertissant ». Puis, le groupe post-rock Mogwai les a recrutés au sein de sa propre étiquette en vue de la sortie de leur nouveau disque.

N’empêche, le plus récent album de The Twilight Sad, Nobody Wants to Be Here and Nobody Wants to Leave, lancé en 2014, avait laissé l’impression d’un groupe réduit à opérer une sorte de synthèse de son style, incapable d’égaler la beauté de son premier opus Fourteen Autumns & Fifteen Winters (2007). On a alors eu l’impression d’avoir fait le tour. C’est possiblement aussi ce que s’est dit le batteur et membre fondateur du groupe, Mark Devine, qui a quitté le bateau l’an dernier.

Bien sûr, on ne s’appelle pas The Twilight Sad si notre but est d’écrire des chansons joyeuses. La musique du groupe, qui évoque Joy Division, My Bloody Valentine et même Depeche Mode, se veut oppressante. Les guitares d’Andy MacFarlane y sont pour beaucoup, et on n’a aucune difficulté à l’imaginer comme l’architecte derrière tout cela. Sans oublier les textes, d’où émergent des thèmes torturés.

Et nous voici rendus à ce It Won/t Be Like This All the Time, que le groupe décrit comme son album le plus accessible. C’est vrai que les chansons sont plus directes. Il y a une belle sensibilité pop sur VTr et Let’s Get Lost, tandis que The Arbor invoque une dream pop mystérieuse à la Cocteau Twins. Il y a aussi des titres plus pesants, comme [10 Good Reasons for Modern Drugs], axée sur les synthés inquiétants, et Shooting Dennis Hopper Shooting, dont le titre s’inspire d’une critique d’un documentaire sur Dennis Hopper parue dans The Guardian en 2016 et qui soulignait le caractère troublant de l’amour du cinéaste pour les armes à feu.

Si la musique se fait plus accessible, les textes, eux, demeurent aussi sombres, sinon plus, avec leur exploration de thèmes comme la dépression et la culpabilité. Nul doute d’ailleurs que l’écriture de l’album a été teintée par le suicide l’an dernier du chanteur du groupe Frightened Rabbit, Scott Hutchison, un proche ami des membres de The Twilight Sad. Les paroles de Girl Chewing Gun donnent d’ailleurs froid dans le dos, si on les lit à la lumière de ce tragique événement :

« I’m leaving now

Won’t see you again

Put me in the ground

And I don’t wanna be here anymore ».

– Girl Chewing Gun

On pourra certes reprocher à The Twilight Sad une certaine difficulté à s’affranchir de ses influences, ce qui est malheureusement le lot de bien des groupes associés au renouveau post-punk. À défaut d’offrir quelque chose de très original, les Écossais se démarquent par leur capacité à conjuguer le beau et le glauque dans la même phrase. En s’appuyant sur une grandiloquence assumée, It Won/t Be Like This All the Time constitue un beau retour et réaffirme la pertinence de la formation.

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