Critiques

Torres

Silver Tongue

  • Merge Records
  • 2020
  • 35 minutes
7,5

Mackenzie Scott, alias Torres, est une auteure-compositrice-interprète native de Nashville, Tennessee. Après un album éponyme aux accents folk paru en 2013, la dame nous dégraissait les oreilles avec l’excellent Sprinter (2015); l’un des disques parmi les plus mésestimés de ce millésime. En 2017, elle revenait à la charge avec Three Futures qui laissait transparaître une forte influence de St. Vincent (Annie Clark). Les admirateurs de Sharon Van Etten et PJ Harvey sont habituellement friands du travail de Torres.

De création en création, Scott est en constante progression, proposant toujours des disques de qualité supérieure. Et ce Silver Tongue ne fait pas exception à la règle ! Enregistré au studio O’Deer situé à Brooklyn, ce nouvel album est joué et réalisé presque entièrement par Torres. Les deux albums précédents avaient été produits par Rob Ellis, un très proche collaborateur de PJ Harvey.

Si Three Futures portait essentiellement sur l’émancipation charnelle de Torres – incluant quelques passages littéraires assez sulfureux – l’artiste continue son errance dans les méandres du désir, en tournant le projecteur vers la passion, celle qui se transforme en sentiment amoureux… avec tous les questionnements, doutes et angoisses que cela comporte. L’introductive Good Scare donne le ton à cet album magnifiquement torturé :

« When you said you couldn’t swing it

You gave me a good scare for a minute there

I had never seen that look from you before

You were eying all the exits »

Good Scare

Silver Tongue est un disque plus introspectif, mais aussi fougueux que pouvait l’être Three Futures. Même si Scott continue à en découdre avec l’amour et ses tourments, la sincérité de cette multi-instrumentiste de grand talent ne doit pas être remise en doute. Certains pourraient être rebutés par autant d’émotions « à fleur de peau », mais l’interprétation sentie de Torres aura tôt fait de convaincre les réfractaires. Gracious Day, en mode folk aérien, émeut jusqu’à la moelle. Entre autres.

Musicalement, Scott poursuit son virage synthétique en y incorporant judicieusement quelques guitares abrasives (Dressing America et Good Grief), de superbes vagues de synthétiseurs (Two of Everything) et un je-ne-sais-quoi de légèrement psychédélique (A Few Blue Flowers). Même si les liens de filiation avec ses consoeurs sont intacts – celles mentionnées précédemment dans le texte – les chansons proposées par Torres sont somme toute assez singulières pour se démarquer. Moins percutant que Sprinter, mais plus mature que Three Futures, Mackenzie Scott confirme, avec ce Silver Tongue, qu’elle est là pour durer.

Torres n’a pas l’amour « facile », semble-t-il. On lui souhaite de rencontrer la personne qui saura mettre un baume sur ses plaies affectives. En attendant, ce désarroi émotionnel lui permet de produire d’excellents disques… pour notre plus grand plaisir.

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