Thierry Larose
Le X du Y
- Bravo Musique
- 2026
- 38 minutes
C’était un secret de polichinelle après la divulgation des premiers extraits : le voyage musical entamé par Thierry Larose en 2021 a bel et bien pris un détour aussi spectaculaire qu’inusité! Après deux albums folk rock où la guitare régnait en maître, l’artiste nous présente une pop éclatée, mettant de l’avant un impressionnant éventail de percussions et de claviers.
La pièce titre, qui ouvre l’œuvre, constitue le vortex idéal vers ce nouvel univers. Alors que le rythme de la batterie nous percute de plein fouet, un « jam » imprévisible unissant guitares électriques et synthétiseurs nous hypnotise. Dans cette toile bien ficelée, l’auteur-compositeur-interprète décline avec poésie une liste d’albums québécois dont le titre répond à la formule « Le X du Y ». Cette proposition, qui ravira les adeptes de quiz musicaux (combien d’œuvres reconnaitrez-vous?), se termine de façon inattendue alors que le motif principal est interprété à l’accordéon par Larose lui- même.
À lui seul, le Marievillois manie une quinzaine d’instruments sur l’album. C’est un bon indicateur de la richesse de cet ambitieux projet piloté par le réalisateur Alexandre Martel, ayant comme collaborateurs récurrents Samuel Beaulé (basse), Charles-Antoine Olivier (batterie) et Lou-Adriane Cassidy (voix et percussions).
Les mélodies vocales sont bien à la hauteur de la trame sonore colorée. Le refrain de Si j’avais un clou n’est peut-être pas débordant d’optimisme, mais il est redoutablement accrocheur. D’autant plus qu’il est martelé (c’est le cas de le dire) par un Larose particulièrement en voix. L’artiste se déchaîne également sur J’en sais rien, une chanson dont l’habillage aussi effervescent qu’un 2 litres de 7 Up vigoureusement brassé fait contraste à un texte plutôt introspectif.
Tout au long de l’œuvre, vous remarquerez certains emprunts à l’esthétique des années 80. Par exemple, le paysage sonore de Conversation dans le noir rappelle beaucoup celui d’œuvres phares de cette décennie, notamment Tension attention de Daniel Lavoie, ou encore Un trou dans les nuages de Michel Rivard. Les adeptes de ces classiques seront également en territoire connu à l’écoute de Monongahela, une chanson inachevée de Sylvain Lelièvre datant de 1988, que Larose a complétée en y ajoutant certaines paroles. Cet exercice périlleux est si habilement réalisé qu’il vous sera impossible de deviner qui a écrit quoi. Vous aurez également la chance de découvrir le taishōgoto, un instrument à corde japonais qui est particulièrement mis en valeur.
Un rock plus brut se joint à la fête dans Le X du Y 2, un exutoire dans lequel l’artiste dévoile une facette cynique, voire pessimiste, qu’on ne lui connaissait pas. Cette proposition nous permet déjà d’imaginer une foule en transe sautant à l’unisson pendant les spectacles. Elle sera sans doute plus calme durant L’affaire c’est que, une pièce folk dont les fredonnements et les lignes douces amères rappellent un peu Avec pas d’casque.
On commence tous
Au bas de l’échelle,
mais Y’en a pour qui le bas de l’échelle
Est plus bas que d’autres
Mhmm Mhmm
–L’affaire c’est que
L’opus se termine avec Brille encore, un petit bijou qui s’adresse à une amie disparue. L’émotion déjà palpable est amplifiée par le motif récurrent au piano, ainsi que par les chœurs assurés par Lou-Adriane Cassidy et Naomi De Lorimier (N Nao).
Comme la carrière de Thierry Larose est en mouvement perpétuel depuis ses débuts, je n’oserais pas qualifier Le X du Y de point tournant. Mais il s’agit néanmoins de son projet le plus abouti musicalement. Et même si vous êtes en droit de rêver à un RRL 2.0, je vous somme de profiter du moment présent et de savourer cette offrande qui rend justice à l’iconique ligne lancée par l’artiste à la fin de ses concerts : Vive la musique québécoise!