Critiques

The Raconteurs

Help Us Stranger

  • Third Man Records
  • 2019
  • 41 minutes
7,5

Pour l’une des rares fois de sa foisonnante carrière, Jack White a échoué clairement. L’an dernier, le vénéré musicien nous proposait un Boarding House Reach audacieux (et un peu prétentieux, disons-le), mais loin d’être convaincant. Ce disque aux accents funk, électro, et parfois même hip-hop, tirait dans tous les sens confirmant ainsi la thèse qu’une direction artistique claire et précise est toujours gagnante lorsque l’on enregistre un disque… ce qui manquait cruellement à cette création solo.

C’est donc avec une certaine appréhension qu’on a prêté l’oreille au tout dernier disque des Raconteurs, « supergroupe » dans lequel White fait partie, mais il ne faudrait pas exclure l’apport considérable du co-compositeur de la formation, l’excellent Brendan Benson. Le quatuor est complété par une section rythmique de feu formée de Jack Lawrence et Patrick Keeler.

Après une pause de dix années, les quatre instrumentistes se sont réunis au studio de White (Third Man Studio), après que celui-ci et Benson aient composé la majeure partie des titres regroupés sur cette production. Une seule exception : Hey Gyp (Dig the Slowness), pièce écrite par l’icône folk-rock écossaise, Donovan. Est-ce que Help Us Stranger atteint les standards établis par Consolers of the Lonely (2008) et plus particulièrement par Broken Boy Soldiers (2006) ?

Au menu ? Un paquet de chansons d’une indéniable efficacité mélodique (gros merci à Brendan Benson), mais surtout, des pièces nettement moins hyperactives et nerveuses que ce que White a l’habitude de nous présenter. Malgré cette simplicité de façade, les genres musicaux se chevauchent subtilement (funk, soul, blues, hard rock, punk, country, etc.) sans qu’on accuse le groupe d’un excès de virtuosité.

De plus, cette création résiste admirablement bien à la modernité environnante et se concentre sur l’essentiel : quatre talentueux musiciens qui nous proposent du rock joué à haute intensité et mélodiquement infaillible. On salue l’ouverture artistique de White envers son comparse Benson, ce qui permet au guitariste de s’exprimer aux moments opportuns et d’en beurrer moins épais !

On entend au loin les jérémiades des vieux fans de White qui souhaiteraient que le bonhomme retrouve sa hargne « garage punk » du temps des White Stripes. Oubliez ça ! White est devenu un redoutable homme d’affaires qui s’est résolument embourgeoisé, mais on a connu bien pire comme « boboïsation » dans l’histoire du rock.

Grâce à l’apport de Benson, qui a su domestiquer l’énergie créative débordante de White, cet album est probablement le meilleur de la discographie du groupe, du moins le plus constant. On vous invite à prêter l’oreille à l’explosive entrée en matière Bored and Razed, à la mélodie émouvante de Benson dans Only Child, à la valse blues-rock Somedays (I Don’t Feel Like Trying) ainsi qu’à la conclusive, épique, et évoquant le Robert Plant d’aujourd’hui, titrée Thoughts and Prayers. Même l’extrait Now That You’re Gone est réussi. Sortie de son contexte, cette pièce nous avait pourtant laissé indifférent.

Eh bien, surprise, voilà le meilleur album pop-rock paru cette année ! Une bonne main d’applaudissement à l’immense talent de Brendan Benson et génuflexion à Jack White qui a eu l’humilité de collaborer étroitement et généreusement avec son acolyte.

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