Critiques

Beyoncé + Jay-Z

EVERYTHING IS LOVE

  • Parkwood / Roc Nation Records / Sony Music
  • 2018
  • 38 minutes
7,5

Jay-Z et Beyoncé viennent de livrer une solide leçon sur la meilleure manière de réutiliser l’intérêt de la populace pour ta vie personnelle en quelque chose de positif. Comment virer de bord des infidélités en campagne soigneusement planifiée. Et d’une certaine manière comment s’engouffrer totalement dans la luxure contemporaine qui dicte que la réussite matérielle est essentielle au bonheur. Tout cela en se rencontrant quelque part entre la pop et le rap. N’est-ce pas beau l’entente et les compromis?

Everything Is Love est l’album d’un couple qui veut montrer son unité, qu’elle soit factice ou réelle n’a rien à voir avec le geste. Jay-Z et Beyoncé sont le couple modèle pour une génération de jeunes afro-américains qui voient ces exemples qui ont « starté from the bottom ». En tout cas, surtout lui, après tout Beyoncé Knowles vient d’une famille qui était en moyens. Everything Is Love est aussi un album de compromis, Monsieur et madame Carter se rencontrent en terrain neutre entre leurs deux genres.

Le premier simple, APESHIT, est une pièce composée en collaboration avec Pharrell Williams et compte sur la collaboration de Migos (à l’exception de Takeoff). Il faut dire que Beyoncé et Jay-Z se débrouillent comme des poissons dans l’eau du trap même si Jay-Z n’est jamais vraiment capable de se retenir complètement de rapper avec plus de développements que ce qui est préconisé dans le genre. D’ailleurs, le couple s’offre un bon panorama des sonorités populaires dans les dernières années. BOSS semble tout droit sortie d’un album de Chance the Rapper.

Sur BLACK EFFECT, le couple se réclame de Malcom X. Il faut dire que Jay-Z a vraiment réussi à construire un empire financier puissant qui rivalise avec ceux de « the man ». La trame nous rappelle le travail de Kanye West et est signée de Cool & Dre. LOVEHAPPY est une vraie chanson de parents où la chimie entre Knowles et Carter est indéniable :

Happily in love, haters please forgive me
I let my wife write the will, I pray my children outlive me
I give my daughter my custom dresses, so she gon’ be litty
Vintage pieces by the time she hit the city, yeah-ah

— LOVEHAPPY 

Un peu plus tard dans la même chanson, le couple ferme le cercueil de cette histoire de tromperie avec une absence de pudeur impressionnante. Mais toute la mise en marché autour de cet événement, les deux dernières années de Lemonade à cet album en passant par 4:44, laisse aussi un sentiment de coup de marketing bien placé. Ce qui a tendance à gruger le sentiment d’authenticité auquel on s’attend d’un couple qui nous parle de ses épreuves.

N’en demeure pas moins que Beyoncé et Jay-Z sont aujourd’hui des figures culturelles mythiques qui trouvent le moyen de bien faire les choses. EVERYTHING IS LOVE emprunte beaucoup aux modes musicales du temps, mais avec assez de personnalité pour qu’on évite la grossière imitation. Ce n’est pas révolutionnaire, mais très bien fait. Leur propension à se vanter de leur richesse matérielle finie par agacer, mais bon, ce ne sont pas les premiers ni les derniers. Est-ce que le buzz autour de la sortie est plus grand que la qualité de l’œuvre? Oui. Mais même avec une parution des plus banales, les Carters auraient cartonné avec celui-ci.

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