Critiques

The Bad Plus

The Bad Plus – It’s Hard

  • Okeh Records / Sony Music
  • 2016
  • 40 minutes
7,5

The Bad PlusLe trio de jazz avant-garde états-unien The Bad Plus nous ont offert en août dernier un douzième album; cette fois-ci, le groupe dénaturalise au plus haut point des succès de plusieurs artistes, dont Yeah Yeah Yeahs, Peter Gabriel, Johnny Cash et même Prince. Ce ne serait pas vraiment exact de dire qu’ils y mettent leur touche; les pièces sont plutôt des compositions reprenant certaines grandes lignes des pièces reprises.

Néanmoins, ils continuent d’œuvrer dans leur même jazz tantôt arythmique, tantôt atonal, tantôt traditionnel. Vu la grande différence entre les pièces originales et les interprétations, on entrevoit quand même clairement les influences présentes dans leurs opus originaux, et ça rend l’expérience très similaire à leurs autres albums. Ils exécutent à merveille, comme toujours, leur musique complexe et parfois chaotique, réussissant à rendre leur style pourtant très contemporain et assez accessible. Le travail d’harmonisation est d’une complexité constamment étonnante, et presque supérieure à leurs pièces originales. Le travail d’arrangement se ressent et prouve une fois de plus leur talent. Je trouve cependant que la contrebasse est parfois trop dépendante du piano, mais c’est un choix compositionnel qui est présent dans leurs autres albums également. La plus grosse lacune de cet album selon moi est que les mélodies sont moins «catchy» et moins bien développées que dans leurs autres opus (ce qui est un peu contradictoire considérant que les pièces originales sont presque toutes très «catchy»). Je crois que la déconstruction leur est tellement montée à la tête qu’ils ont négligé le potentiel du projet. Je crois qu’il y aurait eu plus à faire par exemple avec le refrain de Games Without Frontiers que le faire dissoner de la sorte.

J’ai bien aimé le tempérament ultra frénétique du début de l’album, avec le gros «build up» de Maps, mais j’ai trouvé la conclusion un peu bizarre, avec Broken Shadows, qui finit l’album de façon jazz traditionnel, laissant l’auditeur sur une note un peu hétéroclite. Malheureusement l’album me laisse sur ma faim du gros jazz puissant et inventif habituel du trio, et leur avant-gardisme d’antan a l’air de se transformer en recette; ils inventent encore, mais un tantinet moins habilement qu’avant on dirait… Ça reste un bon album, et ce sont de très bons musiciens (donnant par ailleurs d’excellents concerts).

Ma note: 7,5/10

The Bad Plus
It’s Hard
Okeh/Sony Masterworks
40 minutes

http://www.thebadplus.com