Critiques

Stuart A. Staples

Arrythmia

  • City Slang Records
  • 2018
  • 54 minutes
6

Les deux premiers albums éponymes de la formation britannique Tindersticks sont considérés, encore aujourd’hui, comme de magnifiques ovnis sonores. Alliant un certain raffinement rock à la Nick Cave à des orchestrations somptueuses inspirées du répertoire classique, incorporant quelques incursions dans le jazz, l’impact musical du quintette serait assurément moindre sans l’apport vocal du chanteur et parolier Stuart A. Staples. Caverneux, sombre et intense à la fois, le vocaliste sonne comme personne et est reconnaissable après seulement quelques inflexions.

Au cours des dernières années, les disques en bonne et due forme de la formation ont été assez espacés dans le temps. La dernière création du groupe, The Waitng Room (2016), succédait à The Something Rain paru quatre ans plus tôt. Bien sûr, il y a eu l’intermède Across Six Leap Years (2013) sur lequel Tindersticks reprenait quelques chansons obscures de son corpus, mais cette production ne peut être considérée comme une véritable nouveauté.

On doit donc se rabattre sur le travail en mode solo de Stuart A. Staples. La semaine dernière, voilà que paraissait Arrythmia : un album conçu pendant une « année perdue » selon l’artiste. Siégeant entre une certaine expérimentation musicale et une forme de lyrisme romantique, le disque se divise en deux parties bien distinctes. La première renferme trois chansons assez conventionnelles, et ce, malgré le rythme synthétique qui prime dans A New Real, le penchant contemplatif de Memories of Love et le changement de rythme dans Step into the Grey. La deuxième partie est une longue pièce à la fois cinématographique, orchestrale et ambiante – que n’aurait pas renié un Brian Eno  – intitulée Music for a Year in Small Paintings; un titre d’une durée avoisinant les trente minutes.

Inspiré par les peintures de son épouse et par les différentes réactions des amis du couple (et du couple lui-même) face au travail de l’artiste-peintre, Staples nous propose un morceau totalement instrumental, d’une magnifique lenteur… et qui sauve ce disque du naufrage. Pourquoi ? Parce que la raison d’exister de ce disque réside dans cette seule unique oeuvre tant le premier segment est d’un ennui mortel. Staples sonne comme un lointain écho et propose des mélodies paresseuses qui sont totalement inintéressantes. Curieux que ce soit l’instrumental qui émeut et non pas les chansons sur lesquelles le chanteur module sa voix…

Au final, Arrythmia est une curiosité qui plaira aux purs et durs de Tindersticks sans plus. Un disque qui manque de consistance, comme si Staples s’était amusé à concevoir un petit plaisir solitaire en oubliant ses fans. Au fond, on souhaitait entendre un Stuart A. Staples en pleine possession de ses moyens, vocalement parlant. C’est plutôt en mode expérimental qu’il réussit à nous captiver… en attendant un disque de nouvelles chansons de la part de Tindersticks.

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