Critiques

Special Interest

The Passion Of

  • Night School
  • 2020
  • 30 minutes
8
Le meilleur de lca

Dans le fin fond de la clandestinité louisianaise, un quatuor punk s’affaire actuellement à redéfinir les codes de ce genre musical : Special Interest. En 2018, le groupe, mené par l’artiste afro-américaine Alli Logout, lançait un premier brûlot intitulé Spiralling; une exploration synthpunk qui laissait entrevoir le meilleur.

Dès l’entrée en matière titrée Young, Gifted, Black, In Leather, le ton est donné grâce à un échantillonnage mettant en vedette la vénérée Nina Simone : « I want to shake people up so bad when they leave a nightclub where I performed, I just want them to be in pieces ». Cette déclaration est devenue le mantra de Logout et, par le fait même, celui de Special Interest.

En juin dernier, les Néo-Orléanais catapultaient The Passion Of. Si Spiralling proposait une approche assez minimaliste, misant d’abord et avant tout sur les rythmes électros concoctés par Ruth Mascelli et la basse de Nathan Cassiani, le nouvel album voit la guitariste Maria Elena prendre du galon. Toujours aussi bruyante et inharmonieuse, elle est nettement plus présente que sur la première offrande de la formation.

En plein processus de création du nouvel album, Logout exprimait son état d’esprit sans aucune retenue dans une entrevue : « We are on a brink of a major collapse […] I want complete, total destruction of everything ». Et c’est exactement ce à quoi on a droit : des élans de colère jusqu’au-boutistes proférés sur un ton caricatural et caustique. Une artiste qui interprète ses chansons comme si sa vie en dépendait.

Les textes sont satiriques et querelleurs abordant de front, et avec lucidité, des thèmes assez « diversifiés » tels que la sensation que provoque une sodomie après la consommation d’un comprimé de LSD, l’avènement d’un état policier chez nos voisins du Sud, l’éradication de la « rapace » dans de nombreux quartiers de La Nouvelle-Orléans, pour ne nommer que ceux-là. Dans All Tomorrow’s Carry, elle met le projecteur sur l’embourgeoisement de certains quartiers populaires états-uniens… gracieuseté de quelques promoteurs immobiliers sans vergogne :

« I watch the city crumble

Arise from the rubble

Another dowdy condo »

– All Tomorrow’s Carry

Musicalement, la formation bonifie son approche avec des éléments sonores inspirés de la musique industrielle et ambiante, de la techno, du noise rock, incorporant des influences no wave et punk hardcore. Special Interest prend également un soin jaloux des adeptes du « dancefloor » en insufflant à sa recette une énergie pulsative qui ne dérougit qu’en de rares occasions.

Si le punk hardcore carbure à l’expression libre des frustrations et des doléances, celui conçu par Special Interest le propulse dans la modernité. Dans Disco III, le groupe nous assaille avec un rythme techno ravageur et des couches de guitares torturées, celles-ci couronnées par les hurlements malsains de Logout. Du même souffle, le quatuor nous transporte carrément dans un rave cauchemardesque avec la palpitante Street Pulse Beat.

Bref, cet album est une version superbement modernisée de la musique punk et ses dérivés. The Passion Of est un disque rafraîchissant et inquiétant à la fois. Si vous aimez H09909, Death Grips et Girl Band, en mode fin du monde, vous serez comblés… ou effrayés !

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