Critiques

Sophia Bel

Anxious Avoidant

  • Bonsound
  • 2022
  • 41 minutes
7

La Montréalaise Sophia Bel s’est fait un nom grâce à la sortie en 2019-2020 de deux EP regroupés sous le titre Princess of the Dead (vols. 1 et 2), sur lesquels elle alliait sa fougue emo à une sensibilité électro rappelant le Grimes de l’époque Art Angels. Elle lance maintenant un premier album, Anxious Avoidant, qui poursuit sur la même voie, mais avec un peu plus de mordant et un irrésistible souffle pop.

Née au Michigan d’un père québécois et d’une mère américano-hollandaise, Sophia Bel a étudié la musique au Collège Vanier de Montréal, où elle a commencé à définir son identité d’artiste en puisant dans ses amours de jeunesse : le punk emo et la pop du début des années 2000. C’est bien sûr un hasard, mais le moment semble bien choisi pour lancer son premier album. En février dernier, Avril Lavigne a lancé Love Sux, son septième disque en carrière, sur lequel elle a tenté de renouer avec le pop-punk. On a également vu plus tôt cette année une collaboration entre Simple Plan et Sum 41, un autre signal que le pop-punk canadien est encore vivant.

L’influence de Lavigne, en particulier, est indéniable dans la musique de Sophia Bel, notamment dans sa capacité à construire des ritournelles hyper-accrocheuses basées sur des riffs de guitare simples et efficaces. La différence, c’est que Bel n’hésite pas à lorgner du côté de l’électro pour enrober sa pop-punk d’un vernis plus actuel. C’est d’ailleurs la plus grande qualité de son projet, lui conférant un son et une esthétique bien à elle, même si les influences sont marquées et assez évidentes.

L’album démarre en force avec l’excellente All Fucking Weekend qui contient, en un peu moins de quatre minutes, tous les ingrédients de la musique de Bel : une énergie un peu hargneuse, un refrain béton et un texte qui évoque les grandeurs et misères de l’adolescence, ici un nouvel amour et le désir de voir l’autre s’engager avec la même intensité : « I’m not trying to be possessive / I just need a clearer message / Spell it out, what it means to you ». La finale est particulièrement efficace, avec la section rythmique qui s’emballe et le riff qui devient soudainement pesant.

Le format long permet à la jeune musicienne de proposer davantage de variations de dynamiques que sur ses EP. Les ballades occupent d’ailleurs une place prépondérante sur l’album. Certaines sont particulièrement réussies, comme la country-folk I Won’t Bite (avec du banjo) ou encore I Only Want You Coz You’re Mean, qui s’éloigne des influences des années 90-2000 pour emprunter à l’indie mélancolique dans la lignée de Julien Baker. Par contre, le fait que ces instants doux soient concentrés en seconde moitié d’album crée une brisure de ton qui en dilue l’impact. Dommage, parce que la jolie I Promise I’ll Stop Running from the Light est un bon choix pour clore le tout, sauf que l’énergie du disque s’est légèrement essoufflée à ce stade.

Bel puise très peu dans la matière de ses deux premiers EP, ce qui renforce l’effet de surprise pour ceux et celles qui étaient déjà familiers avec son parcours. Elle reprend cependant l’énergique You’re Not Real You’re Just a Ghost, écrite avec Christophe Dubé (CRi), toujours aussi efficace avec ses synthés et sa machine à rythmes. Sa production « hyperpop » apparaît cependant un brin déphasée par rapport au reste de l’album (seule I Don’t Need My Space joue dans les mêmes eaux).

C’est donc un premier album très prometteur pour Sophia Bel, qui montre un flair certain pour les mélodies accrocheuses et dont les textes sauront rejoindre tous ceux et celles qui ont un petit fond emo qu’ils/elles n’osent pas montrer au grand jour. On aurait souhaité peut-être une plus grande cohésion en termes d’énergie plus rock/doux dans la séquence logique des chansons, mais le plaisir reste entier.