Critiques

Sleater-Kinney

The Center Won’t Hold

  • Mom + Pop Music
  • 2019
  • 36 minutes
5,5

Corin Tucker. Carrie Brownstein. Janet Weiss.

Pour le mélomane averti, l’énumération de tous ces noms devrait être synonyme d’admiration. Sleater-Kinney est probablement la formation états-unienne qui en a fait le plus pour la crédibilité du rock au féminin.

Originaire d’Olympia, Washington, classé post-punk-rock par une vaste majorité de journalistes musicaux, Sleater-Kinney lançait la semaine dernière son 10e album studio. Le trio est désormais un duo, car l’excellente batteuse de la formation, Janet Weiss, a quitté le navire après l’enregistrement de ce nouvel album. De fortes divergences quant à la nouvelle direction musicale empruntée ont poussé Weiss vers la sortie.

Intitulée The Center Won’t Hold, la réalisation de cette nouvelle production a été confiée à l’une des musiciennes parmi les plus pertinentes et douées du moment : Annie Clark, alias St.Vincent. L’association de ces deux héroïnes du rock était plutôt de bon augure. La mixture de new wave proposée dans le précédent effort de la formation (No Cities to Love, 2015) combinée à la pop déconstruite de Clark aurait pu donner d’excellents résultats…

The Center Won’t Hold est un album sombre qui porte sur les incontournables fractures que l’on subit en réponse à la perte, au vieillissement, à la dépression et à l’élection d’un président pervers narcissique !

Sleater-Kinney s’interroge sur ce qu’il reste d’un corps, d’une relation ou d’un pays après un choc inattendu. Un disque qui comporte également quelques moments lumineux où l’on peut y déceler une certaine résilience, celle-ci s’appuyant sur l’entraide et la fraternité; ce qui d’ordinaire différencie l’humain de l’animal. Va pour la noblesse des thématiques abordées.

Musicalement, le groupe met à l’écart son identité sonore habituelle et se tourne vers l’électro-pop-rock. Et ce n’est pas étranger à l’apport d’Annie Clark derrière la console. L’emprise de Clark sur le son de Sleater-Kinney est telle qu’au fil des écoutes, on a eu l’impression d’écouter un album de St.Vincent…  accompagnée par Sleater-Kinney !

Brownstein et Tucker – pour un souci de « modernité » ou tout simplement pour donner un coup de barre au son de la formation – sacrifient leur ADN sonore au profit d’une nouvelle approche qui affaiblit la légendaire force de frappe du groupe. Une exception : l’excellente pièce titre qui constitue un bel équilibre entre l’univers des deux artistes.

Qui plus est, cette démarche dilue le propos aussi protestataire qu’empathique que le groupe tente d’insuffler à ses chansons. La voix puissante et maniérée de Tucker agace sérieusement dans ce contexte « électro-pop » alors que celle-ci est une pourvoyeuse de sincérité dans un environnement plus décapant.

Quelques pièces valent quand même le détour : les influences de Pavement dans Restless et des Cure dans The Dog / The Body sont intéressantes, mais la mainmise de Clark se fait trop sentir sur des pièces comme Can I Go On, RUINS et LOVE. La ballade pianistique qui conclut l’album, titrée Broken, est d’un ennui mortel.

Cela dit, c’est un album de Sleater-Kinney; une formation incapable d’une totale médiocrité. Néanmoins, ce virage consensuel est plus ou moins réussi.

Déception.

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