Critiques

Show Me the Body

Trouble the Water

  • Loma Vista Recordings
  • 2022
  • 38 minutes
8
Le meilleur de lca

La semaine dernière, la formation new-yorkaise lançait son troisième album en carrière : Trouble the Water. En 2016, Show Me the Body nous présentait Body War; un premier long format qui est passé inaperçu. Toutefois, avec la parution de Dog Whistle en 2019, le trio avait dessuinté juste assez d’oreilles pour fédérer un certain public à son art. Pour cette création, le trio avait puisé son inspiration dans une émouvante visite au Mémorial et Musée d’Auschwitz-Birkenau situé sur l’un des camps de concentration nazis, triste vestige de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Le groupe a toujours misé sur un mélange des genres pour se différencier de ses semblables. Noise rock, sludge métal, hip-hop, musiques expérimentales, Show Me the Body s’est toujours affairé à repousser les frontières du punk hardcore. Or, à trop vouloir se démarquer, la formation a oublié par moments d’écrire et de composer de bonnes chansons.

L’avènement de la pandémie covidienne a forcé les New-Yorkais à revoir entièrement leur modus operandi créatif. Étant dans l’impossibilité de présenter des concerts, le trio s’est alors joint à un collectif d’artistes qui caressait depuis de nombreuses années le désir de s’installer dans un lieu de création multidisciplinaire. Ainsi est né le CORPUS. Implanté dans l’arrondissement Queens, ce nouveau studio de création a permis à Show Me the Body d’enregistrer un EP judicieusement titré Survive (2021). C’est cet EP, conçu dans un lieu hautement évocateur, qui a déclenché la gestation de ce nouvel opus.

D’abord et avant tout, Trouble the Water est un bruyant hommage à New York; une mégapole qui, contre toute attente, a permis au groupe de se solidariser avec d’autres artistes, et ce, malgré l’embourgeoisement galopant et la présence policière décuplée qui caractérise la ville depuis plusieurs années.

Magnifiée par la performance vocale sentie de Cashwann Pratt, cette offrande plaira aux exclus, à ceux et celles qui ne se reconnaissent plus dans cet individualisme totalitaire qui contrecarre toute forme de cohésion sociale :

I wasn’t meant for earth

Escape the hurt

I reach for space

– Out Of Place

Malgré l’âpreté sonore qu’il administre à ses auditeurs, Show Me the Body carbure plus que jamais à un monde plus juste. Pour le trio, c’est par l’alliance d’artistes progressistes que l’art cathartique, viscéral et authentique perdurera. Trouble the Water s’inscrit parfaitement dans cette démarche.

Musicalement, le groupe incorpore des ascendants industriels pour bien faire passer son message. On peut entendre clairement ces nouvelles influences dans des pièces comme Radiator, Out Of Place, Demeanor et Boils Up, entre autres. Les timbales jouées par Will Callhoun, batteur de la légendaire formation Living Colour, propulsent la première à une intensité supérieure. La dernière, elle, évoque par moments le Nine Inch Nails de l’époque The Downward Spiral (1994).

En fait, la réussite de ce nouveau long format réside dans deux faits : la réalisation explosive, gracieuseté d’Arthur Rizk (Power Trip, Turnstile), et le resserrement chansonnier opéré par Show Me the Body. Les chansons vont droit au but et comportent juste assez d’arrangements inventifs pour conquérir l’adepte de musique malsaine.

Si le trio avait la fâcheuse tendance à s’égarer dans son mélange des genres et dans d’inutiles expérimentations, cette fois-ci, le problème est réglé… et de manière percutante !

On vous laisse sur les mots du tourmenté Julian Cashwann Pratt : « I trouble the water. I turn water into blood »…