Critiques

Sheenah Ko, Nowehere In Time cover

Sheenah Ko

Nowhere In Time

  • Indépendant
  • 2020
  • 33 minutes
6

Sheenah Ko a un CV impressionnant : membre de The Besnard Lakes, elle a aussi collaboré avec Bedouin Soundclash, Kevin Hearn de The Barenaked Ladies, Antoine Corriveau, Navet Confit, et bien d’autres. Après un EP prometteur paru en 2018, elle a fait paraître un premier album, intitulé Nowhere In Time, en mars dernier.

La démarche de Sheenah Ko n’est pas étrangère à celle, par exemple, d’une Xarah Dion. Sa musique, où prédomine les sonorités synthétiques, est pensée pour être interprétée seule en spectacle, à l’aide de quelques machines. La synthpop qui en découle s’ancre toutefois moins dans les sonorités des années 1980 que celle de sa consœur montréalaise. Nowhere In Time se rapproche en effet davantage de l’IDM de Boards of Canada : synthétiseurs analogiques arpégés ou mélodiques, rythmes lents et répétitifs, longues notes de basse…

Pour ma part, c’est Wrap Me Up, le premier extrait de l’album, qui a attiré mon attention vers le travail de l’artiste montréalaise. La mélodie de synthétiseur rappelant vaguement une cithare et la nonchalance du chant de Sheenah Ko font en sorte qu’il se dégage une atmosphère froide et un peu étrange du morceau. Ma curiosité était piquée.

J’ai toutefois été déçu lorsque j’ai écouté Nowhere In Time dans son entièreté. En effet, la plupart des morceaux possèdent des caractéristiques similaires, autant en termes de tempo, de rythmes que de mélodies vocales, si bien que l’album peut s’avérer lassant. Seules la première et la dernière pièce de l’album, qui s’articulent autour de drones, détonnent réellement. La pièce See You, peut-être la meilleure de l’album, se démarque également avec sa basse funky, sa mélodie efficace et son solo de synthétiseur.

Ce manque de diversité est malheureusement amplifié par la production très linéaire de l’album. Pourtant, presque toutes les pièces proposent une progression de motifs de synthétiseurs qui exploitent de belles palettes sonores. Des basses, de la guitare, ou des percussions plus agressives viennent dans certains cas donner un élan à la fin des pièces. Mais tous ces éléments sont placés sur un même plan, sans grandes variations d’intensité, venant accentuer le côté répétitif, voire mécanique, du disque.

À cela s’ajoutent des interprétations vocales qui ne sont parfois pas assez assumées, parfois inutilement complexes. La chanteuse se lance à certains moments dans des explorations vocales qui peuvent laisser perplexe, comme sur Need to Grow, alors que de longs glissandos viennent masquer un groove plutôt intéressant. Reste que Sheenah Ko a une belle voix, pleine de potentiel, malgré les quelques maladresses qui ponctuent Nowhere In Time.

Ce premier opus solo de Sheenah Ko développe ainsi de belles textures sonores et présente plusieurs mélodies, plusieurs riffs intéressants. Des explorations vocales, par moment peu efficaces, et une production trop léchée, qui manque sérieusement de dynamisme, viennent toutefois réduire l’impact d’un album rempli de bonnes intentions.

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